Tout le carburant – essence et gazole – qui est consommé en province Nord arrive à Nouméa. Il est acheminé par la RT1 aux clients industriels et aux stations-service. Par souci de sécurité sur les routes, le Nord pourrait-il être approvisionné autrement ?
Par Aude Perron
Philippe Nicolet a retourné le problème dans tous les sens. Sur le Caillou, le Nord représente 25 % des volumes de carburant consommés dans les stations-services et par les différentes industries (mine et agriculture, notamment). Comme l’approvisionnement se fait par camions à partir de Nouméa, environ 80 millions de litres de produits dangereux prennent la direction du Nord chaque année, avec le risque qui y est associé. « Approvisionner la province par un port et un dépôt dans le Nord, ce serait avantageux pour la santé et la sécurité et l’environnement, estime le directeur général de la Société de Services Pétroliers (SSP). Je dis oui, franchement. Mais si on regarde les chiffres seulement, faire cet investissement n’est pas intéressant. »
La messe est dite ? Pas tout à fait, car les pétroliers travaillent à divers degrés sur l’implantation d’un dépôt dans le Nord. Cependant, il y a plusieurs obstacles à contourner. D’abord, il faut construire et rentabiliser un dépôt pour stocker le carburant. La moindre installation digne de ce nom coûte la bagatelle de 500 millions de francs. De plus, une fois opérationnel, le dépôt est « une montagne de frais fixes », comme le dit Philippe Nicolet, et plus compliqué à rentabiliser en province Nord puisque le marché y est plus petit.
L’autre problème, c’est l’alimentation par la mer de ce fameux dépôt. Le cabotage, c’est-à-dire le transport maritime intérieur entre Nouméa et un port dans le Nord, n’est pas envisageable. Il se ferait avec des bateaux de petite capacité (1 000 tonnes seulement environ), or dans ce cas, le carburant coûte 17 francs le litre à transporter, contre 3 francs s’il s’agit d’un pétrolier. « Nous sommes une industrie de volume », résume tout simplement Philippe Nicolet. Le cabotage pose un autre problème, souligne Jean-Philippe Hébral, directeur général Mobil IPC, qui compte 8 stations en province Nord : « Ca augmente les manipulations. Et transférer du carburant d’un moyen de transport à un autre, c’est des risques pour l’environnement et pour la santé car des vapeurs d’hydrocarbures s’échappent. »
Il faudrait donc que le carburant soit livré en province Nord par un pétrolier (en chemin vers Nouméa). Mais quel port peut accueillir un tel mastodonte ? Sans travaux majeurs, le port de Népoui est à oublier en raison de la configuration de sa passe. Reste donc celui de l’usine du Koniambo. Mais il s’agit d’une infrastructure privée et l’industriel n’a pas envie que des camions-citernes, fraîchement remplis de carburant, traverse son site ! Et si un pipeline d’une dizaine de kilomètres solutionne une partie du problème, pendant ce temps, la facture, elle, grossit…
Toutefois, Jean-Philippe Hébral n’a pas envie de lâcher le morceau : « Il y a un port, il faut mutualiser les moyens. Ca ne fait aucun sens de ne pas utiliser des capacités existantes. Je pense que cela va se faire. Quand et sous quelle impulsion ? On en discute ; on y travaille. » À la Province Nord, on est favorable à l’implantation d’un tel dépôt de carburant. « Nous n’excluons pas l’idée d’aider aux négociations avec l’industriel, confirme Laurent Le Brun, secrétaire général adjoint. Mais nous n’investirons pas dans un dépôt, car ce n’est pas notre mission et la province n’a pas vocation à se substituer aux distributeurs. »
Hydrocarbures : peut-on sauter la case Nouméa ?, Objectif, avril-mai 2011, p. 36.
Photo : DR

