Les manifestants ont mis leurs menaces de lundi à exécution hier matin. Une douzaine de camions d’agrégats, de poudre de ciment et de plots de béton ont été détournés à l’entrée du site de Vavouto.
Par Aude Perron
Debout en cercle devant leur camion stationné l’un à côté de l’autre, les chauffeurs discutent. Ce matin, ces indépendants n’ont pas pu se rendre sur le chantier, comme ils le font d’habitude, une à deux fois par jour, en partance du Sud : dans le calme, leur camion a été détourné vers le parking des employés, à l’entrée du site de Vavouto. Et là, c’est l’attente. « On se retrouve un peu entre deux feux », témoigne l’un des chauffeurs.
D’un côté de la ligne, Audemard, qui livre chaque jour des camions d’agrégats, de ciment et d’éléments préfabriqués de béton, suite à un contrat pour la livraison de 40 000 tonnes que KNS vient de lui attribuer. De l’autre, se trouvent les opposants, comptant dans leurs rangs, la Fédération des carriers du Nord, du GDPL Baco, du GDPL Koniambo, du Ben, de la Sas Vavouto, qui ce matin, ont mis leur menace à exécution : empêcher KNS d’utiliser les agrégats en provenance de la carrière Creek Aymes, à Bourail, au nom du rééquilibrage économique.
Chez Audemard, on est furieux : « C’est du n’importe quoi, s’insurge Robert Grandie, directeur de la société. Bétoncal est une société du Nord. Nous y sommes depuis 20 ans ! » Certes, les agrégats utilisés proviennent de Bourail, mais c’est Bétoncal, une filiale d’Audemard installée à Koné, qui fabrique ce béton très technique à sa centrale sur le site de Vavouto. « Nous avons voulu construire une carrière dans le Nord en 2006, mais on nous en a empêché », ajoute-t-il.
Des gendarmes de la brigade de Voh ont été dépêchés pour faire un constat d’huissier dans le courant de la matinée. Et maintenant ? « C’est à la société de décider ce qu’elle va faire de ces constats, explique le capitaine Cabane, récemment arrivé en poste à la gendarmerie de Koné. La balle est dans leur camp. » Mais Audemard ne va pas en rester là : la société a fait appel à son avocat et une plainte devrait être déposée.
Chez KNS, on rappelle que si le contrat de 40 000 tonnes a été attribué à Audemart, ce sont pour des raisons purement techniques. « On construit une usine métallurgique, on ne peut pas prendre de risques, explique Stéphanie Habasque-Tobie, le porte-parole de l’industriel. Elle rappelle que ce contrat représente seulement 2,3 % des besoins de KNS qui, eux, se chiffrent à 1,8 million de tonne en matériaux de carrière. « Il faut relativiser. Et il reste encore 630 000 tonnes à attribuer », précise-t-elle. Soit 35 % du marché…
Mais combien de temps l’industriel peut-il tenir sans agrégats et béton avant que cela ne gêne l’avancée des travaux ? KNS n’a pas eu le temps de se poser la question et faire le calcul car une lueur d’espoir est apparue en fin de journée : la direction s’est réunie avec les parties prenantes pour trouver une issue à l’impasse. Pendant ce temps, les manifestants ont levé le blocage à Vavouto. Les deux parties se renoueront donc le dialogue ce mercredi matin à l’occasion d’une nouvelle tentative de solution satisfaisante pour tous les acteurs.
Photo : A. P.
Le blocage de Vavouto levé ce matin, Les Nouvelles Calédoniennes, 18 août 2010.

