Après sept semaines d’ouverture, l’école de la tribu de Paouta a fermé de nouveau, faute d’effectifs suffisants.
Par Aude Perron
Cela fait maintenant quelques semaines que la nouvelle est tombée et que le nouveau pli est pris. Mais au retour des vacances de Pâques, petit bouleversement pour les élèves de Paouta : au lieu de retrouver leur maîtresse et les bancs de leur école, ils ont pris la direction l’école Léonie-Avril, au village, à vingt minutes de la tribu, et ont trouvé un nouvel enseignant et de nouveaux camarades de classe. La faute au manque d’élèves.
C’est une histoire déjà connue à Paouta. La petite école de tribu était fermée pendant l’année scolaire 2012, pour cette même raison. Mais entre temps, des parents et des autorités coutumières ont souhaité la réouverture du petit établissement, assurant que de nouveaux effectifs le justifiaient. Alors qu’il faut un minimum de sept élèves pour ouvrir un poste d’enseignant, la Defij joue le jeu et fait une dérogation pour les six enfants promis. Sauf qu’avant le retour en classe en février, un de ces enfants déménage sur Nouméa. Trois semaines suivant la rentrée, un autre part sur Koné. Des solutions sont envisagées pour faire remonter les effectifs, telles que la possibilité de faire revenir les quelques CP sur la tribu, mais sans succès.
« C’est le dernier départ qui a déclenché la décision de fermer l’école, précise Yann Peraldi, directeur de Léonie-Avril et 1er adjoint au maire, en charge de l’éducation. La problématique est simple : l’effectif n’est pas là. » « Les élus mettent un point d’honneur à conserver les écoles de proximité, mais quatre élèves sur trois niveaux différents, ce ne sont pas des conditions pour créer de l’émulation, fait remarquer Nicolas Guillemard, directeur adjoint à la Defij. Et pour l’enseignant, ce n’est pas facile à assurer, ça peut même être démotivant, surtout s’il est tout juste diplômé et s’il n’a pas de collègue autour. »
A la tribu, certains parents et coutumiers sont remontés, d’autres sont déçus. Une maman d’élève interrogée déplore aussi le manque de communication au retour des vacances de Pâques : la nouvelle n’était pas encore officiellement tombée, mais la maîtresse était déjà partie, mutée ailleurs, et pendant environ deux semaines, les petits n’ont pas eu classe. « Mais d’un autre côté, en retournant au village, mon enfant a pu retrouver tous ses anciens camarades », dit-elle, philosophe.
Pour la Defij, ce n’est pas la fin de l’école de Paouta : elle pourra être réouverte, si les effectifs le permettent. « Mais ce n’est pas tout d’avoir des enfants inscrits, signale Nicolas Guillemard. Encore faut-il que les enfants soient assidus. Il faut qu’il y ait un contrat moral, un partenariat avec les parents pour qu’ils s’en assurent. La réussite scolaire de leur enfant dépend d’eux, beaucoup plus qu’ils ne le croient. »
Légende : Depuis le retour des vacances de Pâques, c’est le silence qui règne entre les murs de l’école de Paouta.
Photo : A. P.
L’école ferme à nouveau, Les Nouvelles Calédoniennes, 25 mai 2013.

