Une campagne pour que les enseignants reflètent le pays

Avec 12 % de personnel kanak, l’enseignement secondaire est loin de refléter la population. À la veille des inscriptions en master, une campagne pour inciter les Océaniens à sauter le pas est lancée.

Par Aude Perron

Casting réussi. Titulaires d’un certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) respectivement en lettres, EPS et maths, les professeurs de collège Karinka, Kenjy et Maïmy, sont convaincants. Dans une vidéo de trente secondes chacune, ils expliquent leur parcours, le concours et leur passion d’enseigner. S’ils ont accepté de se prêter au jeu, c’est pour encourager leurs camarades à suivre leurs traces.

Tutorat sur mesure

Cette campagne émane du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et du vice-rectorat. Le but, « inciter les Kanak et plus largement les Océaniens à devenir professeur, pose Hélène Iékawé. C’est une mesure pour favoriser l’emploi local dans la fonction publique, une mesure de rééquilibrage ». La chargée de l’enseignement au gouvernement fait le lien avec le projet éducatif, dont la charte d’application est en cours d’élaboration : « Ces trois modèles servent à s’identifier. Pour donner une identité calédonienne à l’école, il faut aussi que le personnel reflète le pays. » Et pour cela, « il faudrait que 40 % des professeurs soient kanak », poursuit le vice-recteur Jean-Charles Ringard-Flament. Pour l’instant, l’enseignement secondaire public en est loin. En 2010, sur 1 850 professeurs, conseillers principaux d’éducation, conseillers d’orientation ou chefs d’établissement, seulement 29, soit 1,5 %, étaient d’origine kanak. Mais les choses évoluent puisque ce nombre a doublé, boostant cette proportion à 12 % aujourd’hui. Derrière ce progrès, un dispositif datant de 2010, au Foyer du Tutorat, pour accompagner les futurs capésiens dans leur préparation au concours (à la fin de la première année de master) : du tutorat sur mesure. « Mais les étudiants bloquaient au moment des oraux, se souvient Marie-Laure Gibert, trésorière de l’association du Foyer. Alors on a mis l’accent sur la communication, les mises en situation devant un jury ou une caméra. ». À partir de là, « on a vu les résultats tout de suite ».

Un métier d’avenir

Depuis 2010, trente étudiants ont présenté le concours et vingt et un ont été reçus. Annie, de Lifou, nouvelle capésienne de maths, a bénéficié du dispositif pendant ses études supérieures. « En licence, c’est difficile de poser des questions car on est nombreux en classe, confie-t-elle. Au Foyer, on est deux ou trois étudiants pour un intervenant. Ce dispositif m’a beaucoup aidée, surtout pour les oraux ».

« À travers cette campagne, on veut aussi montrer qu’enseigner est un métier d’avenir, soutient Jean-Charles Ringard-Flament. De plus, cela représente 30 à 45 emplois par année ». Il reconnaît que certaines filières sont saturées, comme l’anglais, les sciences et vie de la Terre (SVT) et l’EPS. Toutefois, « il n’est pas question pour nous de limiter la réussite et les choix, précise-t-il. En attendant de pouvoir revenir en Calédonie, le futur capésien enseignera en Métropole. C’est un sas ».

La campagne, lancée le 27 juillet dernier, doit durer un mois et demi, « la période qui correspond au moment où les jeunes choisissent leur orientation ». Reste à voir si les étudiants de master y auront été sensibles.

Photo : A. P.

Une campagne pour que les enseignants reflètent le pays, Les Nouvelles Calédoniennes, 8 août 2016.

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