20 clés pour comprendre l’économie du Québec en 2008

Cinq personnalités québécoises et canadiennes, quatre étrangers influents, quatre entreprises, cinq enjeux, deux marchés prometteur.

Par Aude Perron

Cinq personnalités et leur combat

Les personnalités de 2008 ont chacune leur cheval de bataille, que ce soit l’environnement, l’inflation ou la réglementation.

1. Le purificateur

L’aviation va connaître une croissance exponentielle dans les 20 prochaines années, due à la mondialisation, la croissance des économies émergentes et des populations qui voyagent. Cette croissance rimera avec pollution sauf si les entreprises québécoises innovent. Et l’homme pour les y sensibiliser est Jacques Saada, le nouveau président et directeur général de l’Association québécoise de l’aérospatiale (AQA). « Les normes environnementales seront de plus en plus strictes, avertit l’ex-ministre libéral. Si les entreprises québécoises veulent demeurer concurrentielles, elles devront s’associer à des institutions de recherche afin de développer des technologies vertes. »

2. Le guerrier de la congestion

Vingt-et-un chantiers au coût de 10 milliards $. Le plan de transport du maire de Montréal, Gérald Tremblay, mène la charge contre la congestion routière qui coûterait près de 800 millions $ par année. Mais où trouvera-t-on l’argent pour payer un réseau de tramway, le prolongement du métro ou une navette ferroviaire reliant l’aéroport Trudeau au centre-ville ? « Début 2008, on va adopter une stratégie agressive de financement du plan de transport », indique André Lavallée, responsable du dossier transports au comité exécutif. Pour ce faire, plusieurs possibilités sont étudiées, dont ceinturer l’île d’un péage (300 M$) et récupérer du fédéral un cent sur chaque dollar de TPS payé par les Montréalais (275 M$).

3. Le pont entre deux mondes

Le fruit est mûr pour une collaboration entre les écologistes et le monde des affaires et seul Steven Guilbeault peut convaincre tout un chacun de prendre part à ce combat. En plus d’avoir retrouvé ses premières amours chez Equiterre, le militant conseille, depuis cet automne, le service Responsabilité d’entreprise et développement durable chez Deloitte et présidera le tout nouveau Comité sur le développement durable de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « Les gens d’affaires sont de plus en plus prêt à passer à l’action», observe-t-il. C’est tant mieux parce que, d’après le discours du Trône du premier ministre Steven Harper, le Canada vient d’abandonner le Protocole de Kyoto.

4. Elle pourfend la bureaucratie

Pour les investisseurs, les courtiers et les entreprises publiques canadiennes, l’année 2008 signifiera moins de paperasserie et d’entraves et ce, grâce à Monique Jérôme-Forget. En effet, la ministre des Finances du Québec travaille à la réforme du système canadien de réglementation des valeurs mobilières, avec ses homologues provinciaux. La mise en place d’un « passeport » a pour objectif d’harmoniser la réglementation des 13 organismes canadiens en valeurs mobilières. « Au 1er janvier 2008, un titre sera accepté partout au Canada, peu importe la province de l’émetteur. Les dérogations ne seront plus nécessaires », soutient Jacques Delorme, porte-parole du Ministère des Finances. De même, un investisseur québécois pour investir partout au Canada. 

5. L’homme des 2%

Dès février prochain, le Canada aura en Mark Carney un tout nouveau gouverneur de la banque centrale. Que nous réservera-t-il en 2008 ? « La politique monétaire ne devrait pas changer vraiment sous son règne. Au moins, ça amène une certaine stabilité », fait remarquer Yves St-Maurice, directeur et économiste en chef adjoint chez Desjardins. Quoiqu’il en soit, son combat sera probablement celui de déterminer une cible d’inflation optimale pour l’économie canadienne. Un vaste programme de recherche de la Banque doit, d’ici 2011, répondre notamment à la question : un taux d’inflation en deçà du 2 % habituellement visé serait-il meilleur pour l’économie ? 

Quatre étrangers influents

Parmi les 4 étrangers qu’il faudra surveiller en 2008, deux d’entre eux remuent le Québec, tandis que les deux autres optent pour la continuité.

6. Le bagarreur de Churchill Falls

Le dernier projet hydroélectrique du premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, pourrait bien fournir au Québec de l’argent et des emplois. Il souhaite accroître d’environ 3000 mégawatts sa production en construisant deux autres centrales à Churchill Falls, le méga-barrage du Labrador. Cependant, pour acheminer cette électricité à l’Ontario, il faudra ajouter une nouvelle ligne de transport au réseau québécois. Qui la paiera ? Et comment seront partagés les profits ? Agacé par le litige de Churchill Falls qui oppose sa province au Québec depuis 40 ans, Danny Williams ne se lancera pas dans l’aventure à n’importe quel prix. « Il y a une rancœur historique, soutient Jean-Thomas Bernard, professeur titulaire à l’Université Laval. Alors, toute nouvelle entente devra faire paraître Terre-Neuve comme la gagnante. »

7. Le héros du just-in-time

Chaque jour, Gary Douglas permet aux exportateurs québécois de sauver du temps et de l’argent. Le président de la Chambre de commerce de Plattsburgh pilote présentement les travaux d’agrandissement du poste frontalier Lacolle-Champlain, un des cinq plus importants postes entre le Canada et les États-Unis. Le projet de quelques 107 millions $ vise à faire de Lacolle-Champlain un port d’excellence. La fin des travaux et l’inauguration sont prévus à l’automne 2008, mais les résultats sont déjà au rendez-vous : « Avant, la congestion aux douanes pouvait s’étaler sur 10 miles, les soirs de pointe, témoigne Gary Douglas. Aujourd’hui, le délai le plus long qu’un camionneur peut attendre, c’est 15 minutes ». 

