Jeudi soir, une centaine d’internes du Lycée agricole de Pouembout et du Collège de Koné a pu assister à la première représentation en Calédonie de « Monstres sacrés », un des récents spectacles de Pacifique et Compagnie.
Par Aude Perron
Cela ne faisait pas dix minutes que la pièce était commencée, que déjà, de grands éclats de rire résonnaient dans la salle omnisports de Pouembout. Sur scène, l’Amour, gère une réunion par vidéoconférence du Conseil des émotions. Toutes projetées sur le mur du fond de la salle, une douzaine d’autres émotions prennent part à la discussion, très animée. Les « monstres sacrés », ce sont elles, les émotions – Colère, Culpabilité, Joie, Doute, Estime de soi, Jalousie, Peur, Solitude, etc. – que les êtres humains, certains jours, n’arrivent plus à gérer. Et justement, ce matin, trois dossiers doivent être traités de manière urgente : trois jeunes souffrent, l’un d’injustice, l’autre d’une peine d’amour et le dernier, d’un immense sentiment de culpabilité. Et ils veulent en finir avec la vie. Les monstres parviendront-ils à les raisonner avant qu’ils ne commettent l’irréparable ?
Si le sujet est sérieux, les comédiens de Pacifique et Compagnie, une petite troupe de théâtre professionnelle qui roule sa bosse depuis quinze ans, ici et dans le Pacifique, ont su, à travers cette pièce, le rendre « écoutable ». Partis du constat que le taux de suicide en Océanie est l’un des plus importants au monde, des comédiens de la troupe et Isabelle de Hass, son metteur en scène, ont fait des recherches et rencontrés des experts, notamment des sociologues, afin d’écrire une pièce qui invite à la réflexion.
Résultat ? Un jeu théâtral, mêlé de chant, danse, acrobaties et technologie avec des « Monstres » reconnaissables avec leur cagoule en lycra et accoutrement façon Star Wars, pour certains. Et des petites répliques, justes, qui font réfléchir : « Ce n’est pas l’Amour que tu as perdu. C’est juste un amoureux » ou alors : « Je suis la Colère : je sers à cracher ton venin, pas à te donner la mort. » « Il n’y a pas d’Injustice : il y a juste un gamin qui ne s’accepte pas tel qu’il est et qui fait des conneries pour se faire des amis. » Des petites phrases qu’au sortir de la pièce, les internes ont emportées avec eux, et auxquelles ils pourront s’accrocher, un jour, où, eux aussi, seront débordés par leurs émotions.
Photo : A. P.
Savoir gérer ses monstres, Les Nouvelles Calédoniennes, 13 mai 2011.

