Des photos et un film pour rencontrer l’esprit de l’igname

« Yam : Quand l’igname raconte les hommes » a débuté samedi, au centre Tjibaou, et se poursuivra jusqu’au 24 juillet. Visite guidée avec Dominique Roberjot et Christine Della-Maggiora.

Par Aude Perron

C’est un an de travail qui a pris forme dans la salle Komwi, du centre culturel Tjibaou (CCT), dédiée aux expositions temporaires. « Yam : Quand l’igname raconte les hommes » est la dernière exposition de Dominique Roberjot et Christine Della-Maggiora, respectivement photographe et réalisatrice. Un travail mené entre la Calédonie, le Vanuatu, les Salomon et la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) pour réaliser un documentaire et une exposition de photos autour de l’igname. Ce tubercule sacré « dont l’existence est intrinsèquement liée aux valeurs et à l’Etre des cultures de la Mélanésie », explique Emmanuel Berthelin, chargé de communication du CCT.

Des frères jumeaux

Ce n’est pas un hasard si l’exposition s’appelle Yam. Cela veut dire igname en langue tok pisin (PNG), « ça ressemble aussi à I am : je suis », souligne Dominique Roberjot. « Yam » se décline de plusieurs façons : dès l’entrée, le décor est planté avec un texte où l’igname, personnifiée, parle au visiteur. « Je suis l’igname, je suis le jumeau de l’homme. Je me nourris de sa sueur et il se nourrit de ma chair », peut-on lire. « Ce texte reprend les paroles fortes des gens rencontrés quand nous les interrogions sur leur rapport à l’igname », poursuit Dominique Roberjot.

L’exposition fait la part belle à quarante-cinq photographies grand format d’hommes et de femmes, ayant pris la pose avec une igname ou un objet en rapport avec celle-ci.

Outre le challenge technique de trimballer un studio dans des villages reculés, parfois sans électricité, il fallait aussi expliquer l’intérêt de se faire prendre en photo. « C’était surtout au moment de commencer. Nous n’avions pas encore de photos à montrer. Mais l’envie de participer est allée crescendo et après, il y avait carrément la file ! » À l’instar de ces modèles d’un jour qui manipulaient délicatement le tubercule sacré, « Yam a été faite dans le plus grand respect », assurent les deux auteures.

Présent en esprit

En plus des photos, un documentaire a été réalisé où « on a donné la voix à l’igname », présente Christine Della-Maggiora. Un teaser de huit minutes est projeté en salle Komwi, en attendant sa diffusion en intégralité sur NC 1ère, le 21 juin. Dans ce film, le téléspectateur découvrira que le tubercule peut aussi être manipulé par les femmes, comme c’est le cas aux Salomon.

« Dans les quatre sites où nous sommes allées, le rapport à l’igname est le même, mais il peut prendre des formes différentes », ajoute la réalisatrice.

Si Dominique Roberjot et Christine Della-Maggiora sont heureuses de présenter leur travail, elles sont surtout touchées par le fait que de véritables ignames, provenant de chacune des huit aires coutumières du pays, soient exposées. Elles ont été récupérées par les collecteurs de l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK) après une coutume, puis disposées par leurs soins. « Cela veut dire qu’on a l’esprit de l’igname avec nous. »

Photo : A. P.

Des photos et un film pour rencontrer l’esprit de l’igname, Les Nouvelles Calédoniennes, 3 mai 2016.

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