Les résidents de Pierre-Lenquette réclament depuis longtemps des travaux sur leurs logements. C’est finalement une vaste réhabilitation de la cité qui se profile, entraînant le relogement de son millier d’occupants.
Par Aude Perron
Mercredi soir, ils étaient une soixantaine, voire plus, réunis au milieu des bâtiments de Pierre-Lenquette pour discuter de la réhabilitation de leur résidence. Au vu de l’état de leur logement qui se dégrade inexorablement, les habitants savent que des travaux sont nécessaires. Si l’immense chantier de la Sic doit commencer en 2016 pour plusieurs années, nombre de questions restent pour l’instant sans réponse et suscitent l’inquiétude. Quand devront-ils partir ? Où seront-ils relogés ? Pourront-ils revenir ? Si oui, les loyers vont-ils augmenter ? (voir Une année de concertation, dans notre édition du 5 mai 2015) « On n’a pas de calendrier, pas de garanties. On est dans le flou, se révolte Irène Mapéri, présidente du comité de quartier de Montravel. Il faut calmer les esprits. La semaine dernière, je suis restée jusqu’à deux heures du matin dans la cour pour discuter avec les gens. Il y a de la déception et de l’incompréhension. »
Malfaçons. Et de la frustration accumulée. Car depuis plus de deux ans, le comité de quartier fait remonter les différents problèmes de leur logement : infiltrations, refoulement d’eaux usées, inondation des rez-de-chaussée et autres malfaçons. Mais ces signalements seraient restés lettre morte. L’annonce de la présence d’amiante dans les carreaux des cuisines et salles de bain a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et un mouvement d’humeur a suivi, en décembre dernier (voir Un vrai besoin de réponses, dans notre édition du 2 décembre 2014). « Ce qui me déçoit aussi, c’est qu’on a fait un travail de fond avec les jeunes pour les calmer et les rendre utiles, et changer l’image du quartier. Et là, on va devoir déménager », poursuit Irène Mapéri.
Ces jeunes dont elle parle, ce sont ceux de l’association Cosmos, mise sur pied l’an dernier, pour réaliser de petits projets à caractère culturel et environnemental. « Si on déménage, on va tous être séparés. On ne sait pas ce que va devenir Cosmos », confie Kevin Tjibaou, un des membres de l’association. « Et pour aller où ?, enchaîne une amie, assise à côté de lui. Ils disent qu’on va être relogés à Païta. Mais on va faire quoi, à Païta ? Ici, on se connaît tous. C’est comme une deuxième famille. »
Communication. Irène Mapéri reproche aussi au bailleur social sa communication et n’a pas envie que le comité de quartier soit instrumentalisé en jouant le rôle de porte-parole. « On n’a pas d’écrit, que de l’oral. Je ne veux pas porter aux gens une parole administrative. La Sic doit s’adresser directement aux locataires avec des écrits. » Quant aux ateliers thématiques souhaités par le bailleur pour faire remonter les suggestions des résidents, la présidente n’a pas l’intention d’y participer : « Nous n’avons pas la compétence pour analyser les thèmes. De toutes façons, aller aux ateliers, c’est cautionner la volonté de la Sic. Alors on boycotte. »
Dans ce concert de voix, celle de Louise Guyette détonne. La présidente de l’association Résistance voit d’un bon œil la réhabilitation qui s’annonce, surtout qu’elle a pu voir le logement témoin, à Tindu. « La cuisine est équipée, il y a des placards dans les chambres, des prises électriques partout, des portes coulissantes. Ca va être plus confortable. » Elle ne s’inquiète pas des loyers qui vont devoir augmenter. « C’est normal que les loyers augmentent. On ne va pas nous donner un logement équipé sans rien payer après ! De toutes facons, il y aura toujours des aides au logement. » Pendant les travaux, elle compte aller chez l’un de ses enfants, puis revenir à Pierre-Lenquette. « Je veux revenir. C’est proche de mon bus, de mon médecin. Je suis bien ici. » Un sentiment, lui, partagé de tous.
Un quartier sensible en dates clés
1970 : La cité Pierre-Lenquette est réalisée pour loger les milliers de travailleurs venus en Nouvelle-Calédonie pour le boom du nickel.
1984-1988 : Pendant les Evénements, la cité devient un lieu de retranchement des indépendantistes.
2002-2004 : Première réhabilitation. Les logements, tenant plus du dortoir, sont réaménagés et agrandis pour plus de confort.
2010-2012 : Réhabilitation lourde des bâtiments K, L et M acquis en 2009 (auprès de la Cafat, du gouvernement et de la province Sud).
2010-2011 : Tensions et blocage causés par des nuisances olfactives, le manque d’infrastructures et l’attribution d’un poste d’animateur à un non-résident du quartier.
2011 : La maison de quartier est saccagée et ne rouvrira pas. Episodes de caillassage, notamment des bus Karuia.
1er décembre 2014 : Mouvement de grogne pour dénoncer l’état des logements et le besoin de travaux.
Photo : Jacquotte Samperez
Entre inquiétude et colère, Les Nouvelles Calédoniennes, 29 mai 2015.

