Dix ans de culture

Vendredi soir, le centre culturel Pomémie et l’association Poa Boa Vi Thila qui gère la structure, ont fêté leurs 10 années d’existence. Et espèrent en célébrer de nombreuses autres.

Par Aude Perron

La fête a été retardée pour cause de deuil, mais s’est finalement tenue, comme prévu, au centre culturel Pomémie. Vendredi soir dernier, le lieu de création et de diffusion soufflait ces 10 bougies, tout comme l’association Poa Boa Vi Thila (qui veut dire « marcher sur des coquilles » en langue haeke, soit un lieu de troc et d’échanges), structure qui le gère depuis autant d’années. Entre les discours, les plateaux musicaux, un spectacle de danse et un gros gâteau d‘anniversaire, c’est le chemin qui a été parcouru ce qu’on célébrait cette soirée-là. Un chemin qui n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, comme cela a été rappelé à plusieurs reprises. « Nous avons traversé beaucoup d’épreuves, confie Mathilde Mereatu, présidente de l’association. Mais si nous sommes debout aujourd’hui, c’est grâce au soutien des artistes et celui des institutions. »

L’élue provinciale Patricia Goa, chef du service de la culture à l’époque et chargée de mettre en place une politique culturelle dans le nord, renvoie cette balle : « On peut avoir toutes les idées qu’on veut. Mais cela ne sert à rien si elles ne sont pas portées par le milieu associatif. » Aujourd’hui, elle ne peut que constater le travail qui a été réalisé. En 10 ans, les quatre axes d’intervention de Pomémie (création, diffusion, formation et partenariats) ont été nourris par nombre de spectacles, résidences,  expositions, etc. 

Si « avant, les spectacles se faisaient sous le bois noir d’Haiti et dépendaient de la météo », bientôt, les artistes se produiront sur une vraie scène extérieure, située au pied de l’amphithéâtre naturel qui caractérise les lieux. En effet, le chantier de rénovation et d’agrandissement est presque terminé et le centre culturel, relooké, devrait être inauguré en juin prochain (voir encadré).

Reste à tous les artistes de s’approprier l’endroit au maximum. « Nous devons rayonner de Poya jusquà Bélep : c’est une vaste étendue ! Mais ce n’est pas une structure que pour les Kanak, rappelle Jacques Loquet, membre du bureau de Poa Boa Vi Thila. Le Nord est une province aux mille visages. » Mathilde Mereatu opine dans ce sens : « C’est un espace ouvert à tous. J’aimerais faire venir toutes les communautés culturelles ici. Le centre culturel est un instrument pour elles. »

L’auteur-compositeur-interprète Jimmy Oedin, était parmi les invités pour présenter son spectacle Toucher son cœur, avec Léon Guathoti, Aurore Lecren, Henry Gorohouna et Rosy Meray. Pour lui, l’espace de création et de diffusion qu’est le centre culturel Pomémie, a même un rôle supplémentaire : « Dans le sud, notre culture est folklorisée, estime-t-il. Ici, dans le nord, la vision culturelle est telle que l’identitaire peut avancer. Quand un peuple se rend visible grâce à un outil tel que ce lieu, cela stimule d’autres communautés à en faire autant. Et elles contribuent ainsi à faire avancer la démarche identitaire. »

Le chiffre : 100. C’est en pourcentage le taux de subvention du centre culturel Pomémie.

Un chantier de 250 millions de francs

Les travaux de rénovation et d’agrandissement du centre culturel Pomémie, débutés en 2011, se concluent ce mois-ci, au coût de 250 millions de francs, financés par la Province. Fini le casse-tête des scènes mobiles à monter et démonter et aux coûts importants, avec une vraie scène extérieure. S’ajoutent une salle d’exposition de 190 mètres carrés, vitrée et lumineuse, un coin restauration et commodités, un parking goudronné et un aménagement paysager. Les cases ont également été rénovées grâce à une aide des communes de Pouembout, Koné, XStrata et KNS. Inauguration fixée au 20 juin 2014.

Des artistes en résidence

Depuis trois ans, le centre culturel met le paquet sur la création, notamment par la tenue de résidences d’artistes. D’une durée d’une semaine chacune, cinq ont été organisées en 2013. Celle qui s’est achevée la semaine dernière réunissait 20 artistes visuels (vannerie, sculpture, audiovisuel, gravure et arts plastiques) qui ont planché sur le thème L’art est passage. « Le but, c’est de créer des œuvres pour l’inauguration en juin prochain, explique Sam Moinlaoupioh, directeur du centre culturel. Les artistes ont souvent une vision traditionnelle de leur art. Nous voulions qu’ils apportent une touche contemporaine à leurs œuvres avec cette résidence. »

Photo : A. P.  

Dix ans de culture, Les Nouvelles Calédoniennes, 16 décembre 2013.

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