Le 5 septembre dernier, un cargo, en provenance de Qingdao en Chine et transportant quatre modules de 8 520 tonnes, a accosté au port de Vavouto. Un ballet spectaculaire, et surtout un moment fort et très attendu dans la construction le l’usine qui progresse à vive allure. Le rêve de Jean-Marie Tjibaou prend forme…
Par Aude Perron
Ce ballet spectaculaire se répétera trois autres fois dans le courant des prochaines semaines, 17 modules devant être assemblés, à terme, sur le site, par des moyens de levage sophistiqués. Ils formeront une usine pyrométallurgique qui, une fois entrée en production vers la mi-2012, traitera, concentrera et affinera le minerai.
Le projet prend forme. À la fin du mois d’août dernier, la dernière pièce de la cheminée de la centrale électrique a été hissée. Cette structure de 135 mètres – la plus haute de tout le pays – est visible à plusieurs kilomètres du site. Par ailleurs, le viaduc de la RT1, qui doit permettre de faire passer sous la circulation automobile un convoyeur terrestre de 11 km destiné à acheminer le minerai du massif au parc de tri et de stockage, progresse lui aussi à grands pas.
A ce jour, 60 % des travaux – ingénierie, terrassement, modules, construction et approvisionnement – ont été réalisés. En visite sur le Caillou en août dernier, Dominique Dionne, vice-présidente des affaires corporatives chez Xstrata Nickel, s’est déclarée « enchantée de la progression des travaux. Le projet est en bonne voie et respecte les échéanciers. Il y a beaucoup d’excitation », relevait-t-elle, faisant référence à l’arrivée des modules.
Cependant, Dominique Dionne n’est pas la seule à effectuer sa tournée paroissiale à Vavouto… Depuis quelque temps, le chef de la direction de Xstrata Nickel, Ian Pearce, pose ses valises une semaine par mois en province Nord pour surveiller le déroulement selon les plans du projet. Ces visites n’ont rien d’une mauvaise nouvelle, assure-t-on chez KNS. Il est en effet logique qu’avec un investissement de 3,85 milliards de dollars US – c’est le plus grand projet au monde – le partenaire industriel de la SMSP ait envie de veiller au grain… Si du retard est pris dans le calendrier, les coûts s’emballeront. Et Xstrata Nickel, qui veut prouver qu’elle peut construire une usine de classe mondiale dans les temps et les budgets impartis, ne peut se permettre de faux pas.
Contre toute attente, la crise financière qui a secoué la planète entière, il y a deux ans, est venue donner un coup de pouce aux efforts du major du nickel pour respecter son budget. Elle a permis de mettre fin à la surchauffe économique qui faisait exploser les coûts du moindre équipement et service, notamment du transport maritime. « La crise a fait baisser les coûts », confirme Denis Lachance, président de Koniambo Nickel SAS. « On a pu renégocier les contrats. Et du personnel est devenu disponible car des projets dans le monde étaient arrêtés ou reportés».
Et après ?
Cependant, il faudra aussi gérer la démobilisation qui se profile aussi rapidement que l’usine prend forme. « Pendant cette période, il y a du travail pour les entreprises. Mais quand celle-ci sera terminée… », relève Réjean Carrier, directeur du site. Quelque 2 300 personnes sont actuellement à pied d’œuvre sur le site et cette masse atteindra son apogée à la mi-2011, avec environ presque 6 000 employés. À partir de là, c’est le début de la fin à mesure que s’achève la construction. Les installations qui soutiennent ces travailleurs, telles la base-vie et la cantine qui emploient majoritairement des femmes, n’échapperont pas à ce mouvement et disparaîtrons Ne resteront en place que les opérations. Dans certains corps de métiers comme le terrassement, cette démobilisation a déjà commencé, provoquant la grogne des entreprises.
En revanche, les perspectives autour du démarrage sont toujours aussi positives. En phase de commercialisation, on estime que le coût pour produire une livre de nickel s’élèvera à 2,00 $ US (source : site web Xstrata plc, 2007), situant ainsi l’usine dans le premier quart des usines des unités les plus productives dans le monde. Ce résultat s’explique par la teneur du minerai (2,4 %). Aussi, les latérites dont il est extrait se trouvant en surface du massif, les coûts d’extraction demeurent faibles et le site industriel présente l’avantage d’être intégré.
Pour rentabiliser l’investissement, ne reste plus qu’à parier sur un bon prix du nickel au moment du démarrage et dans les années à venir. Pour le moment, le cours de l’or vert semble remonter progressivement, avec le retour de la demande chinoise et mondiale pour de l’acier inoxydable. Selon un récent rapport de la banque canadienne TD, la livre de nickel devrait se vendre en moyenne 9,24 $ US et 8,56 $ US en 2010 et 2011. Et en 2012, au moment du démarrage de l’usine ? Mystère. « Je n’ai pas de boule de cristal. Tout ce que je peux dire, c’est que notre arrivée sur le marché va se faire à un bon moment », conclut Denis Lachance.
Feuille de route
– Septembre 2010 : arrivée des modules et début de l’assemblage
– Octobre 2010 : fin des travaux des fondations de la centrale thermique et du convoyeur de minerai
– Juin 2011 : fin des travaux de réseaux enfouis et de surface
– Septembre 2011 : fin des travaux du viaduc de la RT1
– Novembre 2011 : montage de l’usine métallurgique complété
– Mi-2012 : démarrage de l’usine
– 2014 : exploitation à pleine capacité
Zoom
– Investissement : 3,85 milliards $ US
– Répartition du capital : 49 % Xstrata et 51 % SMSP
– Teneur en nickel des réserves minérales : 2,40 %
– Plan d’exploitation : 25 ans
– Production : 176 000 tonnes de ferronickel contenant 60 000 tonnes de nickel
– Employés : 2300 (6000 à la mi-2011)
Modules de l’usine : enfin là !, Objectif, octobre-novembre 2010, p. 52-54
Photo : KNS

