Débouchés à l’Embouchure

Adoptées par délibération en mars 2012, les zones de développement prioritaires sur foncier coutumier (ZODEP) doivent accélérer le rééquilibrage. La première verra le jour à Ponérihouen.

Par Aude Perron

Rares sont les fois où autant de partenaires se trouvent réunis autour de la table. Etat, gouvernement, sénat, services fiscaux, Province, commune, bailleurs sociaux, des GDPL,  banque, cabinet de défiscalisation, etc. : ils étaient tous là, pourtant, mercredi dernier, pour lancer la toute première zone de développement prioritaire sur foncier coutumier (ZODEP), la ZODEP Est. « Ponérihouen est une commune rurale, à l’écart du développement, dit André Gopoea, édile de la commune. Il n’y a pas de nickel ici. Notre seule richesse, c’est la terre. Pour nous développer, il nous faut des solutions adaptées au foncier coutumier qui est inaliénable. »

Alors, qu’est-ce qu’une ZODEP ? Derrière cette acronyme, se cache un nouveau dispositif de développement, adopté par le Congrès en mars 2012. A la différence des zones d’aménagement concerté (ZAC) ou des opérations groupées d’aménagement foncier (OGAF) qui sont des dispositifs spécifiques, la ZODEP se veut plus globale et s’articule autour de 4 axes : logement, économie, infrastructures et valorisation de la terre. « Toutes les ZODEP ne vont pas se ressembler. C’est le potentiel qui définit comment la zone va être développée », souligne le père des ZODEP, Anthony Lecren, en charge de l’économie, du développement durable, de l’aménagement foncier et du logement au gouvernement.

Et pour ce faire, deux collèges d’intervenants sont impliqués : d’une part, les détenteurs de foncier (tribus, GDPL, mais aussi commune) et d’autre part, les partenaires qui vont permettre de valoriser cette terre mise à leur disposition (collectivités, bailleurs sociaux, investisseurs privés, etc.) « Comme il s’agit de foncier coutumier, la problématique du coût de construction se pose moins, fait valoir Jean-Louis Seijas, mandaté par le gouvernement pour la mise en oeuvre des ZODEP. L’achat d’un terrain de droit commun constitue 30 à 50 % du coût d’une opération immobilière. En ce sens, les ZODEP sont une vraie solution contre la vie chère. »

Et c’est plus précisément à L’Embouchure que la ZODEP va se concrétiser. La tribu a mis à disposition (moyennant une forme de compensation qui reste à trouver) un terrain de quelque 30 hectares sur lequel un mix d’habitat (axe 1) est prévu : des lots en accession à la propriété destinés aux gens de la tribu (ménages qui décohabitent) et des logements en location, notamment pour les enseignants de la commune qui sont logés sur Poindimié. Une petite zone artisanale (axe 2) et des jardins familiaux (axe 4) sont également en projet. (Quant à l’axe 3 (infrastructures publiques), il prendra forme sur un terrain municipal, attenant à celui de l’Embouchure.) « Nous voulions faire quelque chose de ce terrain, mais le GDPL n’a pas de sous et avec les « 4 i », les banques ne prêtent pas, regrette Jean-Yves Nawa, mandataire du GDPL L’Embouchure. Avec la ZODEP et le fond de garantie sur terres coutumières, les choses vont débloquer. » 

D’autres ZODEP sont en cours de lancement : Nord (Belep-Poum-Ouégoa-Pouébo), Sud (Saint-Louis), Ouest et Iles. « Ces cinq zones sont comme des laboratoires. On pourra en rajouter de nouvelles. Il faut juste des zones qui n’ont pas reçu de développement économique », conclut Jean-Louis Seijas.

Photo : A. P.

Débouchés à l’Embouchure, Les Nouvelles Calédoniennes, 12 avril 2013.

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