À travers leur spectacle de contes et de slam, deux membres du collectif Les enfants migrateurs veulent donner le la. Mardi soir, au lycée agricole, leurs mots ont touché la centaine de personnes présentes.
Par Aude Perron
Il ne faisait guère chaud mardi soir et il pleuvait même par moment. Mais une centaine de personnes, des jeunes pour la plupart, s’est installée sous le faré du Lycée agricole, à Pouembout, pour écouter cinq contes entremêlés de slam. Ce spectacle, c’est celui de Sylvain Lorgnier, 37 ans, et Erwan Botrel, 32 ans, tous les deux artistes du collectif Les enfants migrateurs. Le premier est conteur. L’autre, un ancien étudiant du Lycée agricole, a remporté le prix du meilleur slameur de Nouvelle-Calédonie en 2009. Deux amis que l’art a réunis. « Et un jour, on s’est dit : tiens, ce serait rigolo si on mélangeait la parole ancienne, le conte, à la parole moderne, le slam », dit Sylvain Lorgnier, pour expliquer la genèse du spectacle.
Et cela a donné La plume et le guerrier. Cinq contes sur des thèmes variés, mais qui touchent tous les jeunes comme la violence, l’envie, la quête de la richesse ou les valeurs des anciens bousculés par celles d’aujourd’hui. La scène ? Le dénuement extrême, exception faite de deux chaises. Pas de musique, pas d’éclairage, pas d’effets spéciaux. « Les ados zappent la télé, la musique. Nous, on a fait le pari de n’être que dans la parole », explique Sylvain Lorgnier.
Que du texte donc, mais livré avec efficacité, avec un sens de la formule et du punch. Et l’amour de la langue, comme en fait foi le slam d’Erwan Botrel dans lequel il fait des jeux de mots avec le nom de communes du Caillou. Et ça incluait Ponérihouen ! En revanche, si c’était une soirée consacrée à la parole, cela n’a pas empêché les artistes de bouger et d’interagir constamment : l’un raconte, l’autre joue, quand ce n’est pas l’inverse. Ils se tancent, tournent l’un autour de l’autre et se livrent même combat.
Le public, lui, s’est rapidement laissé prendre au jeu et a été emmené là où les artistes voulaient : par moments dans le rire, puis le silence, en passant par le frémissement. Mais le clou du spectacle, c’était certainement le dernier conte dans lequel un chef de tribu, blasé, part en quête de ce quelque chose qui lui manque. Maîtrisant l’art du beat box et jetant son texte avec un je-ne-sais-quoi évoquant Joey Starr (du groupe NTM), Erwan Botrel a mis le feu à l’assistance, déjà pourtant bien chauffée.
Pari gagné, donc, pour les deux artistes qui retrouveront bientôt les lycéens, cette fois, en classe. En effet, Sylvain Lorgnier intervient dans les écoles et aide les jeunes à s’exprimer à travers l’écrit et l’oral. « C’est que pour communiquer, il faut d’abord être ancré dans sa propre parole », conclut Sylvain Lorgnier.
Photo : A. P.
Les slameurs nous donnent leur parole, Les Nouvelles Calédoniennes, 20 mai 2010.

