Le haeke s’est fait une place à l’école

Une délégation calédonienne et polynésienne du milieu de l’éducation est venue récemment livrer à la province Nord les résultats de sa recherche sur l’école plurilingue. Mais avant cela, elle a fait un détour par Les Allamandas où est enseigné le haeke.

Par Aude Perron

Les élèves de maîtresse Kafa sont tout ouïe. En ce mercredi matin, comme à l’habitude, le petit groupe de Moyenne Section a classe de haeke pendant 45 minutes. Pas un mot de français ne s’échange. Et à la demande de la maîtresse, les petits vont identifier leur nom au tableau, chantent des chansons, récitent les jours de la semaine et comptent jusqu’à dix et même plus. 

C’est la deuxième année que le haeke est enseigné aux Allamandas. Cependant, ce qui est différent ce matin, c’est qu’une petite délégation composée de l’Université de Nouvelle-Calédonie, de l’Education Nationale et de l’Académie des Langues Kanak est présente en observation. « Les pratiques sont intéressantes et innovantes dans les classes de langue, fait remarquer Véronique Fillol, maître de conférences de sciences du langage à l’Université de Nouvelle-Calédonie.  La langue est enseignée par pédagogie de projets. »

La Nouvelle-Calédonie est engagée depuis 2006 dans la généralisation de l’enseignement des langues vernaculaires au primaire. Au cycle 1, il n’y aurait pas de difficulté. Mais dans les cycles suivants du primaire, c’est autre chose, car il s’agit d’enseigner les fondamentaux (lecture, écriture, mathématiques) en langue. Et dans ce cas, l’enseignement ne peut pas s’appuyer seulement sur une personne locutrice. « Les enseignants ne sont pas suffisamment outillés ni valorisés, déplore Véronique Fillol. Il faudrait qu’ils soient accompagnés et fassent des stages de formation continue. »

Ainsi, alors que le pays a fait avancées institutionnelles importantes en matière  d’enseignement des langues vernaculaires, on ne peut pas en dire autant sur le terrain. A qui la faute ? Bien des facteurs entrent en ligne de compte. Mais une chose est certaine, il aurait un manque de coordination entre la DENC et les provinces qui se partagent le complexe dossier, selon Véronique Fillol. 

Mais les avantages de l’enseignement des langues l’emportent largement sur les difficultés rencontrées. Les effets sont « super positifs » sur le plan intellectuel, de la confiance en soi, de l’ouverture au autres et de l’élocution. Il faut donc poursuivre dans cette voie. L’école idéale ? « Ce serait une école pragmatique et souple où les élèves pourraient apprendre les fondamentaux dans leur langue maternelle », estime Véronique Fillol.

Photo : A. P.

Le haeke s’est fait une place à l’école, Les Nouvelles Calédoniennes, 3 novembre 2010.

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