Entre précarité et professionnalisation

Dernièrement, les animateurs du Relai d’animation périscolaire et de l’information (RAPI) se sont retrouvés pour leur assemblée générale, des ateliers et une conférence.

Par Aude Perron

Marie Christine Pigeat est une vraie militante. Formatrice et consultante, elle fait partie des partenaires du RAPI, un dispositif mis en place par la province Nord en 2002 pour lutter contre l’échec scolaire et permettre à des personnes, sans qualification véritable, de s’insérer grâce à une activité rémunérée. Et pour elle, ces animateurs, dédiés à l’épanouissement et la réussite scolaire des enfants, ne sont pas valorisés. « Les animateurs du RAPI sont des professionnels, mais ils ne sont pas reconnus. Ce sont des relais primordiaux dans la construction de l’enfant », insiste-elle.

On compte 137 de ces animateurs en province Nord, répartis en 48 associations. Ils animent la pause du midi à l’école, l’aide aux devoirs en fin de journée et les centres de vacances et loisirs. Ce sont généralement des mamans ou des jeunes vivant en tribu, par exemple. Mais considérés comme des stagiaires à la formation, ce qu’ils touchent est symbolique. « Ce n’est pas un salaire, c’est une indemnité, admet le directeur de l’école primaire de Poindimié, Stéphane Fons. Et ils peuvent difficilement cumuler d’autres emplois car on les monopolise toute une journée pour deux heures de travail. » Chez lui, un animateur peut, au mieux, gagner environ 30 000 francs par mois. 

La professionnalisation est-elle une solution ? « Le débat est ouvert », répond Marie Christine Pigeat. C’est d’ailleurs la raison de la conférence, en ce jeudi matin, qui a réuni plusieurs dizaines d’animateurs et partenaires. Intitulée D’un statut précaire à un métier choisi, elle avait pour but de susciter les discussions. Pour Stéphane Fons, le risque d’une professionnalisation est la perte de réactivité : « Ce dispositif est précaire, mais il est très réactif et permet de faire des remplacements à pied levé. » Ce qui compense pour un taux de roulement important.

Mais au RAPI, on s’occupe déjà d’insertion professionnelle des membres du réseau. « On offre 495 heures de formation par année aux animateurs », indique Claudine Wamytan, coordonnatrice du dispositif à la Province Nord. Ces formations touchent, par exemple, la communication orale et écrite, le multimédia, les travaux manuels ou les techniques d’animations. Elles permettent d’outiller les animateurs mais aussi de confirmer leur goût pour ce métier. Ceux qui sont motivés sont accompagnés par le RAPI dans leurs démarches de professionnalisation. C’est ainsi que deux stagiaires vont bientôt partir en Métropole, pour trois ans, afin de décrocher une licence.

Reste l’épineuse question de la reconnaissance des acquis : pour obtenir son BAFA, un animateur doit faire un stage en centre de vacances ou de loisirs. Or, en province Nord, il y a peu de ces centres. « La solution serait qu’on reconnaisse les heures que les animateurs font dans l’année (à l’école ou dans leur association). Ils pratiquent toute l’année !, », plaide Marie Christine Pigeat. 

Photo : A. P.

Entre précarité et professionnalisation, Les Nouvelles Calédoniennes, 12 août 2010.

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