Canala a la fibre agricole

Deuxième volet de notre série sur le développement de la côte Est, avec l’agriculture. Si les communes de la région sont, dans l’ensemble, reconnues pour leur productions, Canala, plus axée sur la mine, nourrit également de grandes ambitions agricoles.

Par Aude Perron

Canala a beau extraire du nickel, dans l’esprit de Gilbert Tiuyenon, sa commune a toujours eu une autre vocation. « Nous faisons partie des communes minières, mais nous nous définissons avant tout par notre vocation agricole, confie le premier édile. Environ 90 % des gens ici vivent de l’agriculture. Ils pourront toujours s’en sortir si les cours du nickel baissent ou en cas de calamités naturelles. C’est donc quelque chose qu’il ne faut pas perdre. » Sans surprise, la production est majoritairement destinée à l’autoconsommation et aux échanges, à l’instar de ce que révèle la récente enquête de l’IAC sur l’agriculture en tribu. 

Mais à la mairie de Canala, on est déjà passé à l’étape suivante car la commune a un atout, et non le moindre : 800 hectares de surfaces agricoles utiles. « Nous ne voulons pas seulement faire de l’agriculture sur de petites surfaces. Nous voulons aussi faire de grandes cultures de squash, de pommes de terre et d’autres légumes. C’est complémentaire au travail des petits producteurs », précise le maire.

Pour ce faire, une SAEML a été montée à la fin 2010 et a pour priorités, l’agriculture, l’aménagement et l’aquaculture. En guise de terrain de jeu, elle dispose de 200 hectares de foncier, donnés par la commune, l’ADRAF et six GDPL, présents à hauteur de 1,4 % dans un capital de quelque 15 millions de francs. En échange cependant, la société parapublique s’engage à valoriser les parcelles, pendant une période allant de trois à cinq ans, et les récoltes sont partagées. Mais mettre en valeur ces terres n’a rien d’une sinécure : « Avant de lancer les cultures, il faut d’abord défricher, mettre à niveau, assainir et aménager, décrit Gilbert Tiuyenon. On fait revivre des parcelles qui sont endormies depuis les Événements. »

Sur les 200 hectares mis à disposition, seule une quarantaine est pour le moment exploitée. La faute, notamment, à un parc de matériel agricole limité et à la dispersion des parcelles, situées autant au village qu’en tribu. Il n’en demeure pas moins que des produits sortent de terre : squash, pommes de terre, tomates, ignames, manioc, tarots et bananes. Une fois conditionnés, ils sont écoulés sur Nouméa, à l’exception de la squash qui prend la direction du Japon. « Nous sommes partis de zéro et aujourd’hui, nous produisons 80 tonnes de squash », fait remarquer le premier édile. 

Et la mairie n’entend pas en rester là. Des serres sont dans les cartons pour relancer la production des aubergines, courgettes et concombres, notamment. Bref, Canala va produire. Beau temps. Et mauvais temps.

Légende : Avant de pouvoir cultiver le foncier mis à sa disposition, la SAEML Canala doit d’abord défricher, assainir et aménager les terres.

Pour lire la suite de la série : 13 juin : Tourisme à Hienghène ; 20 juin : Horticulture à Poindimié.

Quid de la transformation ?

Aucune transformation n’est réalisée pour l’instant, seulement du conditionnement par l’association Wake Chaa, qui portait l’Ogaf de Canala de 2004 à 2008. Cependant, la transformation de produits végétaux (confitures, surgelés, etc.) est un projet en cours de financement avec la Province. Et si tout va bien, suivront des produits animaux. La transformation un pari plutôt payant, selon Grégoire de la Sablière, chargé de mission à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI). « Transformer, c’est créer de la valeur sur place, avec des emplois à la clé », indique-t-il. 

La marque Hoia continue sa progression

Il en existe un bon exemple sur la côte est où depuis 1990, des produits du Groupement agricole des producteurs de la côte est (Gapce) sont transformés et commercialisés sous la marque Hoia : d’abord le café, puis les confitures (banane, papaye et orange) et enfin le miel et la vanille. En 2009, la coopérative et Finagro (le filiale agroalimentaire de la Sofinor) ont créé la Société de valorisation des produits du Gapce (Soval) et « depuis sa mise en place, les ventes ont augmenté de 40 % », pointe Jean Creugnet, directeur du Gapce. Aujourd’hui, huit personnes travaillent à cette activité de transformation (3 pour le café, 2 pour les confitures, miel et vanille, 2 commerciaux et un gérant). Les produits sont commercialisés à 65% dans le sud via les grandes surfaces et les commerces de proximité, et à 35% dans le nord. En 2013, la gamme des confitures devrait être enrichie de trois nouvelles saveurs. La marque Hoia pourrait aussi se promener dans les salons agroalimentaires du Pacifique et du Japon, grâce au Comex, qui travaille à un label de produits calédoniens.

Photo : A. P.

Canala a la fibre agricole, Les Nouvelles Calédoniennes, 6 juin 2013.

 

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