8. Un brit au secours du Saguenay

Si l’on se fie aux engagements qu’a pris Paul Skinner, le président du conseil de Rio Tinto, à l’égard du gouvernement québécois, les Saguenéens peuvent se remettre à respirer. En septembre dernier, la société anglo-australienne Rio Tinto mettait la main sur Alcan en offrant 38,1 milliards $ aux actionnaires du fleuron de l’aluminium. Ce passage du témoin ne devrait rien changer, d’après Yves Fortier, président du conseil d’administration d’Alcan. « C’est business as usual », assure-t-il. Et non seulement le projet d’investissement de 1,8 milliards $ au Saguenay-Lac-Saint-Jean est-il maintenu, tout comme les engagements philanthropiques d’Alcan au Québec, mais le siège social Rio Tinto-Alcan aura pignon sur rue à Montréal.

9. Il contrôle nos exportations

À l’inverse, les exportateurs québécois, eux, retiennent leur souffle et espèrent que le président de la réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, maîtrisera les risques d’une récession aux Etats-Unis. Face à la crise du crédit aux États-Unis, il a baissé le taux directeur de 50 points de base, le portant à 4,75 %, en septembre dernier. Cependant, pour Maurice Marchon, professeur d’économie à HEC Montréal, il serait plus exact de parler d’un ralentissement momentané : « Si la croissance de la consommation des Américains freine, oui, ça va diminuer les importations. Mais l’actuelle faiblesse du dollar américain va booster les exportations, ce qui relancera l’économie. »

Quatre entreprises et leur stratégie

Les entreprises qui feront parler d’elles en 2008 ont bâti leur stratégie de croissance autour de conjonctures particulières.

10. Le baromètre des manufacturiers

Si Groupe Robert va bien, c’est que les manufacturiers vont bien. Mais le dollar fort et le ralentissement du marché de la construction aux États-Unis dégarnissent les cahiers de commandes des manufacturiers canadiens, ce qui fait boule de neige sur le transport. Le carburant est une autre épine au pied du groupe Robert qui en consomme 72 millions de litres par année. « Le carburant représente 20 % de nos coûts d’opérations. On a mis en place un budget de réduction des dépenses et développé de nouvelles façons de faire car la situation n’a pas l’air de s’améliorer bientôt », confie le vice-président du marketing, Jean-Robert Lessard.

11. L’épicier qui s’en va-t-en guerre

Metro est devenue, en 2005, le no.2 de l’alimentation en Ontario avec l’acquisition de A&P. « Metro est bien positionnée. Et c’est toujours plus difficile de reprendre des parts de marché que de maintenir celles qu’on a déjà », analyse JoAnne Labrecque, professeure de marketing à HEC Montréal, faisant allusion au terrain que Loblaws a perdu dans les 5 dernières années. Toutefois, il se pourrait fort bien que l’épicier québécois attire davantage l’attention en 2008 : devant le plan de redressement de Loblaws et l’arrivée des hypermarchés Wall-Mart, certains analystes financiers craignent qu’une guerre de prix vienne ronger les marges de Metro. 

12. La Cage aux Sports lance et compte ?

Comment le Groupe Sportscene, connu pour ses bannières La Cage aux sports, s’en tirera en 2008 sans ajouter de nouveaux restaurants aux 47 déjà existants ? « Nous explorons d’autres avenues de développement, mais toujours autour du concept Sport, Gang, Fun », partage Jean Bédard, président du conseil et chef de la direction. Le Groupe a récemment fait l’acquisition d’Inter-Box ainsi qu’une agence de voyages sports-loisirs. « On veut consolider notre positionnement au Québec, avant d’envisager de nouveaux marchés », ajoute-t-il. Pour le moment, cette stratégie de diversification semble porter fruits : le bénéfice net et l’action ont respectivement grimpé de 400 % et de 700 % dans les cinq dernières années.

13. Rona bâtit son avenir

Tandis que la relève est source d’incertitude pour de nombreux entrepreneurs à l’aube de leur retraite, elle représente une occasion d’affaires inespérée pour Rona. « Il y a un problème important de relève chez les détaillants. Environ 70 % d’entre eux pensent à leur succession présentement », indique Robert Dutton, le président et chef de la direction. Et Rona se voit comme le seul acquéreur potentiel, puisque ses concurrents préfèrent ouvrir des magasins. En 2008, le quincaillier prévoit mettre la main sur une dizaine de magasins supplémentaires en Ontario et dans l’Ouest canadien en 2008, poursuivant ainsi sa stratégie d’acquisitions pan-canadiennes.

