Une maison pour s’accrocher

Forte de deux filières, la Maison familiale rurale de Bélep permet à ving-cinq Bélémas de niveaux collège et lycée de raccrocher le wagon de l’école en bénéficiant d’une attention toute particulière. 

Par Aude Perron

En ce vendredi matin à la Maison familiale rurale de Bélep, c’est jour d’oral pour les élèves du CAPA Agriculture des régions chaudes (CAPA-ARC). Pas de stress chez les trois élèves présentes : elles semblent habituées. « Il y a onze contrôles en cours de formation dans l’année. Les élèves doivent étudier constamment. Avec les semaines de cours et de stages qui s’enchaînent, sans vacances scolaires, on peut dire que c’est assez soutenu comme rythme », explique Emma Wahoulo, 28 ans, enseignante et responsable des 11 élèves en première et deuxième année de CAPA-ARC. 

Le centre de formation par alternance abrite également 14 jeunes dans le tout nouveau Dispositif d’initiation aux métiers en alternance (DIMA). Eux aussi, tentent de raccrocher le wagon de l’école, mais selon Emma Wahoulo, ils y parviennent plutôt bien. « Ce sont des jeunes qui ont dû partir sur Poum, Ouégoa ou Koumac pour étudier au collège, mais qui n’ont pas supporté le déracinement. Depuis qu’ils sont de retour sur Bélep, leurs notes remontent. » Cela ne se fait pas toujours tout seul, toutefois : « Des fois, je vois certains de mes élèves trainer, le soir. Alors je leur dis d’aller se coucher, parce qu’il y a cours le lendemain », ajoute-t-elle, tout sourire.

Si scolairement les élèves de la MFR semblent s’en sortir, la partie stage – qui revient chaque deux semaines – n’est pas toujours facile à assurer. « Il n’y a que trois agriculteurs sur Bélep, donc les jeunes doivent faire leur stage sur la Grande Terre, indique Emma Wahoulo. C’est compliqué pour le logement et cela coûte cher en transport, même si la MFR prend en charge la partie bateau. Les élèves ont du mal à gérer leur budget et certains abandonnent leurs études en raison de problèmes financiers. »

S’ils passent à travers, les CAPA-ARC peuvent intégrer un lycée d’enseignement général et les DIMA, un lycée professionnel. Sinon, ils peuvent se tourner vers le CFPPA, le SMA ou carrément le marché du travail. Mais Emma Wahoulo aimerait plus de moyens pour la MFR, pour installer une pépinière qui permettrait d’aller jusqu’à commercialiser des plants. Elle souhaiterait que la MFR s’ouvre aux métiers de la pêche, qui est « le moyen de survie, ici, précise-t-elle. Ce serait des formations pour devenir pêcheur ou mécanicien de bateau, par exemple. Cela me semblerait judicieux. »

En attendant, Emma Wahoulo suit ses jeunes pour les amener le plus loin possible. « Je les suis tout le temps, le plus longtemps possible. Je veux savoir s’ils sont bien dans leurs études ou dans leur métier. De toutes façons, je finis toujours par le savoir, car on est tous famille, ici. » Une chose est certaine : Emma Wahoulo, elle, est bien dans son métier.

Légende : Dans la parcelle d’application, les élèves cultivent igname, avocat, chou, manioc, maïs, patate douce et banane dessert.

Photo : A. P.

Une maison pour s’accrocher, Les Nouvelles Calédoniennes, 30 octobre 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *