Installée depuis quatre ans, la coiffeuse Marilyn Despond retourne en Métropole. Par respect pour la population qui l’a accueillie, elle a choisi de former une jeune femme de Koumac et de lui céder son fonds de commerce.
Par Aude Perron
« Voilà, parfait… Tu es bien comme ça… , dit Marilyn Despond, en train d’observer Stéphanie Tein-Bai affairée à rafraîchir le dégradé d’une cliente. Ca me rappelle quand j’avais mon école de coiffure à Besançon. J’étais comme ça, derrière mes étudiantes, en train de regarder leur travail. » Ce matin, la coiffeuse professionnelle de 59 ans n’est pas en train d’enseigner son métier, mais c’est tout comme. Car d’ici quelques jours, celle qui a été consacrée meilleur ouvrier de France en 1986, s’en retourne justement en Métropole, après quatre ans passés sur le Caillou. Quatre ans durant lesquels elle a ouvert son petit salon à domicile et s’est constitué, au fil du temps, de bouche à oreille, une clientèle de quelque 300 personnes.
Trois cents clients, hommes, femmes, enfants, du village, de la tribu, qu’elle n’avait pas envie de laisser tomber. Elle a donc pris sous son aile Stéphanie Tein-Bai, 28 ans, originaire de Koumac, qui va reprendre son fond de commerce d’ici fin décembre. Depuis un mois, Marilyn forme la jeune femme qui compte déjà une dizaine d’année d’expérience dans différents salons de Nouméa. « Je voulais remonter dans le nord, confie Stéphanie, maman de trois enfants. J’ai commencé à coiffer à domicile. Quand Marilyn m’a parlé de cette affaire à reprendre, j’ai trouvé que c’était l’occasion de me lancer véritablement. Et ça se passe bien. »
« Ce que je fais, je le fais pour la clientèle, mais aussi pour Stéphanie, indique Marilyn. Elle est honnête, méticuleuse, discrète, elle respecte ses rendez-vous, elle veut travailler. C’est une battante. » Forte de quarante ans de métier ponctués de concours, de jurys et autres salons de mariés, Marilyn est ravie de transmettre ses techniques et astuces. « Je vais reprendre les mêmes méthodes et les mêmes produits bio qui sont utilisés dans ce salon. Je reprends même son numéro de mobile ! », lâche Stéphanie, en souriant.
C’est donc avec le sentiment du devoir accompli que Marilyn laissera son commerce et ses clients. Mais aussi, avec le cœur gros. « Mes meilleurs souvenirs ici, c’est quand j’allais coiffer en tribu pour des mariages. Tout le monde y passait : la mariée, les témoins, les filles d’honneur. Une fois que tu es acceptée par les gens d’ici, ça y’est, tu es des leurs. Tu fais partie de la famille. C’est pour cela que je tenais à me faire remplacer. Pour ne pas faire faux bond aux Calédoniens et Calédoniennes qui m’ont fait confiance. »
Photo : D. R.
La relève est assurée, Les Nouvelles Calédoniennes, 19 décembre 2013.

