Les choses se précisent au sujet de la correction locale du baccalauréat. Pour peu qu’elle soit validée au Congrès en septembre, puis validée par l’Etat, le galop d’essai serait prévu dès la fin d’année.
Par Aude Perron
Des milliers de copies d’examen et de livrets scolaires, emballés soigneusement sur des palettes et expédiés en Métropole, vers les centres de correction… Ce rituel qui prend forme chaque année, au lendemain de la semaine du bac, ne sera plus qu’un souvenir à partir de l’an prochain.
N’en déplaise à certains, la correction locale des épreuves écrites du bac arrive. C’est en tout cas l’action sur laquelle planche un des groupes de travail du projet éducatif avec un intitulé bien officiel : « La correction en Nouvelle-Calédonie des baccalauréats général et technologique comme facteur de reconquête du dernier trimestre scolaire. »
Cette proposition fera partie de la Charte d’application du projet éducatif, présentée au Congrès en septembre. « C’est un choix politique, mais nous ne pourrions pas le proposer s’il n’y avait pas le nombre critique de bacheliers pour garantir le brassage et l’anonymat des copies », explique Julien Le Ray, chef de la division des examens et concours du vice-rectorat, qui rappelle que l’an dernier, 2 181 lycéens se sont présentés aux épreuves anticipées (de français) et 2 041 aux épreuves générales.
Les copies à petit flux expédiées
La correction locale devrait donc commencer cette année, avec les épreuves anticipées de français et les épreuves scientifiques des séries littéraire et économique et sociale. Cela correspond à plus de 2000 copies de français, auxquelles s’ajouteront une petite centaine en provenance des lycées de Mata-Utu (Wallis) et Jean-Marie-Gustave-Le-Clézio à Port-Vila (Vanuatu). Mine de rien, cette correction locale est déjà engagée en partie avec, depuis 2008, les épreuves d’histoire-géo car une partie du programme national est adapté aux particularités des outre-mer. C’est également le cas des épreuves de langues kanak, depuis qu’elles sont au bac, et, plus récemment, du japonais. « On corrige tout ici, du brevet au bac pro, même des examens universitaires et des épreuves qui ne relèvent pas de l’Education nationale, rappelle Julien Le Ray. En fait, il n’y a que les bacs général et technologique qui nous échappent. »
Epreuves écrites de français et scientifiques des filières non-scientifiques, donc, pour 2016. Et toutes les épreuves, dès 2017. Sauf celles à petits flux – langues ou séries spécialisées du bac technologique – pour éviter que le correcteur ne tombe sur la copie d’un de ses élèves. « En ce moment, on corrige les épreuves d’italien, d’allemand et de japonais des lycéens de Polynésie, pour cette raison », remarque Julien Le Ray. Voilà qui devrait rassurer les opposants de la correction locale qui brandissent l’argument du manque de brassage et d’anonymat des copies.
Quant à la possible dévalorisation du diplôme, Julien Le Ray ne laisse aucune place au doute : « Le baccalauréat reste un diplôme national, garanti par l’Etat, avec une seule signature, celle du recteur de l’académie qui le délivre. »
Une semaine récupérée
Là où les opposants risquent d’être déçus, cependant, c’est en ce qui a trait à la récupération du temps scolaire. Déjà, rien ne sera récupéré cette année, la faute à 180 redoublants qui doivent repasser leur épreuve de français au milieu de la semaine du bac (qui ne peut pas bouger pour cause d’envoi des copies en Métropole). « Mais aussi pour ne pas aller trop vite. Cette année est un galop d’essai. » Et l’an prochain ? Comme la correction locale sera généralisée, plus d’expédition, et ce sera donc une semaine de gagné pour les première, les terminale et les seconde (qui se voient privées de salles de classe au moment des épreuves). Mais, vraisemblablement, le temps de récupération n’ira pas bien au-delà. « On gagnera une semaine, à dix jours, prévoit Julien Le Ray. C’est notre ambition. »
Repères
Et en Polynésie ?
