A mort, les auteurs

Après La danse des abeilles, Alain Mardel revient avec sa nouvelle pièce, On tuera tous les auteurs, qu’il met en scène lui-même. Hier après-midi, l’heure était au filage avant la première de jeudi soir.

Aude Perron

C’est au Théâtre de Poche qu’Alain Mardel a choisi de présenter sa nouvelle pièce, On tuera tous les auteurs, (dont une forme moins aboutie a déjà été proposée au festival Ecrits d’ici, en 2012). Là, une centaine de fauteuils à tout casser, une petite scène et trois comédiens pour occuper tout l’espace. Un huis clos, dense et rythmé, où deux amoureux se disputent et s’entre-déchirent sous la plume d’un auteur aigri par la perte de sa femme. « C’est l’endroit qui se prêtait le mieux pour cette pièce. J’aime les huis clos et les lieux intimistes. Les émotions sont plus fortes. Moins on claque les portes, moins il y a d’allées et venues sur scène, et plus il y a de la profondeur dans les sentiments et les intentions des personnages », explique le dramaturge et metteur en scène calédonien, ajoutant qu’il ne boude pas le plaisir d’un bon vaudeville.

Les personnages sont incarnés par deux comédiens qu’il connaissait déjà : Delphine Mahieu, qui a joué dans La danse des abeilles l’an dernier, et Daniel Biheauro. Quant à Alain Camus, c’est la première fois qu’il travaille avec lui : « J’aime sa présence, sa voix. Pour jouer le rôle de l’auteur, je trouvais que ça collait. »

Pantins. Sur scène, le jeu de lumière et trois espaces permettent au spectateur de se situer : on est parfois dans les scènes de dispute que se doivent de jouer les amoureux, véritables pantins à la merci de leur auteur qui, depuis deux ans, les tyrannise. Quand l’auteur s’endort, souvent aidé par son penchant pour l’alcool, les amoureux retrouvent leur intimité et s’excusent pour les mots, les menaces et les gestes qu’ils ont eus l’un envers l’autre. Ils ont peur. Ils savent que lorsqu’il se réveillera, tout recommencera. Et jusqu’ où cela ira-t-il cette fois ? « Je n’en peux plus de ces scènes odieuses, pleure Claire, personnage joué par Delphine Mahieu. Il est en train de nous détruire, scène après scène. » Alors, ils iront affronter leur créateur pour qu’il cesse de les torturer et leur redonne leur vie d’avant. Mais ce dernier, qui n’a que du mépris pour « leur amour dégoulinant », n’a pas l’intention de se laisser convaincre : « Je ne vois pas pourquoi votre vie devrait être différente de la mienne ! », rétorquera-t-il.

Starting-blocks. Au bout d’une heure de filage, les comédiens saluent l’assistance de fauteuils vides et Alain Mardel, derrière la régie, descend les rejoindre. Pour lui, tout le monde est prêt pour demain, après trois mois de répétition. « Une pièce de théâtre, c’est un laboratoire où tous ensemble, on cherche puis on fixe les choses. Aujourd’hui, ça y est, la pièce ne m’appartient plus. Les acteurs sont dans les starting-blocks et maintenant, il faut aller à la rencontre du public. »

Au Théâtre de Poche, Faubourg-Blanchot, les jeudis et vendredis 16, 17, 23 et 24 avril à 20 heures. Les samedis et dimanches 18, 19, 25 et 26 avril à 18 heures. La soirée de demain affiche complet. Tél. 25 07 50 ou 77 20 52.

Photo : Jacquotte Samperez

A mort, les auteurs, Les Nouvelles Calédoniennes, 16 avril 2015.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *