La filiale calédonienne de l’australien BlueScope Steel, un des leaders mondiaux de transformation de l’acier, a inauguré hier sa deuxième usine de fabrication. Délais de livraison plus courts et prix identiques à ceux de Nouméa : les entreprises respirent.
Par Aude Perron
Chose promise, chose due. En février dernier, dans la zone Pont Blanc/Les Cassis, au sud de Koné, il n’y avait là qu’une plateforme sur laquelle devait se dresser une véritable usine de fabrication de produits d’acier. Un an plus tard, presque jour pour jour, c’est désormais chose faite. Impossible de rater cette vaste installation, visible depuis la RT1, avec ses murs bleus et ses quelque 1700 mètres carrés (dock et bureaux) de surface. Et hier, une centaine de personnes, élus, maires, entreprises, banques, coutumiers, chambres consulaires, entre autres, étaient présents pour l’inauguration. Un investissement de 650 millions francs qui a fait l’objet d’une double défiscalisation, à hauteur de 60 %.
« C’est un geste fort d’ouvrir cette usine de fabrication, fait remarquer Simon Linge, président de New Zealand Steel Pacific. La conjoncture économique est difficile en ce moment pour BlueScope Steel dans le monde. » En cause : la morosité économique mondiale, mais également, l’aciériste ne profite plus autant du marché intérieur chinois qui, il y a dix ans encore, représentait un important débouché. Aujourd’hui, non seulement la Chine importe moins, mais surtout : elle exporte !
Par chance, cela n’enlève rien au potentiel de la province nord qui, développement oblige, a besoin de produits d’acier. Tôles pour les toitures et les bardages, les profilés métalliques pour charpentes, accessoires de finition telles que gouttières ou faitages, tout sera fabriqué sur place à partir de rouleaux d’acier importée de Nouvelle-Zélande et grâce à de la machinerie (découpe, plieuse, guillotine) d’Europe, Australie et Nouvelle-Zélande. Tout un changement, pour les entreprises du coin, à qui l’on promet une fabrication et une livraison sous 24 et 48 heures respectivement.
« Je vais économiser du temps et de l’argent, se réjouit James Trahan, chef de chantier, chez Metco, qui construit toits, docks et autres abris de jardin. Je n’aurai plus à trouver un transport pour me faire livrer les tôles. Et quand il s’agit de tôles plus grandes, comme des 16 mètres, je dois les faire monter par convoi spécial, qui roule à 70 km/heure. Je perds une journée entière juste avec le transport. Pour mes chantiers à Poindimié, j’aurai encore à acheminer mes tôles, mais c’est plus facile de passer par la Koné-Tiwaka que de prendre le col des Roussettes ! »
Tout un changement aussi pour Marc, 22 ans, qui fait partie des quinze employés de l’usine. Avec l’aide de la Province Nord, l’opérateur de machine a suivi une formation de juillet à décembre dernier, livrée par l’AFBTP (association de formation du BTP), qui alternait entre théorie et pratique à l’usine de Numbo, avant de déboucher sur ce CDI. « La première chose que l’on a apprise, c’est la sécurité : porter des EPI, déplacer les tôles sans danger. On a vite compris que c’était important, confie-t-il. Je suis fier d’être ici. Quand j’ai mis les pieds dans l’usine, je me suis dit : C’est mon usine, c’est ma machine. C’est chez moi ici. »
Trois questions à Denis Etournaud, président région du Pacifique
Quels sont vos objectifs pour cette usine ?
Je pense que nous pourrons produire entre 50 et 100 tonnes d’acier par année, d’ici cinq ans, où nous atteindrons notre rythme de croisière. Cela représente un chiffre d’affaires de 300 millions de francs, donc environ 15 à 20 % du chiffre de l’usine de Nouméa. Nous avons aussi construit l’usine avec la possibilité d’agrandir et de doubler notre surface de production.
Vous dites que votre métier, c’est le développement. Que voulez-vous dire par là ?
Mon métier, ce n’est pas uniquement de fabriquer et vendre de l’acier. Dans cette usine, nous pourrons également concevoir et fournir de l’assistance technique à nos clients. Nous pourrons développer de nouveaux produits avec eux.
Justement, vous parlez d’un pôle technique sur la zone Pont Blanc/Les Cassis. Qu’en est-il ?
On fait comme à l’usine de Nouméa, c’est-à-dire qu’on s’entoure d’entreprises dans la même zone et que l’on crée des partenariats techniques avec elles. Ici, on va travailler avec Metco, Ecobois, Trametal, Marconnet, Isotechnic, TPF, par exemple. Ce sont des entreprises qui peuvent être des clients directs, mais aussi des fournisseurs, comme Seigneurie qui pourrait nous fabriquer une peinture de retouche pour notre acier. Une autre pourrait nous louer un chariot élévateur. Avec une autre, nous pourrions construire une base-vie.
BlueScope Acier Nouvelle-Calédonie, c’est :
Année de fondation : 1971
Domaine d’activité : Fabrication de produits d’acier
Nombre d’employés : 48 (Nouméa) + 15 (Koné)
Marchés : Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Vanuatu, Papouasie-Nouvelle-Guinée, etc.
Chiffre d’affaires annuel : 2 milliards CFP
Production : 5 500 tonnes (Nouméa)
Photo : A. P.
Acier et valeur ajoutée, Les Nouvelles Calédoniennes, 21 février 2013.

