NC 1re programmait hier soir un documentaire d’Aude Perron, Panique dans la banane, consacré à la maladie du bunchy top. Producteur à la rivière des Pirogues, Akileo Suve a raconté son vécu sur le terrain.
Propos recueillis par Françoise Tromeur
Quand avez-vous découvert la présence du bunchy top dans votre exploitation ?
Akileo Suve : Les premiers signes ont été repérés en mars et avril 2011. On a trouvé trois pieds atteints. On faisait partie des derniers grands producteurs à ne pas avoir été touchés, Marc Viallon [La Ferme du Sud] et moi. Le problème n’était pas de savoir si on allait avoir la maladie, mais quand on allait l’avoir.
Comment avez-vous réagi ?
J’ai commencé à être en contact avec le bunchy top en 2001 quand j’étais salarié sur la propriété Cochard [de La Coulée]. A partir du moment où j’ai racheté la Forestière du Sud, j’ai su que je l’aurais. Je savais que le gouvernement avait dit que la maladie était installée, et qu’on devait se démerder. Quand les techniciens m’ont demandé d’éradiquer, j’ai dit : «OK mais vous m’indemnisez ! » Ça a un coût et on venait de subir Vania. Je pense d’ailleurs que le puceron est arrivé avec le vent. J’ai pris le risque de laisser la moitié de la parcelle atteinte. J’ai aussi pris le risque que le reste de la propriété soit infecté. Je ne regrette rien.
Quelle est la situation aujourd’hui ?
Les deux premiers mois, j’ai dessouché les pieds malades. On coupe, on brûle. On en a trouvé un ou deux dans la même ligne, j’ai éradiqué les deux premières lignes. La maladie s’est propagée les deux lignes d’après… Alors, on a éliminé la moitié de la parcelle, qui faisait un hectare. Et plus rien. En hiver, la maladie a du mal à se développer. Je me suis dit qu’on aurait une explosion à l’été. En fin de compte, non. On a trouvé un seul pied malade entre septembre et novembre.
Le problème serait réglé ?
Non, le bunchy top est installé. On est très vigilants. Quand on repère un pied touché, on coupe et on brûle. Pour moi, c’est la seule lutte. C’est une maladie virulente pour les bananiers. Mais en étant attentifs, on peut la réguler. Pas l’éradiquer. Douze ans après son apparition, on en est toujours là.
A votre avis, comment s’est-elle propagée?
Juste à côté de la station-service de Plum, il y a une parcelle qui est un nid de bunchy top. Je ne comprends pas qu’on puisse la laisser comme ça alors qu’on nous parle de zone indemne.
Devant votre propriété, un panneau annonce toujours que la zone est indemne. Comment le prenez-vous?
J’ai toujours trouvé ce panneau mal placé. Si des gens viennent avec des bananiers infectés, quand ils le voient, ils se trouvent déjà trop près. Il fallait le mettre avant.
A quoi reconnaît-on un bananier infecté par le bunchy top ?
Les gens ne sont pas assez informés, il y a des symptômes bien précis. Les feuilles de bananes jaunissent sur les bords, elles sont allongées et bien pointues, elles forment comme un bouquet de fleurs et elles sont craquantes au toucher. A partir de là, on va fouiller dans le cœur du bananier et on va trouver un petit puceron.
Photo : Papaye Productions
« Je savais que je l’aurais », Les Nouvelles Calédoniennes, 20 juin 2012.

