Des « galeries » commerçantes

Les infestations par les termites sont le lot de nombreux commerces et bureaux de la capitale, notamment en centre-ville. Pour qui traite mal le problème ou en retard, la facture devient vite salée. Comme dans le cas de la bijouterie Chloé qui en a eu pour 20 millions.

Par Aude Perron

Avec ses galeries et ses alvéoles qui la transpercent de part en part, on dirait du corail ou une éponge de mer. Il ne s’agit pourtant pas de l’œuvre de Dame Nature, mais plutôt d’un reste de la charpente de la bijouterie Chloé, en face du Village. Le responsable de ce ravage, c’est Coptotermes grandiceps Snyder, en d’autres mots : le termite.

Au milieu du chantier de rénovation, entre les murs lézardés de galeries et les vitrines poussiéreuses, Laurent Guy, propriétaire du magasin, jette un œil aux dégâts causés par le ravageur. « En un an, ils ont avalé toutes les poutres. Ils bouffent tout, même les fils électriques, s’étonne-t-il encore. Et c’est trompeur : extérieurement, on ne se rend pas compte, mais derrière la peinture, il n’y a plus rien. »

Peur. C’est il y a deux ans que l’entrepreneur a remarqué que sa bijouterie était visitée par les termites. Son œil est averti puisque ses deux autres magasins du centre-ville ont connu le même sort, en 2011. Commence alors une succession de tentatives pour éliminer les indésirables, entre pose de pièges et injection de produits chimiques dans le sol et dans les murs. Mais rien n’y fait et la colonie poursuit son exploration des lieux sans complexe. « Je ne vous cache pas que les vendeuses avaient peur que le plafond leur tombe sur la tête. »

Une infiltration d’eau dans le plafond précipite la nécessité de faire les inévitables rénovations. Le mois dernier, il déstockait tout à 60 % pour vider les rayons et, surtout, financer les travaux puisqu’aucune compagnie d’assurance ne couvre ce risque. Coût du chantier : presque 20 millions de francs. Une jolie facture alors qu’il a tout de même dépensé quelques centaines de milliers de francs en détermitage. « J’ai tout fait. Cela m’a peut-être permis de ralentir la progression et de gagner un an, mais le résultat est le même : il faut tout arracher. »

Frédéric Couac’h est un habitué des problèmes de termites de certains quartiers de la capitale. Quand il a repris l’entreprise de désinsectisation Formula 4D, en 2006, il n’y connaissait pourtant rien. Mais à force de lectures et d’expérimentations sur des termitières qu’il « cultive » dans ses locaux de Ducos, il commence à en connaître un rayon sur le comportement de ces envahisseurs.

Empoisonné. Et pour lui, il est possible de s’en débarrasser. Tout est question de traitement adapté et pris à temps. « Avec les pièges, on vient forcément à bout des termites. Il faut appâter un maximum de termites en un minimum de temps. La colonie a peu de chances d’en réchapper puisque les termites s’échangent la nourriture. » Il admet qu’au moment où le nid est empoisonné, d’autres nids, par bouturage, peuvent déjà être en « construction » à quelques mètres de là.

Cependant, une chose est certaine : injecter des produits chimiques dans le sol et les murs n’est pas efficace. « On ne lutte plus en protégeant simplement nos maisons avec des barrières chimiques. Avec la pose de pièges, on tue le nid. »

Pour Frédéric Couac’h, la situation s’est améliorée : « Il y a 10 ans, on avait des nuages de reproducteurs qui sortaient de terre pendant les mois de décembre et de janvier. C’était l’horreur, vous ne pouviez pas rester dehors. On a beaucoup moins de ces essaimages aujourd’hui, depuis l’utilisation des pièges. » L’entrepreneur ne se fait toutefois pas d’illusion : « L’éradication totale, ça ne se peut pas. »

40 ans depuis la dernière étude

La seule étude qui existe sur le termite en Nouvelle-Calédonie date de… 1974 ! Elle avait été motivée suite à son introduction au pays et aux dégâts constatés dans les bois ouvrés de l’hôpital Gaston-Bourret, l’Institut Pasteur et ce qui s’appelait à l’époque les Travaux publics et le Service de l’hygiène.

Le bon goût du patrimoine

Il y a deux ans, l’association Témoignage d’un passé a lancé une vaste opération de détermitage, non pas sur des maisons coloniales, mais sur sa collection d’objets patrimoniaux (armoires, chaises et autres petites pièces) qui se comptent en milliers. Les termites sont particulièrement friands des pièces des années 30 et 40, souvent en kaori, bois bleu ou tamanou, tous très tendres. « Et les termites n’y voient aucun intérêt historique !, s’amuse Yves Mermoud, de l’association. C’est un travail important de surveillance. Il est de notre devoir de préserver les objets que les Calédoniens nous ont confiés. » Ainsi, pendant six mois, toutes les pièces ont été passées dans une étuve puis pulvérisées. Coût de l’opération : 3 millions de francs, financés avec une aide de la province.

Le chiffre

2,5 millions. C’est le nombre d’individus que l’on peut compter dans les plus grosses termitières de l’espèce Coptotermes grandiceps Snyder.

Photo : Jacquotte Samperez

Des « galeries » commerçantes, Les Nouvelles Calédoniennes, 3 avril 2015.

 

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