Savoir faire et savoir en parler

Le Salon du savoir-faire et de l’artisanat s’est terminé vendredi soir à la satisfaction de ses organisateurs. Certains artisans ont même été choisis pour exposer au Festival des arts mélanésiens, en septembre prochain.

Par Aude Perron

Jeudi et vendredi dernier, la salle polyvalente de Pouembout bourdonnait : non pas de jeunes judokas ou d’élèves d’une classe d’aérobie, mais d’artisans de la province Nord qui présentaient leur savoir-faire. Entre le tressage, la vannerie, le lapidaire, les bijoux, la sculpture, la couture ou les arts choral et culinaire, la variété ne manquait pas. Ce premier salon est une initiative du Conseil des femmes de la province Nord et avait deux objectifs : permettre aux exposants de toucher quelques revenus pendant ces deux journées mais également mettre en valeur leur savoir-faire.

La transmission et la préservation de ce savoir-faire étaient une préoccupation partagée par de nombreux artisans. Assise sur une natte, les mains occupées à tresser un panier, Marie Bova, confie que les jeunes lui demandent toujours de ses paniers, mais aucun ne s’intéresse vraiment à apprendre à en faire. « Je dis aux jeunes d’apprendre, car moi, je ne serai pas toujours là », confie la dame de Baco, âgée de 72 ans. Même son de cloche chez Elia Bealo, de Hienghène, un des rares hommes parmi la vingtaine d’exposants. « C’est de l’art qui est perdu », se désole ce confectionneur de frondes kanak. Et pointant Geoffrey, 14 ans, concentré à fabriquer sa propre fronde : « Regardez, c’est le premier jeune qui vient me voir pour apprendre. Et c’est un Blanc ! »

Mis à part le public, les exposants ont reçu la visite d’une délégation bien particulière, vendredi en fin de matinée : un jury constitué Marie-Claude Tjibaou, présidente du Comité organisateur du festival des arts mélanésiens (Cofam), Daniel Goa, élu de la Province Nord ainsi que Raymond Tyuienon, du cabinet de la vice-présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Déwé Gorodey. Afin d’élaborer le contenu du Festival qui se tiendra en septembre prochain, le trio était à la recherche d’artisans qui y présenteront leur savoir-faire. « On cherche des gens qui savent faire, mais qui sont capables d’en parler aussi, explique Marie-Claude Tjibaou. Nous sommes des gens pudiques, réservés. C’est difficile d’être en représentation. » 

Après avoir fait le tour des exposants, le comité de sélection a choisi huit artisans que le public pourra revoir pendant les festivités de septembre. Marie-Claude Tjibaou a cependant avoué avoir un regret : que toutes les cultures ne soient pas présentes au salon. Mis à part les kanak, il n’y avait que quelques wallisiennes et une Calédonienne. « On n’est pas nous tous. Pourtant, c’est le moment de se conjuguer ensemble », a-t-elle fait remarquer, rappelant le thème du Festival, Notre identité, elle est devant nous.

Ce n’est pas faute d’avoir tendu la main, assurent les organisateurs. « On est très ouvert et on invite les autres, précise Elizabeth Kaviérénéva, présidente du Conseil des femmes de la province Nord. Ce n’est pas un événement que pour les kanak. » Malgré tout, cette dernière s’est dite contente de cette première édition. « Je suis satisfaite. Notre double objectif est atteint et j’ai reçu de bons commentaires », conclut-elle.

Photo : A. P.

Savoir faire et savoir en parler, Les Nouvelles Calédoniennes, 26 mai 2010.

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