Avec l’arrivée du danseur et professeur Sylvain Wenethem, le Conservatoire va pouvoir remplir sa mission de faire connaître la danse en province Nord. Et ce dès lundi, avec le début des cours.
Par Aude Perron
Après le sud l’an dernier, c’est maintenant concrétisé dans le nord. Le mot « danse » vient de se tailler une place dans le nom du Conservatoire et désormais, l’enseignement de cette discipline fait partie des missions de l’établissement public, aux côtés de la musique. Cela prendra forme à l’antenne de Koné du Conservatoire, dès lundi prochain, à 16h30, avec un cours d’éveil à la danse destiné aux 3 à 5 ans. Derrière cette nouveauté, Sylvain Wenethem, danseur et professeur, débarqué de Métropole et entré en poste il y a à peine deux semaines. Son mandat, et non le moindre : développer la danse en province Nord. « Il y a tout à faire ici et on m’a laissé carte blanche », confie-t-il.
Cependant, pas de collants ou de tutus : le jeune homme de Lifou est diplômé du Centre d’Etudes Supérieures Musique et Danse de Poitou-Charentes (CESMD) en danse contemporaine. Un style dont il n’a pas fini de vanter les mérites. « En danse contemporaine, c’est le mouvement qui s’adapte au corps de la personne. C’est l’inverse en ballet où tout est codifié et où le danseur doit s’adapter au mouvement. »
Mais les élèves de Sylvain Wenethem ne pourront pas échapper au métissage de son style. « Dans les exercices, les élèves vont retrouver des mouvements de danse traditionnelle. J’ai été bercé là-dedans toute mon enfance à Qanono. Mon enseignement en est forcément teinté. » Et les adeptes de hip-hop pourront s’y retrouver également puisque le nouveau professeur de Koné, lui-même fan de ce genre, a fait partie de plusieurs troupes de danse – Lorena, Yanness et Nyian – où tradition, contemporain mais aussi urbanité se mélangent sans complexe.
Si le danseur a été exposé à de nombreux styles, il a aussi été au contact de tous les publics et dû composer avec tous les niveaux : dans des écoles privées de danse, des conservatoires, des clubs de gym, des maternelles. Il a même donné des cours à des intermittents du spectacle pour « stimuler la poésie de leurs mouvements ». Mais son public préféré, ce sont les enfants. Un cours d’éveil est donc destiné aux 3-5 ans pendant lequel les loulous et louloutes, sous forme de jeux, prendront conscience de leur corps et de l’espace qui les entoure. La technique, elle, sera effleurée chez les 6-8 ans et abordée plus franchement chez les 9-13 ans et, bien entendu, les adultes.
En plus des cours prévus au Conservatoire, Sylvain Wenethem se rendra également dans les établissements scolaires pour faire des interventions et ainsi remplir sa mission d’apporter la danse aux quatre coins de la province, autant que possible. Et vanter les mérites de cette discipline qui conjugue esthétique et physique. « Avec la danse, on travaille les muscles fins, profonds et toujours de manière équilibrée, autant la droite que la gauche, explique-t-il. Cela permet de se reconnecter avec son corps. De faire la paix avec lui. »
Légende : Selon Sylvain Wenethem, la danse contemporaine permet de faire la paix avec son corps.
Horaire des cours :
3-5 ans : lundi ou mardi de 16h30-17h15
6-8 ans : lundi ou mardi de 17h15-18h
9-13 ans : lundi ou mardi de 18h-19h
Adultes : lundi ou mardi de 19h-20h
Trois questions à Hervé Lecren, directeur de l’antenne Nord du Conservatoire
Pourquoi avoir de la danse au Conservatoire ?
Les missions normales d’un conservatoire, c’est l’enseignement de la musique et de la danse. L’an dernier, la danse a été intégrée à Nouméa. C’est le chorégraphe Sthan Kabar-Louet qui y enseigne la danse classique. Dans le Nord, nous avons maintenant Sylvain Wenethem qui va enseigner la danse contemporaine.
Qu’est-ce qui vous plaît dans son profil ?
Comme nous sommes dans le Nord, il faut qu’il y ait des couleurs. Nous le faisons déjà en musique où, par exemple, nous allons utiliser les bambous pillonnants pour enseigner la rythmique. J’apprécie le bagage contemporain, urbain mais aussi traditionnel de Sylvain. Et cet ancrage dans la tradition permet de s’ouvrir.
Quel est votre objectif de façon générale ?
Mon vœu est que la danse, mais la musique aussi, touchent le plus grand nombre. Il ne faut pas qu’elles deviennent le privilège de quelques uns. C’est pour cela que nous allons nous rendre dans les écoles en plus d’offrir les cours au Conservatoire. Gérard Authelain a déjà dit : « Les écoles sont le premier centre culturel. » C’est tellement vrai !
Bio express de Sylvain Wenethem
Sylvain Wenethem est né en 1978, à Qanono, à Lifou. Dès son plus jeune âge, il baigne dans la danse traditionnelle. Dès le collège, il s’intéresse au hip-hop et bientôt, intègre successivement des troupes de danse, notamment Lorena et Yanness. C’est son passage dans Nyian et sa rencontre avec le chorégraphe Richard Digoué qui lui donne l’envie d’approfondir ses connaissances en danse. En 2006, il s’exile à Paris pour préparer des concours, puis intègre le Centre d’Etudes Supérieures Musique et Danse de Poitou-Charentes (CESMD), à Poitiers. Diplômé depuis 2011, il rentre au pays en février 2013 pour prendre le poste de professeur de danse à l’antenne de Koné du Conservatoire.
Photo : A. P.
La danse à la conquête du Nord, Les Nouvelles Calédoniennes, 1er mars 2013

