Du vivre ensemble à Ouégoa

Une affaire de violences volontaires à Ouégoa était entendue au tribunal de Koné, la semaine dernière. Une illustration de la situation délétère dans la commune du Grand Nord.

Par Aude Perron

C’est une affaire de violence sur fond de rancœur, comme il s’en produit régulièrement à Ouégoa. Le 30 juin 2012, vers 19 heures, un groupe d’hommes passe dans la tribu de Tiari pour rallier la propriété d’Anselme Young, après un coup de chasse. Les véhicules passent à vive allure, avec le volume de la musique fort. Les membres de la tribu, réunis pour un bingo devant les maisons du clan Shouene, sont piqués au vif et, quand les véhicules repassent en sens inverse, la route est bloquée. Une vingtaine de personnes sortent des brousses, machette à la main. Dylan Shouene lance un caillou sur un des véhicules. Des insultes sont échangées. Anselme Young sort son fusil et tire un coup de feu en l’air, qui finira par disperser tout le monde. En rentrant chez lui, plus tard en soirée, Emmanuel Shouene, qui faisait partie du groupe de chasseurs, se fait interpeller par ses frères, Christophe et Dylan, qui lui reprochent ses affinités. Il est passé à tabac par ce dernier.

Règles. Commis d’office quelques jours avant l’audience, Me Bernard a souhaité un renvoi. Mais par souci de trancher cette affaire et d’apaiser les tensions, cette requête lui a été refusée. Dans sa plaidoirie, l’avocat a demandé au tribunal de ne pas voir dans cette affaire un problème entre Kanak et Caldoches. « Il y a des règles différentes que l’on soit au village, en tribu ou sur une propriété privée. Là, des individus sont passés dans la tribu sans respecter les règles, à savoir rouler doucement et faire attention à la musique. C’est un conflit de vivre ensemble. » Me de Greslan, qui défendait Anselme Young, a plaidé la légitime défense : « Mon client a réagi en situation de danger. Sa réaction de tirer un coup de feu en l’air est proportionnée par rapport à l’embuscade. C’est un cas de légitime défense. »

Amende. Réactions de protestation dans la salle de tribunal, qui soutient qu’Anselme a pointé son arme sur des membres du clan Shouene. « Quant à Emmanuel, il s’est fait taper dessus parce qu’il est copain avec les Caldoches. Dans son clan, c’est astiquage régulier pour ça. C’est inqualifiable. Il est fort, Emmanuel, de faire fi de tout ça. » Après délibérations, le verdict est tombé : relaxe pour Anselme Young et trois mois de prison ferme pour Dylan. Quant à son frère Christophe, pour lequel le procureur avait requis une amende de 20 000 francs, il a écopé d’un mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans. Il sera suivi par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation et ne devra plus entrer en relation avec son frère Emmanuel. Du côté Young, on est satisfait, surtout que le parquet avait requis deux mois de prison avec sursis. « Cette décision correspond à la réalité, car c’est un cas de légitime défense. On était dans une véritable embuscade », dit Me de Greslan. Dans le clan Shouene, on s’est dit « surpris » par le verdict, qualifié « d’injuste ». Est-ce que cela va faire baisser les tensions ? « ça reste à voir », laisse-t-on tomber. Me Bernard, pour sa part, trouve la relaxe difficilement compréhensible et compte faire appel pour les deux frères. « Surtout pour Christophe, dont la peine est injustifiée et disproportionnée par rapport aux faits et aux réquisitions du procureur. »

Photo : D. R.

Du vivre ensemble à Ouegoa, Les Nouvelles Calédoniennes, 26 octobre 2013.

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