Les touristes japonais vont rajeunir

L’acteur et mannequin japonais Kento Kaku vient de se prêter au jeu des shootings photo entre Nouméa, Bourail et l’île des Pins afin de promouvoir les atouts du Caillou auprès de ses concitoyens et donner un coup de jeune à l’image de la destination.

Par Aude Perron

Au marché de Port-Moselle, samedi dernier, l’enfant de la télé niponne Kento Kaku, décontracté dans une veste de survêtement blanc immaculé, son short et ses claquettes, mange des olives. Derrière l’étal, le vendeur a laissé sa place à un photographe japonais qui fait crépiter son flash et encourage la vedette de 26 ans à en déguster une autre. Puis une autre.

Il est 8 heures du matin. Autour, les curieux jettent un regard, mais sans plus. Au pays du Soleil-Levant, il en serait autrement, car Kento Kaku est une star, du petit comme du grand écran. S’il est ici, c’est parce qu’il a été choisi comme ambassadeur pour faire la promotion du Caillou auprès des Japonais.

Pendant cinq jours, il se prête donc au jeu des shootings photo dans les décors somptueux, de grands hôtels, sur le récif en train de plonger ou au marché de Port-Moselle. Derrière cette opération, se trouve Candlewick, la nouvelle agence tokyoïte de marketing, chargée par le GIE Nouvelle-Calédonie tourisme point Sud (NCTPS) de vendre le Caillou au Japon.

Dans l’étude de marché qu’elle a menée, le marketing de la destination auprès des Nippons en a pris pour son grade : ciblage de clientèle trop restreint, une image à rajeunir, mot « paradis » à oublier, car galvaudé…

Dépoussiérer. En somme, si la Nouvelle-Calédonie est connue en raison du fameux film L’île la plus proche du paradis, sorti dans les années 80, adapté du roman de Katsura Morimura, il est temps de la vendre avec d’autres attraits et pas seulement aux amoureux, selon Mine Nakao, responsable des relations publiques de l’agence.

« Ce film, je ne l’ai pas vu moi-même, confie la jeune femme. Nous avons pensé qu’il fallait mieux montrer tout ce qu’on peut véritablement faire ici, poursuit Mine Nakao. D’accord, il y a les plages de sable blanc, mais il y a tous les atouts sportifs de la Calédonie qu’il faut mettre en avant. » Plongée, cheval, golf : c’est une des raisons pour lesquelles le choix s’est porté sur Kento Kaku.

« Il a une personnalité très agréable, il est poli, et aussi sportif. En juillet, il a même obtenu son niveau de plongée en prévision du shooting photo sous l’eau. Il a travaillé fort ! » Et Kento Kaku est jeune. Comprendre : il baigne dans les réseaux sociaux. « Notre objectif est de générer du trafic, explique Julie Laronde, directrice adjointe chez NCTPS. Et Kento Kaku génère du trafic : il est sur Facebook, Instagram, il a 42 000 followers sur Twitter. » Créer du trafic web vers la Nouvelle-Calédonie (lire par ailleurs) donc, mais aussi de la visibilité et du contenu sur la destination.

Twitter. D’où la présence de trois médias japonais : Koyokan TV, +Act (un magazine de société) et Monthly Diver (une revue sur la plongée). Tous ont accepté de se joindre à la délégation japonaise (treize personnes au total) pour effectuer des reportages sur le Caillou.

Mais il n’est pas suffisant de dynamiser la notoriété de la destination auprès des jeunes, des cadres féminins, des célibataires et autres amateurs de plongée. Il faut aussi que les partenaires suivent, notamment au niveau du transport aérien. Dans cette optique, Air Calin a modifié son programme de vols. L’an dernier, le transporteur a mis deux vols supplémentaires chaque semaine, l’un au départ d’Osaka et l’autre de Tokyo, ce qui correspond à 40 000 sièges en plus chaque année. Soit une capacité totale de 220 000 sièges. En 2016, 5 000 sièges suplémentaires sont prévus. Dans les mois à venir, le site Internet de la compagnie disposera d’une interface en japonais.

Et pour éviter que toutes les places des vols Aircalin ne soient monopolisées par les Calédoniens à destination ou au retour de Paris, entre 11 % et 17 % des sièges sont réservés pour la clientèle japonaise.

« Une destination, c’est des atouts, mais aussi un accès, des infrastructures, des événementiels. Tous les partenaires sont autour de la table pour mettre en place ce contrat de destination », conclut Julie Laronde.

