Les touristes d’affaires sont encore irréguliers en Nouvelle-Calédonie, mais leur venue pourrait s’intensifier. Le pays est en train d’apparaître sur les radars pour l’organisation de voyages de motivation et autres réunions d’affaires.
Par Aude Perron
«Punchy », « wow », « exclusif ». Ce sont les mots d’ordre lorsque, dans l’industrie touristique, on travaille avec les Mice. Ce sigle signifie Meeting, incentive, convention, exhibition (réunion, motivation, convention et exposition).
Derrière ce jargon anglo-saxon se cache un segment du marché touristique moins connu, mais qui pourrait prendre de plus en plus d’importance en Calédonie, de par son intérêt.
Les groupes Mice réunissent des gens d’affaires – entrepreneurs, salariés… – qui viennent sur le Caillou trois à quatre nuits pour assister à une conférence, lancer un produit, profiter d’un voyage de récompense ou de « team building ». Mais ce ne sont pas n’importe quels touristes, précise Stéphanie Edwards, de l’agence Arc-en-ciel Voyages, dont le site web a une page dédiée aux Mice. « On ne peut pas leur proposer un package figé. Ils veulent du sur-mesure et quelque chose de punchy. »
En clair, il faut être créatif et leur en mettre plein les yeux : tour des baies en segway, dégustation de cocktails dans un golf, pique-nique broussard, privatisation d’îlots ou boîtes de nuit, tout est possible.
Clichés. « Ce sont des personnes qui ont les moyens de venir en Calédonie, donc il faut leur offrir des choses qu’ils ne peuvent pas obtenir s’ils venaient seuls. Ils ne veulent pas faire ce que les autres touristes font. Ils veulent de l’exclusivité », abonde Jennifer Lee, directrice commerciale du groupe Starwood, qui reçoit des Mice depuis l’ouverture du Méridien, en 1995. Ce créneau représente entre 10 et 20 % des clients de l’hôtel. Et il faut les faire rêver, notamment ceux pour qui le séjour en Calédonie doit venir récompenser la performance annuelle dans l’entreprise. « La destination est dévoilée à la fin de l’année aux vendeurs et elle doit être attirante pour qu’ils aient envie de performer », ajoute-t-elle.
La Calédonie, qui rivalise pourtant avec les autres destinations Mice, telles que Bali, Fidji, Hawaii ou la Thaïlande, possède de nombreux atouts. La nouveauté d’abord, puisque dans ce marché de niche, elle apparaît tout juste aux yeux du monde. « Nous avons la proximité, des lignes directes, pas de décalage horaire », ajoute Julie Cassin, directrice des ventes Australie et Nouvelle-Zélande, à GLP Hôtels. Autre avantage : la « French touch » et ses clichés, mais surtout sa gastrononomie, très appréciée.
Ambassadeurs. Autant d’ingrédients sur lesquels on n’hésite pas à capitaliser en proposant tables réputées et cours de cuisine. Au niveau du prix, les forfaits proposés sont encore concurrentiels, grâce notamment à des tarifs négociés. Seul ombre au tableau : les prix et la disponibilité des vols, même si des efforts sont consentis par les transporteurs.
S’il faut être « très réactif et ne pas s’essouffler », recevoir des Mice est un jeu qui peut en valoir la chandelle : « C’est un segment lucratif, confirme Jennifer Lee. Certes, ils ont des budgets à respecter, mais il n’y a trop de sensibilité au prix. » « Les Mice sont des groupes intenses. Mais s’ils sont contents, ils vont nous faire la meilleure des communications », analyse Julie Cassin qui a reçu la semaine dernière trente-cinq de ces touristes pour un séjour de quatre nuits à l’Escapade de l’îlot Maître, laissant derrière eux une petite facture de sept millions de francs.
Stéphanie Edwards croit dur comme fer au potentiel de ce créneau. Mais il ne faudra pas se reposer sur ses lauriers : « Nous sommes dans une démarche de séduction et nous sommes de plus en plus visibles. Mais dans un deuxième temps, il va falloir consolider et maintenir l’accessibilité à la Calédonie. »
Repères
Bonjour voisin !
