Il faut protéger Pindaï

Une gestion environnementale mieux organisée s’impose sur la presqu’île de Pindaï, lieu très fréquenté et doté d’un fort intérêt patrimonial tant au niveau environnemental, biologique, qu’archéologique. Reste à savoir la forme qu’elle prendra.

Par Aude Perron

C’est un lieu que les habitants, les scolaires, les chasseurs et autres pêcheurs de VKP affectionnent tout particulièrement. Avec ses quelque 2500 hectares de terrain de jeu, sa plage et sa base nautique, la presqu’île de Pindaï, à Pouembout, a tout pour plaire. Cela fait plusieurs années que la Province Nord souhaite y mettre en place une gestion environnementale mieux organisée avec une valorisation des ressources. Elle a donc demandé au bureau d’études Aqua Terra un état des lieux de la presqu’île pour connaître la valeur de cette réserve naturelle et les enjeux de sa conservation. 

Car conservation, il y a besoin, tant au niveau environnemental, biologique qu’archéologique. « Sur Pindaï, il y a un niveau de dégradation plus ou moins important, résume Samuel Noury, à la Direction du développement économique et de l’environnement de la Province. Par endroits, on a procédé à des sondages de fond dans les années 90, ce qui a exigé l’ouverture de pistes, assez impactante. Les incendies successifs ont également créé des dommages, celui de 2004 étant particulièrement important en l’occurrence. » C’était il y a 9 ans, presque jour pour jour : en une semaine, 1060 hectares, soit presque la moitié de la presqu’île, ont été détruits, incluant des zones de forêt sèche.

La forêt sèche de Pindaï présente justement un intérêt patrimonial tout particulier car cet écosystème serait le 2e site le plus riche et le plus grand sur foncier public en province Nord. La faune y est endémique et variée, 32 espèces d’oiseaux viennent s’y nourrir et nidifier, dont le Pétrel de Tahiti, quasi menacé. Au niveau patrimoine biologique, la plage de Pindaï cache une colonie de Puffins fouquet, la 9e en importance (sur 28 dénombrées). Une population vulnérable puisqu’elle niche à même le sol et est donc exposée aux usagers, voitures, animaux domestiques, etc. Enfin, la valeur archéologique de la presqu’île repose dans la présence de vestiges (période traditionnelle Kanak), de bois pétrifié, de fossiles ainsi que d’ossements d’animaux (oiseaux, reptiles, mammifères volants et mollusques).

L’état des lieux réalisé est donc la première étape vers la création d’une aire protégée qui, selon la nomenclature, peut prendre la forme d’une réserve, d’une aire de protection ou de gestion, ou alors d’un parc. La réserve correspond au statut le plus restrictif : l’activité humaine y est limitée au minimum, même en matière de gestion. Assez peu envisageable à Pindaï, au vu de l’utilisation du site par le public. « Nous devons trouver une formule qui concilie l’intérêt patrimonial et les usages du site. Un parc provincial pourrait être envisagé, mais ce n’est pas encore validé », précise, prudent, Samuel Noury. 

Préalablement, il faudra peut-être que la Province qui gère le site, en devienne le propriétaire. Car dans les faits, la presqu’île appartient majoritairement à la Nouvelle-Calédonie (82%). La Province (7%) et les privés (11%) se partagent le reste. « Une demande de cession de foncier a été faite au Territoire. La Province souhaiterait exercer pleinement ses compétences », conclut Samuel Noury.

Le chiffre. 192. C’est en hectares la superficie de forêt sèche qui se trouve sur la presqu’île de Pindaï.

Une forêt bien conservée

Sur les 192 hectares de forêt sèche :

  • 152 ha sont assez bien conservés. Selon l’étude de Aqua Terra, « les forêts sèches assez bien conservées sont rares à l’échelle  de  la  Nouvelle-Calédonie mais le secteur de Pindaï-Nékoro  présente  l’avantage d’en abriter encore quelques précieux fragments ».
  • 35 ha sont qualifiés de « forêt sèche dégradée » où la régénération est quasi nulle.
  • 5 ha sont qualifiés de « forêt sèche relictuelle », incapable de se régénérer.

Des crédits pour préserver la forêt sèche

Dans le cadre de sa Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) 2011-2020, le ministère de l’écologie a lancé un appel à projets destiné à soutenir des investissements ayant pour finalité la « restauration de milieux remarquables ou sensibles ». Quatre partenaires, soit le Programme de conservation de la forêt sèche (PCFS) qui portait le projet, la Province Nord, la Province Sud et le WWF, ont proposé des actions (sur Pindaï, au Parc forestier et au Ouen Toro) et remporté des crédits totalisant 33 millions de francs. 

Sur Pindaï, les actions ont commencé à la mi-2012 et consistent en la consolidation de la forêt sèche par plusieurs moyens. 

  • Création de corridors afin que se rejoignent les fragments de forêt disséminés sur la presqu’île ;
  • Création de zones tampon débroussées sur 20 mètres autour des fragments de forêt ;
  • Création de lignes prospectives, soit de grands corridors de 6 mètres de largeur sur 100 mètres de longueur, pour permettre à la lisière de la forêt de gagner du terrain ;
  • Ouverture de pare-feux pour créer une ceinture et protéger la forêt en cas d’incendie.

Des actions sont également en cours sur le front des espèces envahissantes végétales (agave et figuier de Barbarie). Quant aux espèces animales, en l’occurrence les cerfs, depuis un an, chaque semaine (sauf en période de vacances scolaires ou lorsque la base nautique est utilisée), une chasse réglementée (battue avec chiens et chasse de nuit) est mise en place sur la presqu’île, en partenariat avec l’Association des chasseurs de Pouembout ainsi que la Fédération de la Faune et de la Chasse de Nouvelle-Calédonie.

Légende : Depuis un an, chaque semaine (sauf en période de vacances scolaires ou lorsque la base nautique est utilisée), une chasse réglementée est mise en place sur la presqu’île.

Photo : A. P.

Il faut protéger Pindaï, Les Nouvelles Calédoniennes, 23 octobre 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *