Enfin du vrai cinéma

Elles ne se connaissaient ni d’Eve ni d’Adam, mais c’est l’envie d’organiser des projections sur VKP qui a réuni Claire Marty et Sarah Tardieu. Après de nombreuses galères, Koné a aujourd’hui son ciné club.

Par Aude Perron

C’est connu. Dans ce coin-ci du pays, si vous voulez assister à une vraie séance de cinéma, l’option la plus proche, c’est Bourail. Ou alors il faut compter sur la visite de ciné-brousse, sinon les quelques projections adultes au château Grimigni à Pouembout. Mais que les cinéphiles se réjouissent : désormais, il y aura du cinéma au moins chaque premier mardi du mois en 2010, au Toucouleur. 

Cela, c’est grâce à deux jeunes femmes que le goût du cinéma a réunies. Sarah Tardieu, 36 ans, a, c’est vrai, déjà baigné dans le milieu. Bien qu’ayant étudié en psychologie, elle a travaillé comme assistante-réalisatrice en métropole sur des longs métrages, notamment MR-73 avec Daniel Auteuil, sorti en 2008. En revanche, Claire Marty, 30 ans, qui travaille à la Province Nord, n’a jamais œuvré dans le domaine, mais elle n’en est pas moins une cinéphile. « J’aime aller au cinéma. Le grand écran, le son, ça met tout de suite dans l’ambiance. Ce n’est pas pareil que de regarder l’ordinateur ou la télé. » « Et puis, tu sors de chez toi, ajoute Sarah Tardieu. C’est un événement ! »

Tout a commencé l’an dernier. En partenariat avec l’association Cal-Ciné, Claire Marty organise des séances de cinéma au château Grimigni, à Pouembout. Le film est projeté dans la médiathèque, au milieu des rayons de romans et autres ouvrages. « C’était sympa que ce soit au milieu des livres, se rappelle Sarah Tardieu. C’était très intimiste, comme cadre. » 

Malheureusement, pour diverses raisons, cet arrangement ne peut pas se poursuivre cette année. C’est la panique, car on est en février et la saison 2010 doit être lancée sans tarder… Les deux jeunes femmes examinent toutes les options qui s’offrent à elles : la salle Au Pitirî, le faré de l’Association des Cavaliers du Nord (ACNO), dehors en plein air… « J’ai même pensé à faire ça chez moi », raconte Sarah Tardieu, en riant. Mais aucun lieu n’est vraiment adéquat, ce qui laisse place au découragement. « Si on n’avait pas été deux, ça n’aurait pas été possible », avoue Claire Marty. 

Finalement, la propriétaire du Toucouleur leur offre gracieusement son chapiteau. L’association KoneXcité accepte de créer un section ciné-club en son sein, ce qui évite aux jeunes femmes de fonder une association et leur donne accès à une trésorerie.  L’écran, qui mesure trois mètres sur quatre, est loué et le reste du matériel, prêté. Ne reste plus que le plaisir de choisir les films qui sont achetés en métropole et que de bonnes âmes ramènent dans leurs bagages. C’est ainsi que les membres du ciné-club pourront voir Paris Texas, Ascenseur pour l’échafaud, La leçon de piano, Bamako et Peter Pan, entre autres choses.

Si le système est en place maintenant et sera éprouvé le 1 juin prochain avec Les infiltrés de Martin Scorsese, Claire et Sarah caressent un autre projet : projeter des films présentés au Festival Ânûû-rû âboro, qui se tient à Poindimié chaque novembre et qui met en compétition une vingtaine de documentaires d’ici et d’ailleurs. « Ce serait bien de relayer ces œuvres sur la zone VKP», conclut Claire Marty.

Photo : A. P.

Enfin du vrai cinéma, Les Nouvelles Calédoniennes, 29 mai 2010.

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