L’eau fait des vagues sur VKP

L’an dernier, VKP a failli manquer d’eau et la menace subsistera tant que la ressource restera précaire, faute d’investissements engagés. Pourtant, l’augmentation de la population dans la zone, les besoins des agriculteurs et les perspectives de développement économique appellent à une solution rapide et adaptée. 

Par Aude Perron

Quand il s’agit d’eau, Pascal Goffinet n’y va pas par quatre chemins : « La réserve est insuffisante, tranche l’élu municipal de Pouembout. On joue avec le feu en permanence. La vraie catastrophe est à portée de main ». En 2010, en effet, trois éléments sont entrés en collision, générant une certaine commotion. D’abord, cadeau de El Nino, il y a eu un coup de sec sévère avec des précipitations en dessous des normales : 800 mm de pluie au lieu des 1100 mm attendus. Conséquence : dans certains endroits, l’eau du robinet était marron, car mélangée à de la boue, comme à la tribu de Bopope, dont les habitants ont fini par bloquer la transversale vers la Côte est, pour alerter les autorités. De plus, en février, des barrages antisel sur VKP ont été submergés par la marée. Résultat ? Le temps que la Province adoucisse l’eau contaminée par le sel, les agriculteurs n’ont pu arroser pendant une semaine, mettant en péril le démarrage de certaines cultures. Et les deux phénomènes se sont produits dans une zone dont les débits des bassins versants sont déjà peu élevés et qui se développe à la vitesse grand V.

« Ce qui s’est passé l’an dernier est un concours de circonstances, mais cela a révélé par avance le problème qu’on redoute, estime Pierre Devillers, du Service aménagement et gestion de l’eau, à la Province Nord. C’est un révélateur ; un avertissement avant le gros pépin. » Et une toute récente étude du bureau A2EP vient ajouter de l’eau au moulin : le biseau salé, qui représente la limite entre les eaux salée et douce sous la surface continentale, serait en train d’avancer dans les terres au risque de contaminer la nappe et remonter dans les forages municipaux. À Pouembout, il serait même à 800m à l’aval des pompages. Est-ce un signe de surexploitation de la ressource ? Si la Davar est dubitative, Pierre Devillers estime qu’il s’agit là d’une hypothèse qu’on ne peut écarter.

Une chose demeure : il faut mieux gérer l’eau. Le hic, c’est le manque de connaissances. Pour cette raison, mais également pour éviter que la pression sur la ressource dégénère en conflits d’usage et freine le développement de la zone, la Province Nord a mis sur pied, il y a un an, le Comité de gestion de l’eau VKP qui réunit, environ chaque deux mois, toutes les compétences concernées par l’eau : la Province Nord, la Davar, la Dimenc, Météo-France, des élus municipaux et provinciaux, l’industriel KNS et le Sivom VKP. Le groupe de réflexion a pour objectif de faire l’état des lieux et surtout de faire avancer la connaissance sur la ressource sur VKP : quel est le potentiel aquifère superficiel et souterrain ? Quels sont les besoins actuels et futurs ? Comment y répondre ? Quels sont les risques ? « On manque de connaissances, fait remarquer Luc Bataillé, de la Cellule Koniambo, qui a co-piloté la mise sur pied du Comité. C’est difficile de prendre des décisions éclairées dans ce contexte. »

Avant de mettre en place des solutions pour exploiter plus d’eau, il faut déjà savoir quels sont les volumes prélevés dans les rivières. Sur les bassins de Voh, Koné et Pouembout, on compte une centaine de captages, dont les volumes prélevés vont de 2 m3 d’eau par jour (pour un particulier) jusqu’à 4800 m3 d’eau par jour (pour un cultivateur de maïs). Le problème, c’est que seulement la moitié de ces captages sont autorisés. La Davar a réalisé un inventaire des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) prioritairement sur le bassin versant de la Pouembout, en 2007, car classé sensible en 2005. « Il faut remettre à plat toutes les autorisations, explique Valérie Gentien, de l’Observatoire de la ressource en eau, à la Davar. On va demander les calendriers d’arrosage des agriculteurs pour savoir qui a besoin de quoi. Il faut les persuader de rentrer dans les clous pour sécuriser la ressource. Le Comité a validé le principe de remettre à jour et préciser cet inventaire très rapidement. »

