Une nouvelle pédagogie

Quelle pédagogie utiliser pour des élèves en difficulté scolaire ? Depuis trois ans, une expérimentation pourrait constituer une des réponses au système éducatif en pleine transformation. Aude Perron, coréalisatrice de ce film avec Thomas Douchy, nous en dit plus.

Coco TV : Qu’est-ce que la 6e C ? 

Aude Perron : C’est une classe de sixième au collège Sainte-Marie, à Païta, appelée « sixième de consolidation ». Dans cette classe, sont réunis dix-huit élèves qui n’ont pas réussi à acquérir, pour différentes raisons, toutes les compétences qu’un enfant doit normalisation valider en CM2. Depuis 2013, une pédagogie basée sur les intelligences multiples et les situations complexes y est testée et ce, avec un certain succès : les apprentissages font du sens et les enfants sont valorisés. En l’espace d’une année, les résultats scolaires augmentent – un peu pour certaines, beaucoup pour d’autres – et les enfants reprennent confiance en eux et en l’école.

Comment est né ce projet ? 

Le projet est né d’une conversation avec Pierre-Yves Leroux, formateur à l’ESPE, qui suit les résultats de cette classe (au niveau des notes, de l’absentéisme, des incivilités, de l’estime de soi et du vivre ensemble). Il nous a parlé des trois professeurs, Brigitte Do, Julien Decastille et Louis Ginestar, respectivement professeurs de français, d’EPS et de mathématiques, qui portent à bout de bras cette pédagogie. Nous avons été touchés par leur engagement et leur bienveillance envers leurs élèves, ainsi que leur complicité et humilité. De plus, à l’époque, le gouvernement dessinait son projet éducatif, dont la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, vient tout juste de valider la mise en oeuvre. Une des articles de ce projet concerne justement les méthodes éducatives alternatives dont font partie les mises en situation complexes et la théorie des intelligences multiples.

Vous avez tourné pendant un an. Est-ce que ce n’était pas trop dur d’avoir l’attention des élèves ?

Justement, nous ne voulions surtout pas avoir leur attention. Nous voulions qu’ils oublient la caméra et notre présence et qu’ils vivent leur quotidien de collégien. Pour obtenir ces moments de vue, nous avons plutôt tourné dans la longueur, à différents moment de l’année : notamment en classe, mais aussi pendant les situations complexes que les professeurs ont organisé en dehors du collège. Nous avons plus particulièrement suivi trois élèves, tant à l’école que dans leurs activités parascolaires ou à la maison. Joseph, Juninho et Laila se sont prêtés au jeu, même s’il n’est pas toujours facile de se confier à la caméra.

Ce n’est pas un tournage comme les autres…

Il est vrai que c’est un travail de longue haleine puisque nous avons tourné jusqu’en août dernier, alors que les élèves sont en 5e. De plus, nous avons fait le pari de ne pas faire un documentaire à caractère journalistique et nous avons évité une voix narrative. Il nous semblait qu’il ne nous appartenait pas de commenter les vertus ou les défauts de cette pédagogie. Nous ne voulons pas de faire prosélytisme et préférons laisser le spectateur se faire sa propre opinion.

Que sont devenus les élèves ?

Ils ont bien grandi ! Malheureusement, la pédagogie n’a pas pu être poursuivie cette année, en 5e : à la fin de l’année dernière, une des trois professeurs est parti enseigner dans un autre établissement. Les deux autres ont tenté de lui trouver un remplaçant, mais sans succès. On peut se permettre de penser que la pédagogie est en péril pour les années suivantes. Il ne resterait que ce documentaire pour témoigner de ce qui a audacieusement été test, qui plus est avec des résultats prometteurs. Par chance, certains acquis sont restés chez nos ex-6eC : ils travaillent toujours bien en groupe et considèrent leur classe comme une famille, entre autres choses.

Qu’espérez-vous de ce film ? 

Si le spectateur est un parent, nous aimerions que ce film constitue une ouverture et un espoir. La pédagogie testée eb 6eC permet aux parents de se réinvestir dans l’école, parce que leur enfant s’y réintéresse lui-même. Si le spectateur est un professeur, nous aimerions qu’il perçoive la mise en place de la pédagogie comme une grande aventure intellectuelle, qui permet de se remettre en question et, au final, de trouver le moyen de mieux enseigner. Le but, c’est bien la réussite des enfants.

Photo : Quinoa Productions

Une nouvelle pédagogie, Coco TV, 11 novembre 2016

 

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