Lancée en août dernier, « Hello neighbour » est une ambitieuse campagne destinée aux Australiens, qui joue la carte de la proximité. Impossible de connaître le coût de cette opération. Mais avec 136 000 francs de dépenses par touriste et par séjour, le GIE NCTPS (Nouvelle-Calédonie tourisme point Sud) assure qu’il y a un fort retour sur investissement. Depuis 2014, le GIE déploie moult efforts pour faire connaître la Nouvelle-Calédonie auprès de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Japon. Chez Starwood, on confirme que les résultats sont là : « Entre juin 2014 et juin 2015, nous avons reçu 40 % de touristes australiens en plus. » Les efforts se poursuivent : jeudi soir dernier, à Sydney, NCTPS, la FNC et Avenir Export ont convié entrepreneurs et tour-opérateurs australiens à l’occasion d’un apéritif (organisé en marge de la conférence Smart cities et du salon Fine foods). « L’objectif est de créer des passerelles entre les secteurs du tourisme et de l’économie. Nous mettons en valeur la destination, mais également les produits locaux calédoniens », explique Julie Laronde, directrice adjointe de NCTPS.
PCO tout-puissants
Ceux qu’il faut séduire pour attirer des Mice sur le Caillou, ce sont les Professional congress organisers (PCO). Ces entremetteurs créent un package clé en main pour le compte de l’entreprise cliente. Ils sont énormément sollicités et ont tendance à avoir tout vu et tout fait, ce qui les rend « difficiles », voire « pénibles ». Des salons en Australie et en Nouvelle-Zélande sont dédiés exclusivement au marché des Mice. C’est le meilleur endroit pour y croiser les PCO qui y font leurs prospections.
Le chiffre
136. C’est en milliers de francs le montant dépensé en moyenne par un touriste (hors transport aérien) en 2014 en Calédonie, selon l’Isee. Les Japonais sont les plus dépensiers avec 190 000 francs par personne et par séjour. Suivent ensuite les Métropolitains (151 814 francs), les Néo-Zélandais (135 064 francs) et enfin, les Australiens (111 226 francs).
Questions à… Sheridan Randall, éditeur de CIM Magazine
Les Nouvelles calédoniennes : Quelle est l’importance du marché australien des Mice ?
Sheridan Randall : Il est de plus en plus reconnu par le gouvernement australien comme un marché qui contribue au PIB, puisque les touristes d’affaires et les délégués internationaux dépensent cinq fois plus que les touristes de loisirs. Ils ont aussi tendance à revenir pour des vacances après avoir expérimenté une destination dans le contexte du travail.
Que recherche le client australien qui organise un Mice ?
Il est certain que le budget compte. Mais il recherche de plus en plus l’authenticité. Les gens voyagent bien plus qu’avant, donc il faut pouvoir offrir quelque chose qu’ils ne pourraient pas trouver ailleurs. La gastronomie compte pour beaucoup, que ce soit à travers la découverte d’ingrédients locaux ou alors de techniques de cuisine. La facilité de faire des affaires est également une priorité. Enfin, trouver dans une seule destination plusieurs sous-destinations est également un atout.
Justement, quels sont les atouts de la Calédonie ?
La Nouvelle-Calédonie est unique, il n’y a aucun autre endroit pareil. Elle est très proche de nos villes de la côte Est, à seulement trois heures de vol. C’est un argument de vente énorme. Ensuite, vous vous sentez dans un endroit complètement différent, avec le mélange des cultures française et kanak. C’est très appréciable de pouvoir s’immerger dans la culture française sans avoir à parcourir le monde. Ajoutez à cela l’excellente nourriture, des paysages éblouissants et vous avez une combinaison gagnante.
Que devrions-nous faire mieux ?
Passez le mot. La Calédonie est un joyau qui reste à découvrir.
Photo : NCTPS
Le business des séminaires, Les Nouvelles Calédoniennes, 21 septembre 2015.

