Litige au GDPL de Baco

Hier matin, le tribunal de Koné a entendu une affaire opposant le clan Tiaouniane, de Baco, à Antoine Poady, nouveau mandataire d’un des quatre GDPL de Baco. Plongée au cœur d’une affaire plus complexe qu’il n’y parait.

Par Aude Perron

L’ambiance était tendue, ce matin, au tribunal de Koné. Le juge, Daniel Rodriguez, a été saisi par le clan Tiaouniane, de Baco, pour déterminer s’il y a eu, oui ou non, vice de procédure dans la dernière élection du mandataire d’un des quatre Groupements de droit particulier (GDPL) de Baco. Depuis 1989, c’est Ferdinand Tiaouniane qui en était le mandataire, jusqu’à ce qu’en février dernier, le GDPL, qui regroupe 6 clans, nomme, pour un an seulement, Antoine Poady. Ce dernier est donc contesté par le premier qui estime avoir été évincé.

Mais le GDPL assure avoir eu ses raisons. En 2006, le conseil des anciens de Baco a demandé aux quatre groupements de la tribu de procéder à un « toilettage » de leurs statuts, rappelle Patricia Goa, porte-parole de la partie adverse. Entre autres choses, le mandataire ne sera élu que pour un an. Le hic, c’est que Ferdinand Tiaouniane ne s’est présenté à aucune de ces réunions, faisant en sorte qu’il s’est retrouvé devant le fait accompli, en février dernier. Cependant, il a tenté de rassembler, le 16 janvier, les 6 chefs de clans de Baco, histoire de tout mettre à plat par une coutume.  Sans succès. « Vous prétendez vouloir réunir tout le monde sous la case, alors que vous avez été sourd et aveugle à toutes les demandes de réunion du GDPL », a reproché Daniel Rodriguez, en feuilletant la pile de convocations restées lettre morte.

Mais pour Ferdinand Tiaouniane, aucune des modifications du GDPL n’a été faite dans les règles de l’art. Elles auraient dû faire l’objet d’une véritable coutume, avant d’être présentées à la Province. Alors il bute et réitère le besoin d’un Pacte de garantie, sorte d’ambitieux projet de cadastre pour toute la province Nord. « Il faut bien faire les choses, insiste Ferdinand Tiaouniane. Mais le GDPL veut sauter les étapes. »

En faisant casser la nomination d’Antoine Poady par cette requête en référé, le clan Tiaouniane aimerait mettre un holà aux travaux qui ont déjà commencé en face de la Province Nord (et doivent faire émerger un centre économique, une zone culturelle et 15 villas), en attendant d’obtenir certaines garanties quant à l’exploitation de ces terres qu’il estime celles de ces ancêtres. (Ceci fera l’objet d’une nouvelle affaire qui sera entendue au tribunal vendredi et qui opposera le clan et la SEM VKP, maître d’ouvrage mandaté par le GDPL). « En aucun cas le clan est contre le développement économique, assure Me Pierre-Louis Villaume, leur avocat. Ils demandent simplement à ce que leur droit coutumier soit respecté. » 

Un des assesseurs présents aux côtés du juge a invité l’auditoire à se référer au conseil des clans pour régler la question : « Vous devez déterminer à qui appartiennent ces terres. La province se développe et cela vous touche tous. Vous ne pouvez pas échapper à ce débat. » « Vous êtes 6 clans. Discutez entre vous. Ce n’est pas au tribunal de le faire », a ajouté un autre assesseur. La décision sera rendue le 13 septembre. Mais le clan Tiaouniane se semble pas prêt pour l’instant à accepter une décision en sa défaveur. « Le nouveau mandataire n’a pas de sens, dit Ferdinand Tiaouniane. On ne le reconnaît pas. » 

Litige au GDPL de Baco, Les Nouvelles Calédoniennes, 18 août 2010.

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