Lundi, quelque 80 personnes ont contesté, au nom de l’emploi local, les récentes embauches faites dans les commerces de la commune.
Par Aude Perron
L’ambiance n’était pas tout à fait au destin commun, lundi matin, à Voh. Environ quatre-vingt personnes, principalement des femmes des tribus environnantes, ont souhaité manifester leur mécontentement face au recours récent à des travailleurs d’origine polynésienne dans les commerces de la commune. Le cortège, encadré par les forces de l’ordre, est donc parti de la mairie et s’est arrêté en face de chacun de ces commerces, pour finir au lotissement Green Valley.
« Cela a commencé au début de l’année et maintenant, on les voit partout », pointe une des porte-parole de la Fédération des femmes de Voh. En tout, une douzaine de Tahitiens, surtout des femmes, serait employée dans cinq commerces du village. Certaines sont arrivées sur Voh il y a environ deux ans, pour suivre leur mari qui travaille sur le chantier du lotissement Green Valley. Des proches ou des amies seraient arrivés plus récemment, se greffant au noyau dur initial. « Le problème avec tout cela, c’est que nos filles à nous avaient des contrats et ne sont pas réembauchés à la fin. Quand elles envoient des CV, mais n’obtiennent pas de réponse. Mais le lundi suivant, c’est une Tahitienne que l’on retrouve derrière la caisse !, proteste une porte-parole de la Fédération des femmes de Voh.
Face à ces cas répétés, la grogne a commencé de monter et se manifester peu à peu : manque de courtoisie, puis provocations et insultes se sont multipliées, de part et d’autre ; on en est même récemment venu aux poings dans un parking lors d’une soirée. D’où la marche de lundi : certes pour exprimer un certain mécontentement, mais également pour s’expliquer avec les commerçants et certaines employées jugées peu courtoises.
Un commerçant interrogé ne réfute pas ces embauches chez lui, mais répète ce qu’il a répondu aux manifestants quand ils se sont arrêtés devant son enseigne : « Kanak ou pas, j’ai besoin d’employés sérieux, fiables, qui se présentent au travail. J’ai un commerce, moi, qui est ouvert 15 heures par jour, presque tous les jours de l’année. Et donc, j’ai des exigences : si la période de contrat n’est pas concluante, je ne renouvelle pas. » Ainsi, depuis l’ouverture de son magasin il y a deux ans, il a procédé à une soixantaine d’embauches ! Et dans ce lot, « deux Tahitiennes que j’ai dû licencier pour cause de vol ! »
Aujourd’hui, le calme semble être revenu : les choses ont pu être dites et des excuses ont même été échangées. Mais la Fédération veille au grain. « Nos filles vont renvoyer leur CV et nous avons demandé à ce qu’elles soient réembauchées. Nous retournerons dans la rue s’il le faut. »
Photo : A. P.
Embauches et embûches, Les Nouvelles Calédoniennes, 22 mai 2013.

