Pour donner une deuxième vie à leur école, fermée depuis trois ans, les gens de la tribu de Ouaté viennent d’ouvrir une classe verte. Bientôt dotée d’un dortoir de 30 lits, la structure accueillera des élèves de toute la province.
Par Aude Perron
La petite école de la tribu de Ouaté est en train de revivre. En sommeil depuis les trois dernières rentrées scolaires faute d’effectifs suffisants (ils étaient 6 en 2010), elle se prépare à accueillir de nouveau des scolaires. Pas les enfants de la tribu, mais ceux des écoles avoisinantes prêts pour une classe verte. « Après la fermeture, les anciens, l’APE, les gens de la tribu se sont réunis chaque mois pendant un an pour trouver une seconde vie à l’école, explique François Porin-Pouea, président de Piwian Maa Paarii (« transmettre le savoir en le montrant », en langue Paicî), association constituée pour gérer la petite structure. Avec l’ancien directeur de l’école, Karl Johnston, la Province et la mairie, on a décidé de faire une classe verte. »
Ainsi, pendant une journée, les élèves aborderont différentes thématiques, telles que les milieux naturels. Aux abords de Ouaté, les enfants pour observer la faune et la flore du maquis minier et de la forêt humide en parcourant deux petits sentiers aménagés pour l’occasion. Les énergies renouvelables seront également traitées, notamment l’hydroélectricité, grâce à une petite turbine dont la tribu dispose (avec l’accord d’Enercal). Cette classe verte sera aussi l’occasion de découvrir la culture du champ, la pêche et le tressage, parmi d’autres activités culturelles. « Les anciens soutiennent à fond ce projet, dit Jean-François Porin-Pouea. Ils sont prêts à intervenir pour montrer comment on fait un champ ou pour raconter des légendes ou comment on vivait à leur époque. Ils sont contents de pouvoir apporter la mémoire. »
La classe verte est tenue par deux salariés, dont Marguerite, revenue à Ouaté après un séjour en Métropole pour décrocher un BTS en gestion et protection de la nature, option animation. Elle pouvait difficilement trouver meilleure chaussure à son pied et a déjà commencé le travail, avec l’accueil de centres aérés pendant les grandes vacances. Bientôt, elle et sa collègue Vanessa pourront accueillir les enfants sur plusieurs journées, dès que le dortoir, prévu pour 30 lits, sera prêt. Il devrait voir le jour au 2e trimestre, grâce à une subvention de 12 millions de francs de la mairie qui aide aussi à la construction d’une cuisine aux normes. La Province est également dans le coup (8 M en fonctionnement) et Xstrata (4,5 M pour une éolienne, une serre, un système d’irrigation). D’autres partenaires, tels que la SLN, pourrait aussi rejoindre l’effort.
« À la Province, il y a une vraie volonté de réussir cette classe verte, fait valoir Gilles Reiss, référent pédagogique à la Direction de l’enseignement, de la formation, de l’insertion et de la jeunesse (Defij), à la Province Nord. D’une part pour les jeunes, mais aussi pour les tribus qui accueillent, Cela va redonner une deuxième vie à toutes ces écoles qui risquent de fermer pour cause de baisse démographique et d’exode rural. Quand il n’y a plus d’école, un village se meurt. »
Photo : A. P.
Classe verte à Ouaté, Les Nouvelles Calédoniennes, 6 mars 2013.

