Le pays coupé en deux

Les effets de la grève générale de lutte contre la vie chère, entamée il y a treize jours, ont commencé à se faire sentir ce week-end. Pompes à essence à sec, buralistes en panne de cigarettes et barrages routiers en série ont crispé certains Calédoniens.

Par Marion Leroy

« Nous voulions descendre sur Nouméa ce matin mais arrivés au col de Poya nous ne pouvions plus circuler. D’après d’autres conducteurs, la file de voitures était à l’arrêt depuis déjà deux heures. Alors, on a rebroussé chemin, explique Marcelle, une habitante de Poya. Mais nous sommes chanceux, nous sommes du village. Les conducteurs de passage risquent d’attendre encore longtemps. »

Hier, alors que les acteurs du monde économique, politique et syndical étaient réunis au haussariat pour dialoguer et négocier « doucement mais sûrement » (lire en page 5), sur le terrain, les syndicats durcissaient le ton. Et si, samedi, les membres de l’Intersyndicale avaient intimé à leurs relais dans le Nord de lever les barrages, hier, la Confédération syndicale des travailleurs de Nouvelle-Calédonie (CSTNC) a joué la carte des voitures brûlées et de l’intimidation, à Poya.

Pression. Ainsi, tractopelle et camions, pneus en flammes et syndicalistes remontés ont barré la RT1, à hauteur du col de Poya, « juste au niveau du panneau signalant l’entrée en province Nord », précise Aude Perron, correspondante des Nouvelles calédoniennes, coincée depuis le début de l’après-midi en amont du barrage, « derrière près de 200 voitures ». « On voit déjà des automobilistes faire demi-tour. Certains ont même dit que les manifestants tentaient de creuser la route, poursuit Aude. On sent la tension monter, les conducteurs s’énerver. Surtout que l’on n’a aucune information. » Des nouvelles fraîches et optimistes de Nouméa, c’est ce qu’attendaient, de leur côté, les membres de la CSTNC. « A défaut, nous allons augmenter la pression, trouver d’autres endroits stratégiques, lance Norbert Néga, responsable du barrage côté nord. On en a ras le bol et on a l’impression que rien n’avance. Demain (lundi), s’il le faut, des rouleurs viendront renforcer le barrage. »

Vers 18 heures, les syndicalistes ont finalement prévenu les automobilistes que le blocage continuerait toute la nuit, les obligeant à trouver une « option couchage », raconte Aude. Bourail devait donc s’attendre à recevoir les deux cents premiers « réfugiés » de la mobilisation contre la vie chère.

Détresse. « Si ça se trouve, on ne pourra même pas rentrer à Bourail puisque l’entrée nord est bloquée elle aussi, on ne pourra même pas atteindre La Foa », s’inquiète Annabelle, qui devait rejoindre Vavouto hier soir.

Car, partout sur la Grande Terre, les barrages filtrants ou bloquants ont essaimé, parfois dans une « ambiance bon enfant », parfois « dans la douleur et les tensions », selon les gendarmes (lire ci-contre). Hier soir, toujours selon les militaires, la mairie de Poya, au nord du barrage, et la salle polyvalente proche du lycée privé et professionnel de Bourail, au sud, avaient été réquisitionnées pour héberger les automobilistes en détresse.

Hier soir encore, David Meyer, représentant de la Fédération des fonctionnaires, demandait aux hommes de terrain d’être « responsables », un mouvement qui dégénère n’aidant en rien à la résolution d’un conflit.

De son côté, le haut-commissaire Jean-Jacques Brot faisait savoir, sur les ondes de NC-1ère, que tant que les négociations se poursuivraient, il ne demanderait pas aux forces de l’ordre d’intervenir et de lever les barrages, mais qu’il convenait « de conclure vite ».

Le pays coupé en deux, Les Nouvelles Calédoniennes, 27 mai 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *