Depuis lundi, six photographes amateurs participent à une résidence sous la houlette du plasticien Thierry Mangin. Objectif : donner la parole aux jeunes pour écrire un nouveau chapitre de l’exposition « Je suis une âme d’expression massive »
Aude Perron
La pluie était malvenue pendant cette semaine de résidence au centre culturel Pomémie. Mais les photographes amateurs ont réussi à passer entre les gouttes pour se mettre, à tour de rôle, devant, puis derrière l’objectif. Ce faisant, ils sont en train d’écrire « Le coeur en avant », le nouveau chapitre de l’exposition itinérante « Je suis une âme d’expression massive », née à Dumbéa en avril dernier, à la suite d’une résidence avec des lycéens. L’oeuvre collective se bonifiera donc de cette nouvelle semaine de création, exposée le 19 septembre prochain, au centre culturel de Voh. Puis s’ajouteront les résidences de Nouméa en novembre et des Loyauté courant 2015. « Je voulais faire quelque chose pour les jeunes, explique l’artiste Thierry Mangin qui dirige la résidence. La culture, c’est important dans le pays, c’est ce qui tresse des liens entre les gens, entre les communautés. »
Les six jeunes qui ont répondu à l’appel se sont donc frottés à la photographie, l’infographie, mais aussi à l’expression écrite avec le concours d’une intervenante en écriture, à la communication puisqu’ils ont été filmés au quotidien. L’impression sur bâche, elle, sera faite sur Nouméa, une fois les oeuvres entièrement réalisées. Il reste encore du travail en cette fin de semaine, mais Thierry Mangin est content : « Cette résidence est vraiment riche. Je me nourris beaucoup de ce genre de rencontres. »
Jessica, 32 ans, de Koné, a voulu s’exprimer sur la tradition et la modernité. « Les technologies, Facebook : tu ne peux pas en faire abstraction. C’est même un tremplin pour les artistes; c’est l’endroit pour faire passer un message, faire connaître ton oeuvre. Mais en même temps, il faut faire attention. » Plus qu’une occasion de s’exprimer, la jeune femme a voulu savoir avec cette résidence si elle avait sa place dans la photo. Modeste, elle n’ose pas le confirmer, mais le feu avec lequel elle parle en dit long. « Il faut se lancer, se donner les moyens, sinon on peut passer à côté de quelque chose. Peut-être que mon expérience va aider d’autres jeunes à sortir de l’ombre et s’affirmer. »
Sortir de l’ombre, c’est ce qu’est en train de faire Rakéla, 19 ans, de Canala. L’an dernier, elle s’amusait à brûler des voitures pour « faire dégager les Blancs du pays », a-t-elle confié. « C’était pour délirer, pour jouer. Mais mon passage à la gendarmerie m’a bien calmée. Maintenant, je suis inscrite à l’EMIA (NDLR : École des métiers de l’image et des arts). Pour l’instant, j’apprends. Après je verrai. » L’oeuvre sur laquelle elle travaille s’intitule « Confessions ». Sur le brouillon du texte qui va l’accompagner, Rakéla a lancé : « Pardonne-moi, Pays, j’ai ri de toi, de tes lois, de tes institutions. (…) Je suis malade, mais je me soigne. Et je te le dis, je guérirai. » La fin est barrée et juste en dessous, la jeune femme l’a remplacée : « je guéris ».
Photo : Tein Vaiadimoin
Au coeur de l’objectif, Les Nouvelles Calédoniennes, 29 août 2014.

