La tenue commune fait grincer les dents des commerçants

Si le passage à la tenue commune semble faire l’unanimité, il en va autrement pour les commerçants de vêtements pour enfants. Ils craignent un impact négatif sur les ventes.

Par Aude Perron

Les parents sont très majoritairement contents. Leur progéniture pourrait râler un peu, mais elle s’y fera bien vite. Dans ce concert de voix, seule celle des commerçants de vêtements pour enfants détonne. Pour eux, la prochaine rentrée scolaire sera un vrai coup dur. Il y a deux semaines, l’assemblée a voté une délibération sur la création du service public de la tenue commune de la province Sud ainsi que sa délégation à un prestataire choisi sur appel d’offres pour cinq ans. Un important marché de fabrication et de distribution de 100 000 polos et 20 000 vestes polaires portant le nom de chacun des 96 établissements publics de la province. À la rentrée 2017, ce sera donc polo commun pour tous les élèves de primaire.

Du stock en trop

Pour les commerçants de vêtements pour enfants ou pour la famille, fini les quelques jours, voire semaines précédant le jour J, où l’on se bouscule entre les rayons pour réapprovisionner sa garde-robe. « Pendant les grandes vacances, les enfants ont poussé, davantage les élèves de primaire que les collégiens. Tout le monde a besoin de faire le plein et se prend au jeu de se faire beau pour la rentrée », explique la vendeuse d’une boutique établie depuis une quinzaine d’années au centre-ville. Cette dernière se dit favorable au principe de la tenue commune, en revanche, « pour les commerçants, c’est un coup dur. Cela va même être fatal pour certains. » Et d’évoquer la fermeture de certains concurrents l’an dernier.

À quelques rues de là, l’inquiétude est encore plus palpable. « Le mois de février est une bouffée d’oxygène pour nous. Si on nous retire ça, je ne sais pas comment on va faire. On va devoir débaucher », envisage cette commerçante qui emploie sept vendeurs. « En plus, j’ai déjà passé mes commandes pour la rentrée prochaine. Je vais rester avec plein de stock sur les bras ! poursuit-elle. J’ai un sentiment d’injustice. Nous aussi, les petits, nous faisons vivre l’économie et nous n’avons pas de retraite. »

Un autre grand magasin du centre-ville, qui vend des vêtements pour toute la famille, pensait tirer son épingle du jeu grâce à la possibilité, pour les établissements, d’acheter des basiques et de les faire floquer, comme le font les écoles et les collèges déjà passés à la tenue commune.

Pas de flocage

Or, mauvaise nouvelle : cela ne sera pas possible puisque la totalité du marché – soit les quelque 20 000 kits de cinq polos et une veste polaire – sera confié à un seul fournisseur. « On va voir comment ça s’annonce, lâche le responsable de l’enseigne qui précise que la rentrée est la période où les ventes enfants dépassent celles des femmes. On va essayer de trouver des solutions pour pallier la situation. »

Une enseigne pourrait peut-elle prétendre à cet immense marché ? Pourquoi pas, répond Monique Millet, la présidente de la commission de l’Enseignement de la province Sud. « Si des commerçants, avec leurs réseaux, sont capables de répondre au cahier des charges qui est très strict en matière de couleur, grammage, délais, distribution, alors qu’ils répondent à l’appel d’offres. Notre choix n’est pas du tout fait. Toutefois, nous allons le faire très sérieusement. On ne peut pas se permettre de rater la rentrée. »

La tenue en chiffres

96 établissements primaires publics (maternelles et primaires) dans toute la province Sud

20 600 élèves

103 000 polos

20 600 vestes polaires

Photo : A. P.

La tenue commune fait grincer les dents des commerçants, Les Nouvelles Calédoniennes, 18 mai 2016.

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