Le baccalauréat y est corrigé localement depuis de nombreuses années. L’organisation logistique est confiée à l’administration de la Polynésie française (Direction générale de l’éducation et des enseignements). Les sujets et les corrigés des épreuves écrites sont conçus par les académies métropolitaines. Les corps d’inspection de l’Etat (vice-rectorat de Polynésie française) constituent les jurys des épreuves et cadrent les corrections. La Polynésie n’étant rattachée à aucune académie, c’est le vice-recteur qui signe les diplômes du bac conjointement avec la ministre de l’Education de Polynésie, Nicole Sanquer-Fareata. « Tout ceci garantit au baccalauréat passé par des candidats en Polynésie son caractère national », assure Jean-Claude Baglan, vice-recteur de la Polynésie.
Economie ou dépense ?
Corriger en Nouvelle-Calédonie coûte plus cher. Si l’on économise les frais d’envoi de deux palettes de 500 kg chacune de copies et livrets scolaires (assumés par la Calédonie), en revanche, il faut défrayer les correcteurs, à hauteur de 600 francs par copie. La correction prévue des épreuves anticipées de français à la fin de l’année coûtera donc 1,2 million. A cela s’ajoutent les frais de déplacement, d’hébergement et de repas des professeurs vers les centres de correction de Nouméa car tous sont invités à y prendre part : professeurs de Brousse, des Loyauté, même de Wallis et de Port-Vila. La facture est plus salée, certes, mais elle incombe entièrement à l’Etat.
Brassage et anonymat
Que les professeurs se rassurent, leur compétence n’a jamais été mise en doute et les parents les croient parfaitement aptes à corriger les copies du bac. Le maintien en Métropole de la correction des matières à petits flux est également rassurant, même si, selon Fabienne Kadooka, du syndicat UT CFE-CGC, il reste encore des matières, comme la philo et le latin, pour lesquelles il n’y a pas beaucoup de professeurs. « Pour préserver l’anonymat, il faudrait modifier le brassage des copies et les classer non pas par ordre alphabétique comme cela se fait normalement, mais par lycée, sans que le correcteur puisse identifier l’établissement d’origine », suggère-t-elle.
Taux de réussite
Quant au taux de réussite, la peur d’une directive visant à booster ce taux et à le rapprocher de celui de la Métropole est une préoccupation partagée, car avec la correction locale, « nous aurions le contrôle », fait valoir Fabienne Kadooka. Pour rappel, en 2014, le taux de réussite au bac général était de 84,3 % contre 90,9 % en Métropole.
Délivrance
Concernant la délivrance par l’Etat, la représentante syndicale est rassurée : « On n’aurait pas accepté une autre proposition que celle-ci ». Pour sa part, Patrick Crevoisier, de l’APE du lycée Blaise-Pascal, souhaite que « les universités, sachant que le bac a été corrigé localement, continuent de bien percevoir le diplôme ». Sentiment partagé par Corinne Malian, du lycée du Grand Nouméa, qui espère que « les Calédoniens auront les mêmes chances que les autres au moment des inscriptions dans l’enseignement supérieur ».
Temps scolaire
Enfin, au chapitre de la récupération du temps scolaire (dès 2017), Cécile Hickson, du lycée Lapérouse, ne cache pas son dépit : « C’était une garantie que le mois de novembre joue enfin son rôle dans la formation des élèves. Sur les trente-six semaines de scolarité, il y en a actuellement quatre voire cinq qui sont perdues. On pense aux élèves de seconde en particulier que rien ne motive à revenir au lycée : conseils de classe terminés très tôt ; profs absents car occupés par les épreuves ; emplois du temps aléatoires. » Fabienne Kadooka abonde dans ce sens : « Cette reconquête doit s’accompagner de la présence des élèves. Il faut prendre les mesures pour qu’ils restent le plus tard possible avant le début des épreuves. »
Photo : DR
La correction locale du bac débute cette année, Les Nouvelles Calédoniennes, 29 juin 2016.

