Le Belyd, au service du rééquilibrage économique

Hier, au wharf de Gatope, la société Sowemar a accueilli et fait baptiser un remorqueur de haute mer. Un autre pas vers l’insertion des entreprises kanak dans le développement économique et vers le rééquilibrage.

Par Aude Perron

Il est arrivé en toute discrétion, sur les coups des sept heures du matin, glissant sur une mer d’huile, après un périple houleux qui a commencé en Malaysie, il y a trois semaines. « Il », c’est le Belyd, le tout nouveau remorqueur de haute mer dont la Sowemar (à travers une nouvelle entité, Transweb) vient de faire l’acquisition. Et en franchissant la passe du Roc, hier matin, le bateau donnait l’impression de rentrer dans la case.

C’est un moment fort pour Sowemar, la jeune société kanak qui réunit dans son capital la Sofinor (49 %), le clan Poithily (46 %) et le CP bord de mer (5 %), de Voh jusqu’à Poya. « Nous sommes contents, confie Victor Tutugoro, président de la Sofinor. C’est notre premier investissement. Qu’une société kanak se taille une place dans le transport maritime, un créneau d’activité difficile d’accès, c’est un symbole fort. Cela n’a pas été facile de se positionner, mais le partenariat avec KNS a été déterminant pour en arriver là aujourd’hui. » 

Le Belyd, c’est l’aboutissement d’un projet d’entreprise de transport martime, en gestation depuis 2006. En juin 2010, déjà, une partie du projet voyait le jour avec la création de la SAS Sowemar, une société d’assistance portuaire dont les deux remorqueurs accompagnent les navires qui entrent dans le port de KNS. Aujourd’hui, une nouvelle étape est franchie : une nouvelle entreprise a été créée, Transweb, pour faire l’acquisition du Belyd et inclure, aux côtés de la population locale, le Groupe Hesnault, partenaire financier de l’aventure. L’investissement se chiffre à quelque 250 millions de francs et pourrait faire l’objet d’une défiscalisation. « Trouver le financement, c’est vraiment le nerf de la guerre », confirme Jean Poithily fils, président de Sowemar.

Fort de ses 23 mètres de long, ses 7 mètres de largeur et ses deux moteurs de 600 chevaux chacun, le navire est destiné à faire du cabotage, entre Nouméa et le port de Vavouto : transporter des containers, des marchandises, des engins en réparation, etc. « Ce remorqueur de haute mer est à la disposition de KNS, explique Jean Poithily fils. Notre priorité, c’est de fournir des services de transport maritime à l’industriel. Mais nous pourrions également faire du transport jusqu’aux Loyautés, à Fidji ou au Vanuatu. » « On va commencer doucement et se familiariser avec ce nouvel outil de travail. Après, on s’intéressera à d’autres marchés pour répartir notre risque », abonde Victor Tutugoro.

L’exploitation du nouveau remorqueur pourrait commencer dès la fin de la semaine prochaine, avec le transport de containers de Nouméa au port de Vavouto. « On a déjà beaucoup de rotations prévues. La demande est là », assure Jean Poithily. Ce n’est pas Jacques Saint-Pierre qui va le contredire. Le directeur des services techniques de KNS était présent pour voir de ses propres yeux ce nouvel outil de travail dont l’industriel devrait profiter avant la fin de l’année. « Cela va nous soulager. Nous sommes vraiment demandeur pour ce genre de transport. D’ailleurs, nous voulons formaliser notre activité avec Sowemar. Nous sommes actuellement en pourparlers avec eux pour établir un contrat. »

Encadré : 106 milliards engagés par KNS

L’association Ecko (Entreprises calédoniennes pour le projet Koniambo) travaille à ce que les entreprises locales profitent le plus possible des retombées économiques de la construction de l’usine du Koniambo. Le cap des 100 milliards de francs de retombées a récemment été atteint à la mi-2011.

Quelques faits saillants :

  • 260 contrats de marché de travaux attribués
  • 9100 commandes générées
  • 177 entreprises locales bénéficiaires de contrats directs
  • 38 % des contrats attribués à des entreprises de VKP
  • 15 % des contrats attribués à des entreprises de la province Nord (hors VKP)
  • 47 % des contrats attribués à des entreprises de la province Sud

Sectorisation des retombées, dépensées et engagées :

  • Construction : 37 %
  • Terrassement : 24 %
  • Services et transports : 18 %
  • Commandes (achats directs) : 12 %
  • Maritime : 5 %
  • Environnement, hygiène et sécurité : 4 %

Photo : A. P.

Le Belyd, au service du rééquilibrage économique, Les Nouvelles Calédoniennes, 8 décembre 2011.

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