Petit village deviendra grand

Sous l’impulsion de l’usine du Nord, Koné s’apprête à devenir la cinquième ville de Nouvelle-Calédonie. Dire que cette croissance comporte son lot de défis tient de la litote ! Maire de la commune depuis 2001, Joseph Goromido tente de naviguer à travers ces changements et faire de Koné une ville océanienne où il fait bon vivre pour chaque citoyen.

Par Aude Perron

Le premier feu rouge de la RT1. Voilà ce qui devrait surgir dans la commune de Koné d’ici la fin de l’année prochaine, tant la circulation est dense le matin et le soir, aux heures de pointe. Les voitures défilent les unes derrière les autres et il faut s’armer de patience pour pouvoir traverser de l’autre côté de la rue principale. En cause ? L’usine du Nord qui dans son sillage, génère un développement sans précédent sur la zone VKP, formée par les communes de Voh, Koné et Pouembout. Mais c’est à Koné, capitale de la province Nord, que cette effervescence est la plus visible.

Si la petite commune comptait 6 416 habitants au dernier recensement, il est certain que ce n’est déjà plus le cas aujourd’hui. Et le portrait n’est pas prêt de s’arrêter de changer puisqu’en 2014, Koné devrait en compter 14 000. Alors, il ne fait aucun doute que Joseph Goromido, le maire de Koné, a quelques défis à relever : nouveaux lotissements, rénovation et construction d’écoles, agrandissement et goudronnage du réseau routier, électrification et assainissement des zones qui se développent, alouette ! 

Bref, les chantiers ne manquent pas. Une des priorités pour Joseph Goromido, c’est que cette croissance profite à tout le monde et notamment aux neuf tribus que compte la commune. « Le rééquilibrage, c’est entre le Nord et le Sud, mais c’est aussi entre l’Ouest et l’Est », fait-il remarquer de sa voix douce et posée. Si c’est difficile à faire, avoue-t-il, il n’en demeure pas moins que plusieurs projets dans ce sens sont en train de voir le jour sur du foncier coutumier : 38 logements locatifs sur les terres du Groupement de droit particulier local (GDPL) Poadjane, les 23 lots viabilisés de la zone artisanale de Baco, le parc d’aménagement du GDPL de Baco (15 logements, un cinéma, une salle de spectacle, une gare routière, le musée Lapita, des entreprises et des commerces) et l’école Atitu, à Poindah, qui doit accueillir, dès 2011, les élèves du CE2 au CM2 des tribus environnantes.

Ce développement sur des terres coutumières, qui représentent 56 % des 374 km carrés du foncier de Koné, est d’autant plus important que le foncier de droit commun commence à manquer. « Il y reste encore des possibilités, mais il y a de la spéculation », note le maire. En effet, le prix de l’are est de moins en moins donné. Il vient même de franchir la barre du million de francs : les lots du nouveau lotissement Face à la mer, avec vue sur la baie de Foué, se vendent entre 960 000 F et 1 100 000 CFP l’are. Une bonne nouvelle ? « Pas exactement », avoue le maire, reconnaissant cependant que la taxe d’aménagement communale s’appliquera. Mais compte tenu de la pénurie de logements qui sévit sur la zone VKP en ce moment, déjà 45 des 101 lots de la première tranche ont trouvé preneur en deux mois de commercialisation. Le marché immobilier de Koné devrait toutefois se détendre à mesure que les projets sortent de terre. En tout, 1500 logements devraient émerger d’ici 2013, dont environ 400 d’ici février prochain. 

Cela signifie toutefois plus de pression sur les finances de la mairie. Pour tous ses projets (voir encadré), Joseph Goromido cherche 13 milliards de francs ! Et c’est là où le bat blesse : son budget, à 2 milliards CFP en 2010, n’augmente pas aussi vite que ses besoins. En effet, les dotations du gouvernement aux communes sont basées sur plusieurs critères dont la population (43 % de coefficient dans ce calcul d’attribution), la superficie, le nombre d’enfants, etc. C’est ainsi que Koné, forte de ses quelque 6400 habitants au recensement de 2009, pèse seulement 2,39 % dans la répartition fiscale du gouvernement aux communes. Comment donc avoir les moyens de ses ambitions dans ces cas-là ? « On n’a pas de marge de manœuvre », résume le maire, sans lever la voix. 

Une toute petite bouffée d’oxygène arrivera de la mise en place de la taxe communale d’aménagement (TCA), fixée à 4 % pour toute catégorie, exception faite des logements sociaux (2 %) et qui générera 50 millions francs. En ce qui a trait aux  4 milliards nécessaires pour réaliser d’urgents travaux d’adduction en eau potable, d’assainissement et de gestion des déchets, un système de double défiscalisation pourrait permettre de financier à hauteur de 65 % ces investissements. Autrement, ils pourraient figurer au prochain contrat de développement. « Sinon, je prendrai mon bâton de pèlerin et me rendrai en Métropole », envisage Joseph Goromido.

Quand il regarde autour de lui, le maire de Koné est toutefois encouragé : « Malgré le manque de moyens, on fait des choses. Le changement a effectivement lieu. » En effet, c’est 300 millions de francs par an qui ont été investis dans sa dernière mandature. Modeste, il explique que si les choses avancent, c’est davantage par sa majorité politique, que par son étiquette, l’UNI. Reste à savoir si Koné maîtrisera ces bouleversements et deviendra une ville océanienne comme Suva, à Fidji, qui inspire Joseph Goromido. « Il faut que les gens trouvent leur place à Koné et tout le nécessaire pour bien y vivre. »

Qui est Joseph Goromido ?

Joseph Goromido est né en 1959, à Netchaot. Après un bac scientifique, il obtient à 26 ans une Licence en sciences sociales de la faculté catholique de Lyon. En 1986, il œuvre comme chargé de mission à la région Nord, présidée par Jean-Marie Tjibaou. Après avoir fait partie de la 1ere promotion « 400 cadres », il entre en 1989 au service du développement économique de la Province nord puis fonde, en 1992, une entreprise de maçonnerie. En 1995, il devient le premier adjoint UNI du maire de Koné de l’époque, Marcel Nedia. Elu maire de Koné en 2001, est réélu en 2008.  Joseph Goromido est également membre du Congrès depuis 2004.

Mairie cherche 13 milliards CFP

Réhabilitation et goudronnage de la moitié des 221 km de réseau routier : 4 milliards CFP

Tronçon de 9 km de la route de contournement de Koné : 1,5 milliard CFP

Travaux d’adduction d’eau, assainissement et déchets : 4 milliards CFP

Construction et rénovation des écoles publiques : 1,5 milliard CFP

Équipements sportifs et socio-éducatifs : 2 milliards CFP

Koné en chiffres

Population : 6416 habitants

Superficie : 374 km carrés

Nombre de tribus : 9

Enfants scolarisés au primaire : 871

Réseau routier : 221 km

Distance de Nouméa : 280 km

Photo : A. P.

Petit village deviendra grand, Objectif, octobre-novembre 2010, p. 38-39

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