Cela fait huit mois que Victoria Haluatr travaille à l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), un organisme qui offre du microcrédit à des porteurs de projet déboutés par les institutions bancaires. Et déjà, elle accompagne 400 entrepreneurs.
Par Aude Perron
Elle a beau avoir 25 ans et un air de sage étudiante avec ses lunettes carrées, Victoria Haluatr en a dans le ventre. Assise au bureau de l’ADIE, à Koné, cette originaire de Lifou raconte d’un ton calme comment elle est arrivée ici, en province Nord. Tout commence par un constat et une envie de changer les choses. « Dans les Îles, on a des jeunes, des gens qui ont des idées, mais qui n’osent pas faire le pas, explique Victoria Haluatr. Alors je voulais aider à la création de petites entreprises. » Elle s’en va donc se chercher une licence en économie et gestion de l’Université de Nouvelle-Calédonie, à Nouméa. Puis, elle poursuit ses études en métropole, à Poitiers, pour y décrocher un mastère en aménagement du territoire et développement économique local.
À son retour au bercail au bout de deux ans d’absence, elle tombe sur l’annonce d’un poste qui s’ouvre à l’ADIE, à Koné. Pour elle, c’est une occasion à saisir : « Je me suis dit que sous l’impulsion de l’usine du Nord, il y aurait beaucoup de personnes de la Grande Terre qui se lanceraient. J’avais envie d’être acteur de tout ce développement. ». Elle ne s’est pas trompée : pour preuve, elle reçoit entre 3 et 4 demandes de renseignements par jour, que ce soit au téléphone ou en personne.
Les dossiers s’accumulent donc pour la jeune femme qui accompagne aujourd’hui environ 400 petits entrepreneurs. Du coup, elle cherche des bénévoles pour l’aider à suivre les porteurs de projet, vérifier que la tenue de livre se fait régulièrement et solutionner les petits soucis, souvent d’ordre logistique. Victoria Haluatr a également besoin d’aide pour tenir des permanences au bureau de l’ADIE qui n’est ouvert que trois jours sur cinq. Car le reste du temps, Victoria Haluatr est sur la route. Elle parcoure autant que 4000 km par mois pour faire ses visites, entre Belep et Houaïlou ! « La route, c’est ce qui me déplaît le plus, avoue-t-elle. Mais une fois que je suis arrivée à destination, je suis contente car j’aime rencontrer les gens et échanger avec eux. »
C’est là qu’elle réalise l’influence que son association a sur le quotidien des gens. Déjà, les chiffres le prouvent : 80 % des porteurs de projet réussissent, soit parce que leur entreprise devient pérenne, soit parce qu’ils se réinsèrent dans le marché du travail. Mais Victoria Haluatr voit la transformation des entrepreneurs de ses propres yeux : « Les gens sont plus responsables, plus carrés. Ils démarchent tout seuls, vont voir la province Nord par eux-mêmes et des fois, c’est eux qui me renseignent ! Ils se sont émancipés. » Bref, c’est un peu comme si elle leur avait donné des ailes.
Photo : A. P.
Victoria Haluatr : actrice du développement, Les Nouvelles Calédoniennes, 27 avril 2010.

