La maison municipale de quartier (MMQ) de Montravel est fermée depuis maintenant quatre ans. Les associations et les groupes musicaux s’arrangent en nourrissant l’espoir que l’équipement rouvre. En attendant, les activités socio-éducatives reprennent.
Par Aude Perron
Assise dans son petit bout de jardin, Irène Mapéri regarde les enfants qui s’ébattent au milieu des bâtisses de Pierre-Lenquette. « Notre local ? Il est en face, là, sur l’herbe », dit la présidente du comité de quartier de Montravel. Depuis la fin 2010, il n’y a plus de maison de quartier à Montravel (voir encadré) : plus de cyberbase, de maison de musique, de faré ou d’estrade. « On encourageait l’utilisation de cette maison. C’est un bon outil de communication entre la mairie et ses habitants. Et puis, la bâtisse est bien située. C’était un lieu convivial pour se rencontrer et prendre le café. »
Aujourd’hui, sans cet équipement municipal, c’est un peu le système D pour organiser des réunions ou des animations qui, du coup, se font « sous les arbres, là où on peut s’asseoir », pourvu que le beau temps soit de la partie. « Regardez ces enfants qui jouent. S’il y avait une maison, ils ne seraient pas là, livrés à eux-mêmes. On est retourné 20 ans en arrière », se désole Irène Mapéri.
Pour les musiciens aussi, il a fallu s’adapter : Montravel et Artigue, également fermée (voir encadré), comptaient chacune une maison de musique, et pas loin d’une trentaine de groupes y répétaient. Ils jouent désormais dans d’autres maisons de quartier, mais les créneaux (deux par soir de semaine et six le samedi) sont limités. « On sent la différence depuis la fermeture de Montravel et c’est pire depuis Artigue, constate Michel Kaqea, chargé du suivi des maisons de musique. ça se bouscule à chaque réunion d’attribution des créneaux et à chaque fois, tout est pris. »
Doucement. Si la mairie n’est plus visible à Montravel à travers sa maison de quartier, elle n’en demeure pas moins présente. Les plaies ont été pansées et, neuf mois après le début des tensions, les permanences sociales reprenaient doucement, dans les locaux de l’association ACTIVE. « Il fallait que les tensions s’apaisent et que les gens se reparlent. Des coutumes de pardon ont été faites. Il a fallu refaire notre place et qu’on recrée le lien de confiance », explique Stan Heafala, coordonnateur des MMQ. Il a fallu du temps. Et c’est seulement en février dernier, après quatre ans de vide, qu’un nouvel animateur a été recruté. Le faré de la cité mélanésienne a été récupéré trois jours par semaine pour que ce dernier puisse mettre sur pied des activités socio-éducatives, des projections de film, des karaokés et autres matchs d’impro. Les mêmes activités ont également lieu à Pierre-Lenquette. Mais pour rassembler les gens, sans maison de quartier, « ça marche beaucoup par bouche-à-oreille, admet-il. On fait de l’animation de rue et on se retrouve sous les lampadaires, comme on dit, mais cela ne nous empêche pas d’avancer. »
Marie-Hélène Caillier, directrice du Service Vie des Quartiers, à la Ville, abonde dans ce sens : « L’information passe de toute évidence, sinon il n’y aurait personne à nos actions. De toutes les façons, il faut aller vers nos publics, maisons de quartier ou pas. »
Recrutement. « Finalement, la configuration MMQ existe, poursuit-elle. Il y a un animateur, un coordinateur et un responsable de maison de quartier est en cours de recrutement. » De là à imaginer que la MMQ Montravel rouvrira, il n’y a qu’un pas. Mais hier, nous n’avons pas pu obtenir la confirmation ou l’infirmation de la mairie. Irène Mapéri, elle, l’espère de tout cœur, surtout que le quartier s’est bien apaisé. Et c’est d’autant plus important, selon elle, qu’une trentaine de familles viennent d’emménager dans des logements de la Sem Agglo, à côté de Pierre-Lenquette. « Le quartier s’agrandit. Il faut qu’il y ait un lieu pour que les gens se rencontrent et qu’on cohabite bien ensemble. »
Montravel sous tension
En octobre 2010, le quartier de Montravel est le théâtre de tensions. En cause, le ras-le-bol des habitants face à des revendications qui restent lettre morte : les nuisances olfactives et le manque d’infrastructures. S’ajoute l’attribution d’un poste d’animateur jeunesse à un résident de Rivière-Salée plutôt qu’à une personnalité bien connue du quartier. Banderoles et blocage à la MMQ. Le bras de fer durera plusieurs mois. Le collectif revendicateur est de plus en plus isolé du reste des résidents. En janvier 2011, la MMQ est saccagée. Elle ne rouvrira pas.
Quid d’Artigue ?
Vandalisée et incendiée en février dernier, la MMQ d’Artigue, aux Portes-de-Fer, est fermée physiquement, mais opérationnelle extra-muros. La MMQ Magenta soleil accueille donc la permanence de la MIJ, celle du psychologue et les Mercredis Loisirs. Les assistantes sociales sont de retour dans leurs locaux de la rue Capiez. Des actions culturelles et sportives pour les jeunes continuent d’être organisées. Deux animateurs sont en cours de recrutement.
Le chiffre
8. C’est le nombre de maisons de quartier opérationnelles. Celle de Montravel est fermée, mais des actions et des permanences ont toujours lieu.
Photo : Julien Cinier
Activités sous les lampadaires, Les Nouvelles Calédoniennes, 10 avril 2015.

