Un parc d’éoliennes, des chauffe-eau solaires installés à la discrétion des constructeurs… En dépit des bonnes volontés et de quelques initiatives pionnières, l’exploitation des énergies renouvelables en province Nord demeure embryonnaire. Tout reste à faire.
Par Aude Perron
S’il ne tenait qu’à Stefan Sontheimer, les foyers calédoniens ne consommeraient que de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables. « Et l’énergie fossile alimenterait l’industrie. Ce serait l’idéal », estime le directeur en Calédonie d’Aérowatt, producteur d’énergie éolienne et solaire en Métropole et en outre-mer. Certes, mais la route sera sans doute longue… En province Nord, les énergies renouvelables se résument aux chauffe-eau solaires installés par certains constructeurs, aux foyers très isolés alimentés par des panneaux photovoltaïques et, plus visible, au parc Kafeate (entre Koné et Voh) exploité par Aérowatt et dont les 42 éoliennes produisent 11 MW d’électricité.
Un contexte qui ne semble pas prêt d’évoluer… Deux éléments sont en cause. D’abord, les aides : les énergies renouvelables ne sont plus éligibles à la défiscalisation locale depuis janvier 2010 et seul l’éolien peut prétendre à une défiscalisation métropolitaine. Ensuite, l’achat de l’électricité produite. Dans le solaire, aucun tarif n’a été fixé ; il est négocié au cas par cas. Dans ces conditions, « comment convaincre des partenaires financiers de se lancer dans la construction d’une nouvelle ferme ? », fait remarquer Stefan Sontheimer.
Dans le domaine de l’éolien, un tarif a bien été fixé à 11 francs le kWh, mais il présente trois gros défauts, selon le directeur d’Aérowatt : « trop faible, non-indexé et même régressif » ! Pour être viable, il faudrait qu’il soit fixé entre 18 et 20 francs. Mais, avec ses finances dans le rouge, Enercal ne militera pas pour une hausse tarifaire. « L’énergie renouvelable est prise en otage par une situation réglementaire qui n’avance pas », déplore Stefan Sontheimer dont la société accuse une perte de 100 millions de francs au dernier exercice financier. Pourtant, l’entreprise caresse deux projets dans le Nord : un parc de 30 éoliennes à Népoui qui produirait 30 MW ainsi qu’une ferme solaire sur un terrain coutumier à Témala qui fournirait 5 MWc. Verront-il le jour ?
Initiatives dans le logement
Si l’émergence de nouveaux parcs est précaire, quelques initiatives apparaissent pour équiper bâtiments et logements en panneaux solaires. C’est le cas d’Initiative Nord, le nouveau complexe qui abrite une pépinière d’entreprises et le siège des antennes de la CCI dans le Nord, un investissement de 352 millions de francs (au total) financé en partie à même le contrat de développement Etat/Province Nord. Le bâtiment est pourvu d’une couverture de panneaux photovoltaïques de 500 mètres carrés dont l’énergie produite est revendue à Enercal au coût de 17 francs le kWh. « Nous avons voulu faire un geste fort en faveur des énergies renouvelables », confirme Laurent Le Brun, secrétaire général adjoint à la Province Nord. « Mais la province ne peut apporter son soutien que lorsqu’elle participe au financement du projet. » L’utilisation d’énergies renouvelables peut donc être un élément déterminant dans le choix des grands équipements que finance la Province.
Laurent Le Brun aimerait également œuvrer pour développer le solaire dans le logement social. « Pour l’instant, les opérateurs ne sont pas contraints d’installer des chauffe-eau solaires, mais nous insisterons de plus en plus pour que ces équipements soient intégrés dans les prochains programmes ». Depuis 2006, la SIC (341 logements en province Nord) dote déjà ces nouvelles opérations de chauffe-eau solaires. Au Fonds social de l’habitat (FSH), l’installation de ces modèles est exigée quand il s’agit d’un projet en défiscalisation. « Mais nous tentons d’en mettre dans tous les cas de figure », précise Serge Chol, responsable technique au FSH. Ainsi, les 32 logements du projet Cigales 2 à Koné (livrable en juin) seront pourvus d’un chauffe-eau solaire, tout comme les 30 logements qui sortiront de terre à Voh, d’ici 12 à 18 mois. Enfin, dans le logement dit « libre », le choix du solaire dépend des individus, des développeurs et du coût de l’investissement. Mais des sociétés d’économie mixte, telle la SEM VKP, jouent la carte des énergies renouvelables. Ange-Marie Benoit, directeur des opérations, construit sur le foncier du GDPL de Baco à Koné 15 villas et étudie la possibilité de les rendre à 70 % autonome, grâce à des panneaux photovoltaïques.
La boucle bientôt bouclée
Grâce à un prêt supplémentaire de 1,25 milliard de F CFP accordé par l’AFD à Enercal, l’électrification complète du Nord de la Grande Terre devrait enfin pouvoir être achevée (voir les actualités de notre n° 70). Au total, 80 kilomètres de ligne électrique à haute tension seront installés afin de raccorder les réseaux de Pouebo, Ouégoa, Poum et Arama. L’opération pourrait être bouclée d’ici 2013.
Photo : D. R.
Timide déploiement des renouvelables, Objectif, avril-mai 2011, p. 26-27.

