A la veille de la première coulée officielle de nickel qui sera célébrée en grande pompe aujourd’hui à Vavouto, quatre travailleurs calédoniens se confient sur cet événement lourd en symboles.
Par Aude Perron
C’est un double anniversaire que fête Ondine Galbois, ce mois d’avril. Cela fait deux ans qu’elle est à l’emploi de KNS comme coordonnatrice des systèmes de gestion. Et bien sûr, aujourd’hui, il y a la coulée de nickel. « On est tous pris dans le boulot et le quotidien, c’est difficile de prendre du recul, confie la jeune femme de 28 ans. Mais avec les médias, la télé, les premières photos, je vis ce moment et je suis émue. Je suis fière de travailler ici. » Et cela, l’ancienne enseignante et fonctionnaire l’a voulu plus que tout. « J’ai envoyé des tonnes de CV pour rentrer ici, en raison de ce que cette usine représente. Ici, j’ai l’impression d’être utile l’avenir de mon pays. »
Cette sensibilité aux enjeux économiques et politiques qui se jouent, Chris Gahetau, 28 ans, ne l’avait pas quand il a quitté Nouméa pour prendre un poste d’ingénieur à la planification des arrêts majeurs, en janvier 2011. « C’est en travaillant avec les collègues que c’est devenu mon usine et que j’ai pris goût à ce rêve. » A l’usine pyrometallurgique, il est aux premières loges de l’événement et la pression est là. Mais quelle école de formation ! « Je découvre que je gère plutôt bien le stress, poursuit-il. En deux ans, je me suis enrichi techniquement et humainement. C’est un challenge d’occuper ce poste avec le peu d’expérience professionnelle que j’avais. »
Pour le projeteur minier Bob-Daniel Apikaoua, ce n’est pas la coulée de nickel, mais plutôt la première fois que le convoyeur a transporté du minerai, l’an dernier, qui a représenté une grande étape pour lui. Il n’empêche, la première coulée n’est pas banale : « Je sens que je suis là au bon moment et que mon travail est utile. Ca me rend fier. » Ses sacrifices ont payé : à 18 ans, le jeune de l’Île des Pins est parti dans un CEGEP d’Abitibi-Témiscamingue, dans le nord du Québec, et est revenu au bout de trois ans avec un diplôme de génie civil en poche. Six mois plus tard, il était topographe sur le Koniambo.
Quand Joseph Méreatu, 52 ans, pense à tous ces jeunes qualifiés qui occupent des postes intéressants aux opérations de KNS, il ne peut s’empêcher de trouver que c’est une des autres réussites de cette usine : « Nous avons fait le pari de la formation dès le début, en ratissant large dans toutes tribus pour trouver des compétences locales, explique le contremaître logistique qui, était dès 1998, sur mine, aux études de pré-faisabilité avec Falconbridge. J’aimerais qu’un jour tous les postes de responsabilité soient occupés par des gens d’ici. Je ne le verrai peut-être pas, mais j’ai confiance que nous en serons capables. »
A d’autres égards, il se pose tout de même des questions : qu’est-ce qui se passera avec Glencore ? « La parole sera-t-elle respectée, comme elle l’a été avec Falconbridge et Xstrata ? » En attendant, l’heure est à la fête et une vingtaine d’«anciens» de l’usine comme lui se sont retrouvés la semaine dernière pour célébrer au champagne le cap qui se franchit aujourd’hui. « Maintenant, c’est aux jeunes de prendre le relais pour entreprendre la prochaine étape : arriver à 60 000 tonnes. Moi, mon devoir est fait. Et je suis comblé. »
Photos : A. P.
La joie du devoir accompli, Les Nouvelles Calédoniennes, 19 avril 2013.





