C’est le premier poste de dépenses qui boit la tasse quand les temps sont durs. Malgré une conjoncture peu facile et un manque de places dans les marinas, la plaisance adapte son offre et le secteur se maintient en attendant le retour des beaux jours.
Par Aude Perron
«Le marché n’est pas bon. Quand ça va mal, la plaisance est le premier secteur qui est impacté. » Au Salon de la mer et du bateau, c’est en ces mots qu’Eric Jeambon, directeur chez Royal Motors, résume l’état de santé du secteur de la plaisance. Malgré tout, tous les efforts ont été faits pour offrir aux Calédoniens des nouveautés et des navires allant de la plate en alu jusqu’au navire haut de gamme.
Et il croit en l’avenir puisqu’il vient d’ouvrir un tout nouveau showroom de 200 mètres carrés à Nouville, pour un montant bien au-delà des 50 millions de francs. « Si nous n’étions pas optimistes, nous n’aurions pas fait cet investissement. Mais il reste que ce marché est aléatoire, il évolue en dents de scie. » Certes, il y a la morosité économique, mais pour Gérard Besson, de Marine Corail, le frein principal au développement du marché, c’est le manque de places dans les marinas (lire notre article du 6 septembre 2014, « Où caser son bateau ? »).
Marinas. « C’est une chape de plomb. Il faudrait 500 places tout de suite. Et qui dit marina, dit jobs, restaurants, touristes : il y a beaucoup de besoins dans le sillage d’une vente de bateau. » Nul doute que la nouvelle marina du schéma directeur du port autonome (lire notre article du 11 septembre 2014, « 400 places à inventer ») se fait plus que désirer.
C’est la raison principale pour laquelle JKR Marine s’est tournée vers les bateaux sur remorques. « Cette année, nous avons vraiment cherché à offrir de petits modèles pour petits budgets, indique Jean-Luc Vian, co-gérant de la société. Nous avons un cinq mètres en fibre, avec un moteur de 70 CV et remorque australienne pour 2, 25 millions. Si je ne parviens pas à le vendre, c’est que le marché est vraiment dur. »
Plus tard, un couple est justement en train de regarder le bateau en question. « Celui-ci nous plaît bien : le coût, les finitions et la taille pour nous et les trois enfants, confie le papa avec le petit dernier dans les bras. Mais je ne sais pas si on va acheter ce week-end. C’est notre premier bateau, cela demande encore de la réflexion. »
Customisation. Chez Quality Boats, on a fait un autre pari : s’adresser plutôt aux professionnels (institutions, pêcheurs professionnels, sociétés de loisirs nautiques) avec une marque qui permet la customisation du navire à leurs besoins. Il faut juste un peu plus de patience. « Nous faisons cette customisation nous-mêmes : sellerie, électronique, aménagements, motorisation, etc. Hier, j’ai vendu un 7,5 mètres à un particulier : cela va me prendre un mois pour préparer son bateau », explique le cogérant d’origine sud-africaine Dave Christopher.
Connu pour ses produits en électronique, résine et fibre, Altomarine a repris la marque Hobie, qui propose notamment des kayaks munis d’un système de godilles pour pédaler et adaptés à la pêche. « En deux ans, nous en avons vendu 180, tous modèles confondus. Nous sommes nous-mêmes surpris », dit Pierre Bourlier, commercial chez Altomarine. Pour Yvan et Carole, qui ont fait l’acquisition cette semaine d’un modèle gonflable et d’un autre pour la pêche, ces embarcations étaient tout indiquées. « Nous sommes arrivés en Calédonie il y a quelques mois. Nous pensions que ce serait un bon compromis pour profiter de la mer sans avoir à acheter un bateau », précise Carole. Et une facture raisonnable : 700 000 francs. « Maintenant, y’a plus qu’à ! »
Questions à… Lluis Bernabé, président du cluster maritime
« Le secteur pourrait être plus développé »
Les Nouvelles calédoniennes : un cluster maritime a vu le jour il y a un an. Qui réunit-il ?
Lluis Bernabé : Ce cluster est une volonté de la société civile pour faire comprendre à la Nouvelle-Calédonie que la mer existe. Nous représentons 2 400 emplois. Entre les sauveteurs en mer, les aquaculteurs et les vendeurs de palmes, masques et tubas, nous sommes tous des acteurs avec des intérêts très différents, mais notre point commun, c’est la mer et ses enjeux comme la sécurité ou la qualité de l’eau, par exemple.
Quel est son rôle ?
Notre but, c’est d’être un porte-parole unique et d’aider les pouvoirs publics à prendre des décisions éclairées. Il n’y a pas que le nickel en Calédonie. Il manque vraiment une vision d’ensemble, un schéma directeur de la mer. On travaille avec la CCI pour créer un observatoire économique de la mer. Notre principal enjeu, c’est de faire comprendre que 98 % du territoire de la Nouvelle-Calédonie, ce n’est pas de la terre, c’est de la mer. Nous devrions avoir une vraie vocation maritime. Nous avons tout à y gagner.
Quels sont vos défis ?
Nos défis, c’est le manque de place dans les marinas, mieux tirer parti des croisiéristes qui viennent ici, la taille des cales de halage du port, par exemple. Nous avons presque toutes les compétences nécessaires pour faire des carénages, comme celui du Betico. Je suis convaincu qu’on peut faire localement et pas pour plus cher que d’envoyer les bateaux en révision en Australie. Mais il manque des infrastructures adaptées. Le secteur de la mer pourrait être davantage développé.
Repères
Côté location
Pour profiter du lagon sans faire trop de mal à son portefeuille et sans le poids de l’entretien, la location est une option à envisager. ll existe une cinquantaine de loueurs, deux ayant pignon sur rue avec une flotte de bateaux (à moteur, voilier monocoque, catamaran), les autres sont des particuliers, organisés en société, qui proposent leur navire. En fonction du modèle, la location à la journée peut aller de 27 000 francs pour le plus petit bateau, jusqu’à 84 000 francs pour un catamaran.
Avec un marché de la vente qui ne s’emballe pas, on pourrait penser que les Calédoniens se tournent davantage vers la location. Ce n’est pas forcément le cas, précise Laurent De Vaure, du Coin du capitaine, dont la société, en plus de vendre du neuf et de l’occasion, loue une quinzaine de navires pour le compte de particuliers propriétaires. « La morosité nous touche aussi car les loisirs représentent le premier poste budgétaire qui est coupé en temps de crise. Notre activité est aussi fortement tributaire de la météo. S’il ne fait pas beau, les gens ne louent pas. lls n’ont pas la pression de rentabiliser un achat. Pour nous, c’est de la perte totale. »
Selon Laurent De Vaure, le marché de la location est identique depuis des années. « Nous, les locaux, on va tous sur le lagon. La seule façon de développer notre activité, c’est qu’il y ait plus de touristes en Calédonie. Pour le moment, ils ne représentent que 30 % de notre clientèle. Il y a là un potentiel qui n’est pas exploité. »
En pratique
Le salon est ouvert aujourd’hui de 9 heures à 20 heures, et demain, dimanche 6, de 9 heures à 17 heures. Quai des Volontaires à Nouville. Gratuit.
Le chiffre
25 651. C’est le nombre de navires de plaisance immatriculés au 1er juillet 2015. C’est 659 immatriculations de plus par rapport à 2013. Cette progression annuelle est relativement constante depuis 2010.
Les bateaux sur le pont, Les Nouvelles Calédoniennes, 5 septembre 2015.