Cinq enjeux pour le Québec

L’évolution des enjeux qu’il faudra avoir à l’oeil en 2008 sont autant sociaux qu’économiques. 

14. Baby-boom au Québec ?

Y a-t-il un boom de la natalité au Québec ? Depuis 2002, le nombre annuel de naissances est à la hausse. En 2006, on a enregistré presque 82 000 naissances, un niveau qui n’a pas été observé depuis les dix dernières années. Selon Jean-Pascal Bernier, du Ministère de l’Éducation, du loisir et du sport, en plus d’une économie et d’un marché de l’emploi forts, « les mesures de politique familiale mises en place par le gouvernement du Québec ont certainement une contribution positive ». Ces mesures, qui incluent les garderies à 7$, des crédits d’impôts pour les familles et du régime d’assurance parentale, ont coûté 5,9 milliards $. L’investissement sera-t-il rentabilisé ?

15. Encore la sécurité

La sécurité demeurera au centre des relations canado-américaines en 2008, selon le Bureau du Québec à New York. Le US Department of Homeland Security, qui a rendu le passeport obligatoire pour les déplacements par avion, envisage, dès l’été prochain, de l’exiger également des voyageurs terrestres et maritimes. Cependant, il faudra également surveiller l’issue des élections américaines prévues en novembre 2008, notamment au Congrès. « C’est le Congrès qui rédige et amende les lois, explique Frédérick Gagnon, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM. Ce sont ses sénateurs qui président des commissions permanentes et qui font des recommandations. »

16. 165 000 nouveaux immigrants

Alors que la Commission sur les accommodements raisonnables bat son plein, la ministre de l’immigration, Yolande James, vient d’annoncer, suite à sa planification triennale des niveaux d’immigration, que le Québec accueillera 55 000 nouveaux venus par année sur la période 2008-2010. Comment s’y prendra-t-on pour les attirer ? Devra-t-on cibler tout particulièrement les étudiants étrangers, tel que le recommande une étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ? Et au terme de leurs études, seront-nous en mesure de retenir ces jeunes ?

17. Qui profitera du dollar ?

La vertigineuse ascension du dollar canadien continue de faire faire des cauchemars aux exportateurs québécois. Mais pour Maurice Marchon, de HEC Montréal les entreprises ont eu le temps de s’adapter, car cela fait environ cinq ans que la devise canadienne se renforce aux dépens de sa consœur américaine. « Et un dollar fort signifie qu’on peut importer de l’équipement pour moins cher », rappelle-t-il. Comme quoi, il y a des avantages, en plus des aubaines qu’on peut faire à Plattsburgh ou à Burlington. Alors, qui en profitera ?

18. TSX vs MX

S’il y a une saga riche en rebondissements qu’il faudra suivre en 2008, c’est bien celle de la Bourse de Montréal. Depuis 8 ans, les produits dérivés font sa renommée. Mais la période de grâce, qui empêche toute concurrence du parquet de Toronto, prend fin en mars 2009. Sans écarter les possibilités de rachat ou de fusion, l’institution montréalaise continue de creuser son avance. « On roule à pleine vapeur », témoigne Jean-Charles Robillard, directeur des communications. En effet, la Bourse s’est associée au Chicago Exchange Climate et au NYMEX pour développer le marché du carbone et celui des ressources. De plus, dès 2008, elle contrôlera à hauteur de 53 % la Boston Options Exchange.

Des marchés prometteurs

Certains marchés sont si prometteurs, qu’ils menacent la position économique du Canada !

19. Adieu, G7 ?

Après les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), voici les N-11 (pour Next Eleven). Selon la banque d’investissement Goldman Sachs, le Bangladesh, la Corée du Sud, l’Égypte, l’Indonésie, l’Iran, le Mexique, le Nigéria, le Pakistan, les Philippines, la Turquie et enfin le Vietnam seront les prochaines économies à émerger d’ici 2050. La banque américaine soutient même que les économies de la Corée (13e), du Nigéria (12e) et de l’Indonésie (11e) dépasseront celle du Canada (15e) ! 

20. Une coqueluche nommée Chili

En juin dernier, le Chili se classait 5e au chapitre du volume d’activités d’Exportation Développement Canada sur les marchés émergents. Le Chili a réformé son économie début des années 90 et signé 59 accords de libre-échange dont un avec le Canada en 1997. Ce dernier y accapare 16 % des investissements directs étrangers, en 3e place derrière les États-Unis et l’Espagne. « En raison de la complémentarité entre les deux pays, beaucoup d’investissements se font dans les mines, l’énergie et les infrastructures », explique, depuis Sao Paulo, Claudio Escobar, directeur régional d’EDC pour le Brésil et le cône Sud. En 2008, Santiago, la capitale, accueillera le 12e bureau permanent d’EDC dans le monde.

20 clés pour comprendre l’économie du Québec en 2008, Commerce, décembre 2007, p. 33-40.

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