Au coeur de la revégétalisation

Jeudi dernier, en haut du massif du Kathepaïk, le Fonds Nickel a réceptionné un chantier de réhabilitation de cette zone dégradée. Le premier d’une longue série.

Par Aude Perron

En haut du massif du Kathepaïk, surplombant le fameux Coeur de Voh, une petite délégation admire la vue sur le lagon. Contrairement aux visiteurs habituels de l’endroit, ce ne sont pas des touristes. Ils sont là pour réceptionner des travaux de réhabilitation de ce site qui a été exploité entre 1910 et 1930. C’est le tout premier chantier que reçoit le Fonds Nickel, dont la mission est de financer la remise en état d’anciens sites miniers. Emblématique en raison du Coeur de Voh, le Kathépaïk était même prioritaire parmi les quelques 550 sites à restaurer en Calédonie. Coût des travaux : 30 millions de francs. « Il s’agit d’un petit chantier, confirme Olivier Monge, chargé d’études technique du Fonds Nickel. Tout dépend, par exemple, de la surface à revégétaliser, la longueur et de l’état de la piste d’accès et la complexité de l’ouvrage en général. » 

Remettre en état un site exige deux genres de travaux. Première étape : gérer les eaux. « La gestion des eaux est essentielle pour éviter la détérioration supplémentaire du site, explique Céline Dartis, chargée d’études à Aqua Terra, un bureau d’études spécialisé en environnement. Cela passe par la création de bassins de décantation sur le site. Lors de grosses pluies, les latérites s’y déposent et cela évite que l’eau coule rouge. » Ainsi, quatre bassins ont été creusés, travaux auxquels s’ajoutent ceux effectués le long de la piste d’accès : contre-pentage, cassis, fossé, enrochement, bref tout pour « casser l’énergie de l’eau ». 

Deuxième étape : revégétaliser. Le long de la piste et sur les endroits plats, différentes espèces du maquis minier ont été plantées. Sur les talus de la zone, 7000 mètres carrés de géofilets ont été fixés et 3000 graines par mètres carrés ont été projetées par hydroseeding, processus qui se prête mieux que le plantage sur des surfaces en pente. « Maintenant, il faut attendre, dit Marc-Henri Delrieu, gérant de SIRAS Pacifique, soiété spécialisée dans la réhabilitation des sites dégradés. Ca va pousser très lentement. On ne verra pas grand-chose avant 18 mois. »

Pour Romuald Diemene, cette remise en état est une bonne chose pour des raisons autres que seulement touristiques. « La réhabilitation de ce site était urgente pour nous, confie le responsable du service de l’urbanisme, à la mairie de Voh. Au pied du massif, nous construisons actuellement des logements, donc il fallait absolument maîtriser les eaux de ruissellement. Et puis cela a donné du boulot aux travailleurs démobilisés du chantier de Vavouto.» 

Car c’est là une autre des missions du Fonds Nickel : en plus de financer des programmes de réhabilitation de sites dégradés, le Fonds soutient « les communes et les entreprises du secteur minier et métallurgique en favorisant le maintien ou la reconversion des emplois en cas de crise ou lors de la fermeture d’un centre minier». Ainsi, pendant le recul du secteur en 2009-2010, le Fonds a lancé des travaux (curage, réhabilitation de pistes ou creek, etc.) sur les sites de Nakéty, Ouasséoua, M’Beri, Tontouta et Népoui pour un montant de 172,5 millions de francs. 

Ainsi, dans l’optique de donner de l’activité aux sous-traitants de Vavouto, les travaux de réhabilitation des sites de Confiance et Kataviti, à Koné, ont déjà été lancés.

Légende : Fréquenté en raison du Coeur de Voh, la réhabilitation du massif du Kathepaïk a été jugée prioritaire.

Trois questions à Aurélien Louis, directeur du Fonds Nickel

Quel est le rôle du Fonds Nickel ?

Un de ses missions est de financer des programmes de réhabilitation de sites dégradés par l’activité minière. Auparavant, il n’y avait que les Fonds Communaux pour l’Environnement pour jouer ce rôle. Le Fonds a été créé en 2009 et a repris ce dispositif. Nous avons identifié plus de 400 sites détériorés à travers la Grande Terre. Notre objectif est de dépenser chaque année 500 millions de francs en travaux de réhabilitation : gestion des eaux et revégétalisation. Nous y arrivons progressivement : en 2013, 300 millions ont été programmés.

Les mineurs ont-ils un rôle à jouer ?

Oui, il est prévu dans le Code minier de la Nouvelle-Calédonie, publié en 2009. Parmi les 554 zones dégradées recensées, 146 ne relèvent pas d’une intervention du Fonds car elles ont été dégradées après 1975 ou s’inscrivent dans une exploitation à court terme (à cela s’ajoutent 90 autres sites sur lesquels des mineurs prospectent ou ont manifesté un intérêt). Leur réhabilitation est donc de la responsabilité des titulaires. La période 2012-2015 est une période de régularisation des sites miniers qui sont actuellement en exploitation. Elle permettra la clarification des modalités de la mise en oeuvre de réhabilitation de ces sites qui ont été détériorés après 1975. 

La revégétalisation est promise à un bel avenir, alors ?

Forcément, il y aura de plus en plus de revégétalisation à faire. Sur les sites que le Fonds doit réhabiliter, nous aimerions tester de nouvelles techniques, aller vers d’autres choix de plants, par exemple. Nous avons certes un objectif quantitatif, mais nous nous laissons quelques projets pilotes pour faire progresser la connaissance dans le domaine de la revégétalisation. Nous aimerions être des pionniers en la matière. Avec tous les sites à réhabiliter, que ce soit par le Fonds ou les mineurs, nous avons besoin qu’une filière en revégétalisation se développe et gagne en compétences.

Photo : A. P.

Au coeur de la revégétalisation, Les Nouvelles Calédoniennes, 8 avril 2013.

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