Maintenir la proximité

Avec seulement Pouébo et Poum encore en piste mais en fin de parcours, le dispositif Ogaf, qui aura concerné 9 communes de la province Nord, touche à sa fin. Quelles conclusions tirer de ces vingt ans de développement local ? 

Par Aude Perron

Mitigé. C’est ainsi que certains qualifient le bilan des opérations groupées d’aménagement foncier (Ogaf). Cette année, cela fait vingt ans que la première Ogaf a été mise en place sur le territoire, à Ouégoa. Aujourd’hui, seules celles de Pouébo et Poum sont encore en opération, mais elles se terminent bientôt, en 2013 et 2014 respectivement. « Une Ogaf est un booster de l’économie locale pour un temps donné, explique Jean-Claude Gambey, à la tête de la Direction du développement économique et de l’environnement de la Province Nord. C’est un formidable levier pour susciter et accompagner des projets. Il permet de faire du développement à la carte, sur des filières qui sont les forces de la commune. » Objectif : fixer les populations et les rendre autonomes.

L’Ogaf Côte Est (Touho-Poindimié-Ponérihouen), par exemple, aurait rempli en partie sa mission : professionnaliser les agriculteurs, mieux commercialiser leur production et, accessoirement, redresser les finances du Groupement agricole des producteurs de la Côte Est (Gapce), coopérative chargée de la collecte, la transformation et la commercialisation des produits agricoles (tubercules, café, vanille, etc.) « Au début de l’Ogaf, en 2002, le Gapce commercialisait 2 tonnes de fruits et légumes. Quatre ans plus tard, c’était 50 tonnes. Une partie des producteurs s’est formalisée et de nouvelles cultures se sont développées, comme les agrumes et les avocats », pointe Jean Creugnet, directeur du Gapce. Et aujourd’hui, on est à 80 tonnes.

Des réussites donc et un dispositif qui s’est amélioré de fil en aiguille, avec l’expérience. Malgré tout, les résultats escomptés n’ont pas toujours été au rendez-vous, en raison deslimites de l’outil. « C’est un dispositif de développement local, mais qui ne l’est qu’à moitié car la validation locale n’est pas suffisante : le dossier repart être évalué en commission. Comme ce sont des deniers publics, je comprends qu’il y ait des contrôles, mais les populations doivent pouvoir gérer davantage leur développement. » A cela, la consultante ajoute que la durée de l’opération, entre trois et quatre ans, n’est pas suffisante : « Pour la population mélanésienne, il faut du temps pour oser franchir la porte et ensuite déposer un projet. » 

Enfin, sur le terrain, les Ogaf ont parfois été perçues comme une concurrence par les techniciens déjà sur place. Conjugué à de nombreuses heures à instruire des dossiers, les animateurs des Ogaf n’ont pas disposé de tout le temps et toute la latitude nécessaires pour agir sur le terrain. « Pourtant, l’animation est la clé de la réussite, indique Pierre Migot, chef de projet Ogaf à Poum. La proximité avec les populations et les associations locales est la plus-value du dispositif. C’est essentiel pour qu’elles reprennent le flambeau et pérennisent les dynamiques mises en place. » 

Ces limites, la Province les connaît, mais elle souhaite donner une suite aux Ogaf. Elle planche d’ailleurs sur une nouvelle formule qui corrige le tir, notamment avec une animation renforcée, un circuit de validation assoupli et surtout, plus de temps : deux cycles de 5 ans. « Nous allons faire un diagnostic, identifier un enjeu et nous donner 10 ans pour travailler, explique Jean-Claude Gambey. Nous commençons à avoir de la matière pour créer un développement de territoire qui fait du sens. »

Le chiffre. 300. C’est en millions de francs le budget d’une Ogaf.

Financement

Une enveloppe budgétaire moyenne de quelque 300 millions de francs, financée par la Province (par les contrats de développement à hauteur de 60%), la commune et l’Etat (à travers le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, représenté sur le territoire par Direction du service d’Etat de l’agriculture, de la forêt et de l’environnement).

Le dispositif en Métropole et en Calédonie

Les Ogaf ont été définis par un décret datant du 8 juin 1970, pour accompagner le monde rural métropolitain. Dans les années 70, les actions des Ogaf étaient caractérisées par les restructurations foncières, puis par le développement de filières dans les années 80 et enfin, l’aménagement du territoire et le développement local dans les années 90.

En province Nord, le dispositif a été testé pour la première fois à Ouéné, à Ouégoa, en 1993. Il était caractérisé par une problématique foncière uniquement.  En tout, 8 Ogaf ont été mises en place et ont bénéficié aux porteurs de projets de 9 communes (Touho, Poindimié, Ponérihouen, Canala, Bélep, Houailou, Ouégoa, Pouébo, Poum) du grand nord et de la côte est.

En province Sud, on compte trois Ogaf, toutes terminées : Yaté, Thio et Grandes Fougères (Moindou, Farino, Sarraméa). Egalement trois aux Îles Loyauté : Ouvéa, Maré (qui vient de se terminer ce mois-ci) et Lifou (qui va démarrer sous peu).

Photo : Jessica Hirel

Maintenir la proximité, Les Nouvelles Calédoniennes, 16 mai 2013.

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