En poste depuis février, le nouveau directeur du Sivom, Alexandre Maperi, a pris à bras-le-corps le redressement du syndicat mal-aimé. Au programme : restructuration, nouvelle tarification, recherche d’économies et gestion en bon père de famille.
Propos recueillis par Aude Perron
Pourquoi la situation financière actuelle du Sivom est-elle si fragile ?
En raison de l’incendie d’octobre dernier, les 2e, 3e et 4e trimestres 2013 n’ont pas pu être facturés, sachant qu’un trimestre représente entre 70 et 80 millions de francs. De plus, en attendant nos nouveaux locaux, c’est au Trésor public qu’il faut payer sa facture. C’est un délai supplémentaire pour percevoir nos recettes. Nous avons aussi suspendu les factures des gros consommateurs (200 parmi les 4200 abonnés) des trois derniers trimestres 2013 car la tarification qui était appliquée à cette tranche – établie par l’ancienne équipe – était tout simplement aberrante. Tout cela mis ensemble explique en partie la situation du Sivom.
Quelle est la priorité ?
La tarification. Elle sera revue lors du prochain conseil syndical, à la fin du mois. Il est certain que l’on va faire la chasse aux gros consommateurs, soit ceux qui utilisent plus de 200 mètres cubes d’eau par trimestre. Cependant, nous allons faire des distinctions car parmi ces 200 usagers, il y en a qui ont des fuites jusqu’à leur compteur, d’autres sont plusieurs sur le même compteur, comme les logements locatifs. Nous allons aussi tenir compte des collectivités (internats, cuisines collectives) et des établissements touristiques. De nouvelles tranches devraient donc être établies. Quant aux vrais gros consommateurs, certes, ils seront facturés en conséquence, mais nous les conseillerons sur des solutions pour réduire leur facture. Nous devons investir le terrain.
Que voulez-vous dire par là ?
Nous devons être plus présents auprès des abonnés. Déjà, nous allons suspendre les relevés estimés et faire des relevés en personne chaque mois. Nous allons également contrôler les compteurs chaque trimestre, car certains sont obsolètes, d’autres sont des installations sauvages. En vue de cela, nous avons demandé à Aquanord (le délégataire pour l’exploitation du réseau AEP) de nous faire une proposition car ces services ne figurent pas dans l’actuelle délégation. Aquanord pourrait également s’occuper de la facturation, ce qui serait plus efficace puisqu’on facturerait en heure et en temps.
C’est tout un réaménagement dans le fonctionnement du Sivom…
Oui et il y aura aussi des changements dans l’équipe. Nous cherchons actuellement un directeur financier et à terme, j’aimerais bien qu’on s’étoffe d’un technicien. Nous allons mieux communiquer sur tous les services du Sivom et leur tarification : eau, ordures ménagères, déchets verts, etc. Les mentalités doivent changer aussi : à partir du moment où vous habitez au village, il y a des abonnement obligatoires, peu importe qu’on les utilise ou non. Il faut que les gens intègrent cela.
Mais tous ces changements vont prendre du temps…
En effet, les effets ne se feront pas sentir avant la fin de l’année. En attendant, nous venons de recevoir une aide de la Province de 224 millions de francs, dont 50 millions en subvention et 174 millions remboursables d’ici la fin 2015. Pour cela, il faudra faire des économies et percevoir de nouvelles recettes. D’où la restructuration du Sivom et l’éventuel rapatriement de prestations de services (comme l’installation de compteurs, par exemple) actuellement externalisées à Aquanord.
Donc pas d’investissement en vue ?
Nous devons d’abord clôturer les marchés en cours. Nous avons pour 220 millions de situations de travaux. C’est intenable au niveau de la trésorerie. Là-dessus, il y a des factures vieilles de deux ans ! L’ancienne équipe a lancé des travaux qu’elle n’était pas en mesure de payer. Avec l’aide que nous venons de recevoir de la Province, nous allons pouvoir payer ces travaux et percevoir les recettes correspondantes. Si tout va bien, les investissements pourraient être reprogrammés à partir de la fin de l’année.
Où en sont les relations du Sivom avec ses partenaires ?
Il est vrai que la situation a été tendue avec Pouembout qui a menacé de sortir du syndicat. Je les comprends : ils sont très demandeurs d’investissements et nous avons surtout réalisé des choses sur Koné et Voh. De plus, beaucoup de pression est exercée sur la nappe phréatique de Pouembout. Cela va cependant s’améliorer avec les travaux de renforcement d’adduction sur Green Acres et Paiamboué. Un forage prévu sur la Tiambola à Koné est également en cours d’étude.
Alexandre Maperi : « La tarification sera revue », Les Nouvelles Calédoniennes, 22 juin 2014.
