Pilates, escalade, speedball, aïkido : jamais l’offre de sport n’aura été aussi diverse et accessible. Le point avec Jean-Louis Provost, président de la Fédération française Sports pour tous, qui compte 210 000 adhérents.
Propos recueillis par Aude Perron
Les Nouvelles calédoniennes : Le « Sports pour tous », qu’est-ce que c’est ?
Jean-Louis Provost : Ce qui résume bien le sport pour tous, ce sont deux mots : multi-activités et multipublics. Ce qui domine, c’est l’accessibilité de la pratique sportive et le faire ensemble. C’est du sport pour la santé, l’éducation, la sociabilisation et aussi la citoyenneté, une notion importante en France, depuis les attentats que nous avons connus. Le club, ou l’association, devient un lieu de rencontres, de partage et de solidarité. Le but, ce n’est pas la performance ; nous n’avons pas la même finalité qu’une salle de fitness ou qu’une ligue sportive.
Le sport loisir est-il perçu comme du sport bas de gamme ?
Il est parfois déconsidéré, en effet, et c’est injuste. Je suis un profond militant du sport loisir, pour sa dimension santé, éducation et citoyenneté.
Vous êtes également ouvert à des publics plus fragiles…
Une de nos cibles, en effet, ce sont les personnes sédentaires ou avec certaines pathologies, comme le diabète. Nous avons des programmes dédiés à ces publics et notre but, c’est de les amener à une pratique pérenne du sport. Il faut aussi réaliser que la population vieillit et qu’il faut qu’elle vieillisse en bonne santé. Mais attention : il ne faut pas penser qu’on est une fédération de gens qui vont mal ! Simplement, nous croyons à la mixité et qu’il ne faut pas qu’il y ait des publics qui restent sur le carreau sous prétexte qu’ils sont plus fragiles.
Comment réussir à s’adresser à tous les publics ?
Les animateurs des clubs de notre fédération doivent justement être bien formés pour accueillir tous les publics, en prenant en compte leurs différentes problématiques et envies. En plus de leur spécialité – Zumba, capoeira, pilates, qi gong ou yamakasi –, ils doivent y faire régner un état d’esprit : le respect d’autrui, l’amitié, la convivialité. L’animateur est aussi là pour s’assurer que les adhérents se sentent bien et aient envie de revenir au cours suivant. Car il ne faut pas l’oublier : la santé ne peut passer que par une activité pérenne.
La Fédération a développé une « Charte des clubs Sports santé bien-être ». Dans quel but ?
Cette charte est une valeur ajoutée pour les clubs qui s’engagent sur une douzaine de critères dont la qualification des animateurs, la qualité de l’accueil du public et le respect de sa sécurité, une offre à des prix abordables, etc.
Cette charte permet d’inciter les clubs à aller chercher des formations complémentaires pour leurs animateurs pour, in fine, les faire monter en compétences.
Le Sport pour tous a-t-il plus de sens dans le Pacifique ?
Il est vrai qu’il y a ici beaucoup de problèmes d’obésité et de diabète. Mais en Nouvelle-Calédonie, en Aquitaine ou en Guyane, on est sur les mêmes problématiques, certes à des degrés différents, et les mêmes finalités : amener tout le monde au sport. Je pense aussi à nos problèmes de société et à la délinquance, notamment, que nous avons en commun. Et à cet effet, je crois sincèrement qu’une partie de la solution est chez nous, dans nos clubs.
2 600
C’est le nombre d’adhérents au Comité régional Sports pour tous Nouvelle-Calédonie à travers l’affiliation d’une vingtaine de clubs.
Des actions qui commencent à payer
Le Comité régional sports pour tous NC tiendra son assemblée générale demain, samedi, à l’occasion des 2es rencontres Sport nature, à Koé (lire en page 18). Points saillants :
Adhérents en hausse
Le nombre d’adhérents au Comité régional est en hausse pour 2015-2016 : 2 600 licenciés (par rapport à 1 883 la période précédente). Rapporté à la population, ce nombre permet au Comité régional de se hisser en deuxième position (derrière la région Bretagne).
Des Jeux à Koné et à Lifou
Aux côtés de l’Association Coupe Yeiwene et le CPNSL-JIC, le Comité régional sera l’opérateur des 1ers Jeux de la Mélanésie, qui se tiendront du 16 au 21 octobre sur Koné et Lifou.
Des groupes de marcheurs
Le projet Tous ensemble avec motivation (TEAM) prend de l’ampleur : à Canala, à Ponérihouen et à Kaala-Gomen, des groupes tests de marcheurs (pour partie détectés par les dispensaires) ont été mis en place et font une sortie une fois par mois. Des groupes à Touho et à Koumac viennent de se constituer.
Une journée de l’ONU
Le Comité organisera en 2017 la 3e journée internationale de l’activité physique et sportive, qui permettra d’inscrire la Nouvelle-Calédonie à cette manifestation de l’ONU.
Une convention collective
Suite à la création en 2013 de la filière professionnelle sports, loisirs, animations avec le concours du Medef, une convention collective devrait voir le jour en 2017. Elle concerne 500 professionnels, pour la plupart patentés et salariés d’association.
Sport ludique et sans contrainte
Avec leur succès croissant, les manifestations sportives ponctuelles jouent elles aussi un rôle de sport loisir. Organisées autour d’un concept « fun » et amplement animées (DJ, jeux, divers stands), elles rendent le sport accessible et attirent athlètes du dimanche, familles ou bandes d’amis. Bref, bouger devient un moment ludique et partagé.
Elles permettent également de découvrir une discipline (yoga, capoeira, stand up paddle ou Zumba), à travers des « fêtes », « festivals » ou « portes ouvertes ». Des journées à la carte, gratuites, accessibles à tous et sans contrainte (pas besoin de présenter un certificat médical ou une licence) ni contrepartie (pas d’achat de cours ou d’abonnement).
La Rainbow Race est un exemple éloquent de ces manifestations sportives qui font courir les Calédoniens : un parcours de 5 km non sanctionné, ponctué de « douches » de poudre colorée. La 2e édition est prévue le 25 juin et 1 400 coureurs (dont 30 personnes handicapées) prendront le départ (les inscriptions sont déjà complètes). Le week-end dernier, la 2e édition du Pandathlon a attiré pas loin de 700 raideurs et marcheurs. La Nouméenne, qui a rassemblé 1 850 participantes l’an dernier, s’est fixé l’objectif de 3 000 coureuses sur la ligne de départ le 25 septembre.
Photo : Jacquotte Samperez
Jean-Louis Provost : « Du sport pour la santé, l’éducation et la citoyenneté », Les Nouvelles Calédoniennes, 17 juin 2016.