Cependant, pour les nouvelles demandes de prélèvement, il faudra peut-être s’armer de patience car la Davar vient d’émettre son tout premier avis réservé. « On ne peut plus cautionner les délivrances d’autorisation ne sachant pas ce qui se passe dans la réserve d’eau. Une personne supplémentaire sur le bassin pourrait ne pas avoir assez d’eau ou mettre son voisin en difficulté », croit Valérie Gentien. La Province, qui autorise ou non un captage, est, du coup, embêtée. « Les avis réservés ne règlent pas la situation, répond Pierre Devillers. Car en attendant, que font les gens ? Ils pompent, mais illégalement. On ne peut pas empêcher les gens de prendre de l’eau, surtout ceux qui veulent se conformer. »

Pendant ce temps, le Sivom VKP travaille à améliorer les réseaux pour réduire l’écart qui existe entre les volumes prélevés et vendus. « Dans un réseau qui fonctionne bien, 75 % des volumes prélevés sont consommés et facturés. Au Sivom, ce rapport varie entre 60 % et 90 %, dépendamment du réseau », confie le directeur, Lionel Guillemenot. Du travail de sensibilisation est également entrepris pour raisonner la consommation et inciter tout un chacun à payer sa facture. À cet égard, le taux de recouvrement est passé de 65 % à 94 % dans les deux dernières années. Cela, conjugué au fait qu’il reste encore des abonnés à facturer (particuliers, écoles, nouveaux lotissements, etc.), représente des sources de revenus supplémentaires pour fournir une eau de qualité en quantité. Une bonne nouvelle pour le Sivom qui, à partir de 2012, verra la part des subventions des trois communes (qui représente les deux tiers de son budget annuel) diminuer pour atteindre 0 franc en 2016…

Toutefois, en prévision du développement économique de la zone, que ce soit par des particuliers, des industries ou des agriculteurs, de nouvelles solutions doivent être trouvées. Des études sur le potentiel des creeks et des nappes de la zone, notamment celle de Voh, ont été lancées. En attendant, un nouveau captage sur la Confiance, à Koné, doit être livré en août, dont les 1300 m3 d’eau par jour pourra alimenter 700 foyers. Mais ce n’est pas encore chose faite : « Je ne peux pas autoriser ce volume avec la connaissance que j’ai aujourd’hui, dit Pierre Devillers. Peut-être 500 m3… »

Et pourquoi pas des unités de désalinisation d’eau de mer ? Si la solution est tentante puisque la ressource est là, en abondance, elle est très énergivore, souligne Pascal Goffinet. « On est contre. On a suffisamment d’eau dans l’année pour la stocker. C’est un barrage qu’il faut. On ne construit pas une ville sur des forages. » L’idée du barrage n’est pas nouvelle. Elle était même d’actualité au début des années 2000, du temps Falconbridge qui avait lancé l’étude d’un tel ouvrage sur la Pouembout. Mais un barrage, c’est une montagne de considérations, financières, techniques et environnementales. Qui va payer ? Et quelle taille doit avoir ce barrage ? « Il faut savoir que plus il est un gros, moins son coût par mètre cube d’eau retenue est élevé », fait valoir Lionel Guillemenot. Mais c’est des coûts astronomiques : 6 milliards de francs, au minimum, pour une retenue de quelque 16 millions de mètres cubes. Et techniquement ? Pascal Goffinet milite pour un barrage de soutien à l’étiage, donc qui n’impacterait pas le flux normal de la rivière. Autrement, il faut savoir que « plus le débit d’étiage est faible, plus le barrage devra être gros pour remplir sa fonction, selon Geoffroy Wotling, à la Davar. Et il faut penser aux cyclones : un barrage se remplit grâce aux crues, mais il doit être très résistant à celles apportées par les cyclones. » 

Des études ont été lancées et devraient répondre à ces interrogations d’ici la fin de l’année. Si ce n’est pas demain qu’un barrage poussera sur VKP, il reste que des solutions à long terme doivent être engagées rapidement. En effet, Pouembout, qui a une vocation agropastorale, pourrait doubler ses surfaces agricoles. Quand on sait qu’un seul hectare cultivé demande 40 m3 d’eau par jour, on peut s’attendre à ce que les besoins des agriculteurs aillent en s’accroissant. Et c’est sans compter sur le fait que la population de VKP, à 10 000 habitants aujourd’hui, doit doubler d’ici 2020. « Une chose est certaine : quelle que soit la solution qu’on va mettre en place, l’eau gratuite et facile, c’est fini », conclut Pierre Devillers.

L’eau fait des vagues sur VKP, Objectif, juin-juillet 2011, p. 46-47.

Photo : DR

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