Comment s’occupent donc nos croisiéristes ?

Tours gastronomiques, balades guidées en petit train, transferts vers les plages : les croisiéristes visitent Nouméa selon leurs envies. Rencontre avec quatre couples aux expériences différentes.

Par Aude Perron

Go Pro en main, Troy et Freya se promènent le long de la plage de la Baie-des-Citrons. Débarqué à la gare maritime ce jeudi matin, le jeune couple de Perth a choisi de visiter Nouméa grâce à une formule de transferts incluant notamment le marché, Port-Plaisance, l’aquarium et « Lemon Bay » (sic) pour 15 $. « Nous avons aussi été nous baigner et avons mangé au resto. La bière et les crevettes étaient délicieuses. Parmi les quatre escales, Nouméa était la meilleure. On serait bien restés deux ou trois jours pour sortir de la ville. »

Du temps à occuper

A la gare maritime, Chris, 52 ans, et sa femme attendent des amis avant de remonter sur le bateau. Eux aussi font partie de cette croisière de neuf jours avec deux escales au Vanuatu, une à Lifou et la dernière à Nouméa. Pour visiter la ville, ils ont pris un tour guidé de deux heures et demie : centre culturel Tjibaou, canons de Ouémo et église de la Conception. « Notre guide était spectaculaire », résume le couple, originaire de Townsville, proche de Cairns. Seul regret : qu’il ait été si difficile de se faire comprendre à la pâtisserie située à proximité de la gare.

Pas de doute, les activités cartonnent. « Les croisiéristes n’aiment pas se perdre et n’en ont pas le temps, estime Sylvie Helmy, de Noumea Discovery. Ils aiment que les choses soient organisées et claires. C’est pour ça qu’ils prennent les tours. Il faut qu’ils soient occupés pour être satisfaits de la destination. C’est directement lié. » Georges et Margaret, venus d’Angleterre, font, du coup, un peu figure d’exception. Ces retraités ont réussi à dénicher l’office du tourisme, place des Cocotiers. « De là, nous nous sommes renseignés pour prendre un bus de la ville et aller à la Baie-des-Citrons manger un morceau. Cela a été très simple ! » Côté achats, un petit pochon indique qu’ils se sont peu laissés tenter, mais ce n’est pas sans raison : « Nous sommes partis en janvier et rentrons seulement en mai : nous ne pouvons pas trop accumuler. »

Peu de dépenses

Dans ce concert de croisiéristes plutôt satisfaits, David et Lucy, cultivateurs d’arbres à thé à Byron Bay, détonnent, mais rejoignent pourtant plusieurs commentaires sur les réseaux sociaux.

« Quarante dollars par personne pour un tour en train : c’est du vol », grogne David. Le couple a acheté un transfert pour le parc zoologique, mais pour pouvoir y rester plus longtemps, a dû rentrer en taxi. « Nous nous sommes fait arnaquer dans toutes les escales. Cela a juste été moins pire à Nouméa. » Le budget compte pour les croisiéristes et Wamy Kouriane, guide patenté, peut en témoigner. « Je n’ai pas beaucoup de clients. Et en plus, à cause de la faiblesse du dollar australien, ils négocient. C’est dur. » Mais il sait qu’il offre des tours personnalisés. « Dans nos petits huit-places, c’est intime et authentique. On rigole beaucoup : ils aiment bien plaisanter, les Australiens. »

500

Entre Nouméa, l’île des Pins, Lifou et Maré, c’est le nombre de touchers de navires de croisiéristes prévus en 2016. Nouméa en comptera 193 à elle seule. En 2017, 597 touchers sont déjà programmés et 515 en 2018 (mais il reste de la capacité d’accueil). La destination Île des Pins, elle, affiche complet jusqu’en 2020 inclus.

LE POINT DE VUE DE… Elodie Jaunay, agence maritime Kenua

Les Nouvelles calédoniennes : Que pensent les croisiéristes de l’escale Nouméa ?

Ils ne sont pas très satisfaits. Selon Carnival Australia qui opère environ 80 % des bateaux qui viennent en Nouvelle-Calédonie, l’escale d’une journée sur Nouméa arrive en 43e position sur les 56 escales dans le Pacifique et l’Asie. Quand l’arrêt se fait sur une demi-journée, c’est encore pire : Nouméa tombe à la 54e position. Pendant ce temps, l’Île des Pins occupe la 5e place, Lifou la 28e, et Maré la 33e. L’indice de satisfaction des passagers est fortement lié aux dépenses effectuées. Plus les croisiéristes ont du temps à terre et des choses à faire, plus ils sont contents.

Pourquoi en sommes-nous là ?

Je pense qu’il y a du mépris pour la croisière. Il faut apprécier les gens que l’on reçoit : imaginez si les Calédoniens sur la Gold Coast étaient reçus comme nous le faisons ici ! Nous devons améliorer notre accueil à la gare maritime. Il faudrait une entité neutre capable de garantir la qualité des prestations offertes à terre. Quant aux commerçants, leur offre est très limitée en produits intéressants pour ce public et le dollar australien est rarement accepté.

Les croisiéristes pourraient-ils en venir à bouder Nouméa ?

Bien entendu ! Sur les réseaux sociaux, les commentaires vont vite. Si les croisiéristes continuent de mal noter Nouméa, les armateurs auront de la difficulté à vendre les packages et finiront par éviter l’escale. C’est dommage : il faut qu’ils soient occupés pour être satisfaits de la destination. C’est directement lié. Nous avons de vrais atouts et le business est là.

Photo : Thierry Perron

Comment s’occupent donc nos croisiéristes ?, Les Nouvelles Calédoniennes, 7 mars 2016.

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