Les partenaires du programme Icône, visant à contrôler les populations de cerfs, se sont réunis vendredi dernier, à la tribu de Ouengo pour dresser le bilan des récentes opérations. Un point a été particulièrement mis en avant : la présence majoritaire de cerfs femelles.
Aude Perron
Certains ont l’air fatigué, d’autres moins. Pourtant, cela fait deux semaines que les différents partenaires du programme pluriannuel Initiative pour le contrôle des ongulés sauvages en province Nord en faveur de l’environnement (Icone), orchestrent différentes opérations de chasse contre le cerf et le cochon sur des zones à fort enjeu de conservation de Hienghène et Voh. Vendredi, c’était l’heure d’un bilan préliminaire, en attendant la présentation, en avril prochain, d’un rapport complet aux élus de la Province Nord, bailleur de fonds du programme.
Le nombre de bêtes abattues pendant cette période est loin d’être miraculeux. « Mais nous n’espérions rien, rappelle Patrick Barrière, du Conservatoire des Espaces Naturels (CEN), un des partenaires d’Icone. La priorité n’était pas le résultat : c’était de tester l’efficacité, les contraintes techniques, la formation nécessaire et l’acceptabilité sociale de chaque méthode de régulation. » Contre le cerf, Icone a expérimenté, en ce début décembre, la régulation professionnelle en hélicoptère. Et dans ce cas, il fallait déjà tester sa faisabilité, tout court !
En ce qui a trait au tireur professionnel, c’est un garde-nature du New Zealand Department of Conservation, autre partenaire d’Icone, qui a apporté son concours. « Nous sommes reconnus pour notre contrôle des espèces envahissantes, comme le cerf, le rat ou l’opposum, explique Linda Te Puni, consule de la Nouvelle-Zélande à Nouméa, présente sur Ouengo pour connaître les résultats de l’opération. Nous voulons partager notre expérience, mais sans dire aux gens quoi faire : plutôt en les accompagnant. »
Cinq vols ont été effectués aux abords du Mont-Panié et un seul au-dessus de la forêt de kaoris de Ouengo, au-delà des zones habituelles de chasse. Une technique réalisable dans la plupart des habitats, donc, et surtout, en toute sécurité. Si aucun incident n’est à déplorer, cela n’avait rien d’évident au départ puisque l’hélicoptère n’a pas servi qu’au seul tireur professionnel. Il a aussi été utilisé pour larguer dans la Chaine des chasseurs pour des opérations de tir de nuit et à héliporter les cerfs tués. La formation dispensée préalablement par la Fédération de la Faune et de la Chasse (FFCNC), n’aura pas été de trop.
Avec la possibilité de récupérer et valoriser les carcasses (quand faire se peut), l’hélicoptère présente donc plusieurs avantages : régulation rapide, sur de grandes surfaces, dans des zones peu accessibles ou dangereuses. Lors des deux derniers vols, le binôme tireur-pilote avait trouvé son erre d’aller : en une heure, il couvrait 500 hectares en moyenne et un cerf à la minute était abattu. Taux d’efficacité par rapport aux animaux repérés : 61 % « L’hélico ne remplacera jamais les techniques de chasses au sol qui sont participatives, ajoute Patrick Barrière. Chaque méthode a ses avantages et inconvénients. Elles sont complémentaires. »
En attendant, l’hélicoptère a permis de voir à quel point la population de cerfs est déséquilibrée : « Avec le GPS, nous avons compté que 70 % des animaux sont des femelles. C’est une véritable bombe à retardement, insiste Patrick Barrière, car les biches peuvent se reproduire dès l’âge d’un an et faire jusqu’à trois petits en deux ans. Sachant que l’espérance de vie est de 20 ans, je vous laisse imaginer à quel point la situation est explosive ! »
Légende : Une vingtaine de chasseurs s’apprêtent à être largués par hélicoptère dans la Chaine pour une nuit de chasse au sol avec projecteur.
Trois questions à Van Duong Dang, chef de service, Service des milieux et ressources terrestres, Province Nord
Quel est le but du programme Icone ?
Il doit fournir à la collectivité des éléments de cadrage pour une stratégie provinciale de lutte contre le cerf et le cochon. Chaque technique de chasse est évaluée selon son efficacité, le coût de son organisation, la sécurité, la surface à réguler, etc. Nous allons maintenant produire un bilan que nous présenterons aux élus en avril prochain.
Comment ont été perçues vos actions ?
Les partenaires et les gens sur le terrain (chasseurs, tribus) ont bien compris les enjeux et se sont mobilisés. L’acceptation sociale est incontournable pour mener ce programme, encore plus dans le cas du tir par hélicoptère. Les gens doivent aussi comprendre que les carcasses ne pourront pas toujours être valorisées, question d’accessibilité et de sécurité. Il y aura toujours un travail d’animation et sensibilisation à faire en amont.
Quel sera le rôle du DoC à l’avenir ?
La participation du DoC dans Icone n’était pas prévue au départ. Mais en juillet 2012, un chasseur professionnel est venu faire un vol de reconnaissance et trouvait que le tir par hélicoptère était une technique réalisable. Nous l’avons donc testé. Si la Province décide de mettre en œuvre une coopération avec le Doc, nous aurons peut-être des relations plus structurées avec eux. Ce sera une coopération sur plusieurs niveaux : technique, stratégique et formation, entre autres. En vue de cela, il va falloir dégager de nouvelles ressources.
Photo : A. P.
Une bombe à retardement, Les Nouvelles Calédoniennes, 20 décembre 2013.