Et les Chinois, dans tout ça ?

A l’heure actuelle, il n’est pas facile pour un touriste chinois de venir se la couler douce en Calédonie. C’était encore le cas en France métropolitaine, mais depuis le 27 janvier 2014, histoire de souligner l’anniversaire du cinquantenaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Chine, la France délivre des visas en 48h aux visiteurs individuels chinois. Fini l’attente du précieux sésame, qui nécessitait une dizaine de jours, voire plus en forte saison touristique. Portée par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, cette mesure a été déclinée dans tout l’outre-mer… exception faite de Tahiti et de la Calédonie.

Cependant, le Fenua a pris les choses en main et emboîté le pas à l’Hexagone, à peine quelques mois plus tard, en assouplissant ses conditions d’entrée aux visiteurs chinois : la dispense de visa ne s’applique toutefois qu’aux titulaires d’un passeport « sur lequel est apposé un visa à entrées multiples dont la durée de validité est comprise entre six mois et cinq ans, délivré par une autorité consulaire française », précise l’arrêté.

La manne des Chinois en Australie

Alors, à quand un texte similaire chez nous ? « Cette accréditation permettrait de booster le tourisme chinois en Calédonie, estime Jean Rambaud, président de l’Union des hôtels de Nouvelle-Calédonie, qui rappelle qu’un touriste de l’Empire du Milieu dépense quatre à cinq fois plus que ses homologues américains.

« De plus, nous pourrions profiter de la manne des travailleurs chinois en Australie et en Nouvelle-Zélande qui, tous les trois mois, doivent sortir du pays pour faire renouveler leur permis de travail, ajoute-t-il. Ce sont des milliers de Chinois que nous pourrions capter pour des séjours de quelques jours, à la place de Fidji ou du Vanuatu. » Au gouvernement, on plancherait sur la question. Dossier à suivre, donc. En attendant, le GIE NCTPS a tout de même « commencé à promouvoir la Nouvelle-Calédonie sur le marché chinois de Hong Kong, qui ne souffre pas des mêmes contraintes administratives », précise Philippe Artigue, chargé de communication de NCTPS. Après, question de cohérence, il faudra songer à une ligne aérienne pour vraiment faciliter aux Chinois l’accès de la destination.

Le chiffre

6 %. C’est le taux d’augmentation du nombre de touristes japonais au premier semestre 2015, par rapport à la même période l’an dernier. Ce taux était déjà en forte hausse (+21,8 %) en 2014 par rapport à 2013.

Repères

Timoré, le touriste japonais ?

Rares sont les touristes japonais qui s’aventurent à l’extérieur de Nouméa. A qui la faute ? Des packages contraignants ? Une personnalité peu aventureuse ? « Il est vrai qu’il faut des hôtels d’un certain standing pour les touristes japonais, admet Mine Nakao, responsable des relations publiques de l’agence de marketing Candlewick, à Tokyo. D’abord parce que ce sont pour beaucoup des couples en lune de miel et aussi parce que les Japonais sont très attachés à la propreté. Mais maintenant que Déva est ouvert, ils vont aller à Bourail. »

Ancien professeur de japonais, mariée à une Japonaise et propriétaire d’un curios à destination des touristes nippons, Guy Laguarde en connaît un rayon sur le caractère de ces visiteurs. « Vu du Japon, ce qui est étranger fait peur. C’est pour cela que des packages sont développés. Mais je crois foncièrement que les touristes souhaiteraient s’en affranchir. Le système ne leur en laisse juste pas la possibilité. »

« Ressourcez-vous »

La venue de l’acteur Kento Kaku s’inscrit dans la campagne de communication « Revalue yourself » (« Ressourcez-vous »), lancée par NCTPS, en avril dernier. L’idée, dans un premier temps, est de prendre d’assaut le web (moteurs de recherche, réseaux sociaux, bandeaux publicitaires…) pour positionner la Nouvelle-Calédonie auprès de divers publics. En deuxième lieu, avec des techniques de « hameçonnage », il s’agira de proposer des offres ciblées aux internautes (grâce à l’utilisation de cookies) et de faire en sorte que les ventes de séjours (une centaine de package différents) se concrétisent.

Photo : Nino Vincent

Les touristes japonais vont rajeunir, Les Nouvelles Calédoniennes, 22 octobre 2015.

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